24.10.2009
Zaza dans le net
Qui se rappelle encore de Zazie dans le métro ? C’est trop démodé et ça ne dit plus rien à personne… alors je ne vais pas commencer mon propos par ça ! Tant pis pour Zazie et tant mieux pour Zaza.
Vous connaissez Zaza ? Non ? Alors soit vous n’êtes pas tombé amoureux ces deux dernières années, soit vous en êtes encore aux mélodies de notre maman, Chamsia Sagaf.
Zaza a créé le buzz sur dailymotion et youtube où l’on trouve toutes ses chansons qui sont devenues des tubes et bientôt des classiques du twarab comorien. Sans vraiment le vouloir, elle a apporté un nouveau souffle à cette musique, l’a un peu plus féminisée et l’a mise à portée de la jeunesse comorienne, surtout dans la diaspora. Avant d’arriver sur le net, elle semble avoir fait toutes les scènes de twarab à la Grande-Comore. De la capitale aux fêtes des petits villages de Ngazidja.
La recette de cette réussite est simple : une belle jeune femme (pas plus belle que la mienne, je tiens à le préciser), des paroles mielleuses dont la formule de fabrication est du type : j’ai eu la chance de tomber sur un beau jeune homme qui m’aime, les jaloux (yemamba zitso za hao, littéralement « ceux qui parlent de ce qui ne les regarde pas ») parlent de nous, mais on en a rien à faire et nous leur crachons notre bonheur sur le visage. Rien de neuf en somme. Tout le monde a déjà eu affaire avec l’amour ou au moins avec la jalousie plus ou moins imaginaire des voisins. D’ailleurs, quand certaines jeunes femmes montent sur scène pour se déhancher à ses côtés ou pour lui mettre ostensiblement entre les mains (si ce n’est entre les seins) un billet de 5000 francs comoriens pendant une de ses chansons, on sent comme du vécu.
Mais Zaza, c’est aussi un corps qui prend possession de la scène, comme un bateau sur une mer agitée. C’est aussi un doigt levé au ciel comme une menace, puis pointé vers le sol pour dire : « C’est ainsi et vous n’y pouvez rien ». Elle encense l’être aimé et pourfend les jalouses. Du baume dans la voix. C’est en gros la femme que tout homme voudrait avoir à la maison, pas seulement pour s’entendre susurrer de jolies mélodies à longueur de journée mais aussi parce qu’on sent poindre dans chaque chanson un certain humour face à la vie et à la fatalité.
Mais, il se trouve que pendant les années où elle arpentait les scènes et les mariages, de jeunes amateurs l’ont filmé (plutôt mal) et ont maintenant tout envoyé sur le net. Et même de petits génies ont eu l’idée de mêler à ces images figées et trop ressemblantes et par conséquent lassantes, à des images « consentantes » dans lesquelles on voit la chanteuse dans divers vêtements et dans divers lieux qui reflètent une certaine idée du beau et du luxe (parc, fleurs, piscine…). Cela donne donc de petits clips joliment naïfs ou naïvement jolis. Ils forcent le plein d’émotions qui se dégage déjà pleinement des paroles des chansons et de la belle voix de Zaza.
Pour celle qui est devenue une icône, le succès n’aurait pas été complet s’il n’y avait pas eu la love story (je prie mes lecteurs trop sérieux de pardonner ces quelques écarts de langage, mais il faut parfois se mettre à la page pour décrire certains phénomènes nouveaux). L’été dernier, il eut donc la love story.
Un jeune père de famille est en vacances au pays et lors d’un mariage d’un proche ses yeux tombent sur la belle qui est alors sur scène. Il n’hésite pas. Il laisse l’émotion le gagner et lui aussi monte sur scène pour danser avec la chanteuse. Coup de foudre au village de Notinguili. Revenu à Marseille, sa femme encaisse les on-dit. Mais voici que la belle Zaza débarque à Marseille pour vivre avec celui qu’elle aime. La première le prie de prendre ses valises et d’aller rejoindre celle qu’il aime. Depuis, ils vivent ainsi heureux avec les regards des jaloux et les médisances autour d’eux.
Cette médisance, Zaza a pu la ressentir même sur scène à Marseille. Lors d’un concert de twarab, elle est montée sur scène avec son désormais mari et a fait une fabuleuse prestation, en vrai prof. Mais, juste après sa chanson, une autre chanteuse, qui pourrait être sa mère, a pris le micro pour entonner un chant tout aussi émouvant sur les femmes qui envoient leurs pauvres maris construire leurs maisons au pays et qui sont victimes des méchantes jeunes femmes du bled.
Parlez, parlez, il l’aime, elle l’aime et ils sont dans leur bulle. J’aime.
20:19 Publié dans Extraas | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : zaza, comores, twarab

