24.10.2009

Zaza dans le net

zaza.jpgQui se rappelle encore de Zazie dans le métro ? C’est trop démodé et ça ne dit plus rien à personne… alors je ne vais pas commencer mon propos par ça ! Tant pis pour Zazie et tant mieux pour Zaza.

Vous connaissez Zaza ?  Non ? Alors soit vous n’êtes pas tombé amoureux ces deux dernières années, soit vous en êtes encore aux mélodies de notre maman, Chamsia Sagaf.

Zaza a créé le buzz sur dailymotion et youtube où l’on trouve toutes ses chansons qui sont devenues des tubes et bientôt des classiques du twarab comorien. Sans vraiment le vouloir, elle a apporté un nouveau souffle à cette musique, l’a un peu plus féminisée et l’a mise à portée de la jeunesse comorienne, surtout dans la diaspora. Avant d’arriver sur le net, elle semble avoir fait toutes les scènes de twarab à la Grande-Comore. De la capitale aux fêtes des petits villages de Ngazidja.

La recette de cette réussite est simple : une belle jeune femme (pas plus belle que la mienne, je tiens à le préciser), des paroles mielleuses dont la formule de fabrication est du type : j’ai eu la chance de tomber sur un beau jeune homme qui m’aime, les jaloux (yemamba zitso za hao, littéralement « ceux qui parlent de ce qui ne les regarde pas ») parlent de nous, mais on en a rien à faire et nous leur crachons notre bonheur sur le visage. Rien de neuf en somme. Tout le monde a déjà eu affaire avec l’amour ou au moins avec la jalousie plus ou moins imaginaire des voisins. D’ailleurs, quand certaines jeunes femmes montent sur scène pour se déhancher à ses côtés ou pour lui mettre ostensiblement entre les mains (si ce n’est entre les seins) un billet de 5000 francs comoriens pendant une de ses chansons, on sent comme du vécu.

zaza2.jpgMais Zaza, c’est aussi un corps qui prend possession de la scène, comme un bateau sur une mer agitée. C’est aussi un doigt levé au ciel comme une menace, puis pointé vers le sol pour dire : « C’est ainsi et vous n’y pouvez rien ». Elle encense l’être aimé et pourfend les jalouses. Du baume dans la voix. C’est en gros la femme que tout homme voudrait avoir à la maison, pas seulement pour s’entendre susurrer de jolies mélodies à longueur de journée mais aussi parce qu’on sent poindre dans chaque chanson un certain humour face à la vie et à la fatalité.

Mais, il se trouve que pendant les années où elle arpentait les scènes et les mariages, de jeunes amateurs l’ont filmé (plutôt mal) et ont maintenant tout envoyé sur le net. Et même de petits génies ont eu l’idée de mêler à ces images figées et trop ressemblantes et par conséquent lassantes, à des images « consentantes » dans lesquelles on voit la chanteuse dans divers vêtements et dans divers lieux qui reflètent une certaine idée du beau et du luxe (parc, fleurs, piscine…). Cela donne donc de petits clips joliment naïfs ou naïvement jolis. Ils forcent le plein d’émotions qui se dégage déjà pleinement des paroles des chansons et de la belle voix de Zaza.

Pour celle qui est devenue une icône, le succès  n’aurait pas été complet s’il n’y avait pas eu la love story (je prie mes lecteurs trop sérieux de pardonner ces quelques écarts de langage, mais il faut parfois se mettre à la page pour décrire certains phénomènes nouveaux). L’été dernier, il eut donc la love story.

Un jeune père de famille est en vacances au pays et lors d’un mariage d’un proche ses yeux tombent sur la belle qui est alors sur scène. Il n’hésite pas. Il laisse l’émotion le gagner et lui aussi monte sur scène pour danser avec la chanteuse. Coup de foudre au village de Notinguili. Revenu à Marseille, sa femme encaisse les on-dit. Mais voici que la belle Zaza débarque à Marseille pour vivre avec celui qu’elle aime. La première le prie de prendre ses valises et d’aller rejoindre celle qu’il aime. Depuis, ils vivent ainsi heureux avec les regards des jaloux et les médisances autour d’eux.

Cette médisance, Zaza a pu la ressentir même sur scène à Marseille. Lors d’un concert de twarab, elle est montée sur scène avec son désormais mari et a fait une fabuleuse prestation, en vrai prof. Mais, juste après sa chanson, une autre chanteuse, qui pourrait être sa mère, a pris le micro pour entonner un chant tout aussi émouvant sur les femmes qui envoient leurs pauvres maris construire leurs maisons au pays et qui sont victimes des méchantes jeunes femmes du bled.

Parlez, parlez, il l’aime, elle l’aime et ils sont dans leur bulle. J’aime.

24.02.2009

Muigni Baraka, intellectuel comorien et arabophone

Pour les jeunes comoriens d'aujourd'hui, il est difficile de saisir la pensée et les oeuvres de ces nombreux intellectuels d'origine comorienne qui ont brillé dans le monde arabe et qui constituent un motif de fierté mais dont les oeuvres sont gardées comme des trésors par quelques érudits, quand elles ne finissent pas dans les ventres des rats.

DialogueIslam&politiq.jpgMuigni Baraka est plus proche de nous, puisqu'il nous a quittés en 1988. Il est sans doute le dernier représentant de ces intellectuels arabophones. Pourtant, nous n'avons aucun livre de lui. Nous entendons parler depuis des années d'une thèse soutenue à l'Université d'Oxford et qui serait publiée prochainement.

Que nous reste-il de la pensée d'un homme comme Muigni Baraka, docteur de l'Université d'Oxford et savant reconnu pour ses connaissances du Coran et de l'Islam ? Peu de choses. Une voix que les gens entendent régulièrement à la radio nationale et les témoignages de ceux qui l'ont connu. Pourtant, les possibilités d'investigation sont nombreuses, puisqu'au-delà du champ de la pensée, Muigni Baraka a aussi été un homme d'action, ayant servi les régimes révolutionnaires après la révolution de Zanzibar en 1964 et après l'indépendance des Comores en 1975.

Il n'y a, pour le moment, qu'un seul ouvrage sur Muigni Baraka, celui écrit par Soilih Mohamed Soilih en 2001 (Omar-la-Baraka, Encres du sud), mais qui reste très incomplet sur le personnage.

C'est pourquoi il faut être reconnaissant envers le philosophe Ismael Ibouroi et l'écrivain Soilih Mohamed Soilih d'avoir exhumer les dialogues qui ont eu lieu à la fin des années 1980 entre le premier et Muigni Baraka à la Radio-Comores. Cela fait longtemps qu'ils en parlent et l'impatience de certains d'entre nous avait atteint les bornes.

Ces dialogues sont d'abord un plaidoyer pour la tolérance, l'acceptation de l'autre, le non-musulman (chrétien ou juif), et même l'athée. Et pour cela, les deux intellectuels comoriens reviennent souvent à l'origine de l'Islam et surtout à l'Islam du Moyen Age, lorsque les penseurs musulmans étaient en contacts permanents, d'abord par l'intermédiaire de leurs oeuvres avec les idolâtres de l'Antiquité, puis par des contacts physiques avec les chrétiens d'Espagne.

Mais ce livre est aussi un appel à reconsidérer la philosophie dans un pays où l'on reliait alors systématiquement la philosophie à l'athéisme. Le dialogue entre l'homme de religion (qui est aussi homme de pensée) et le philosophe est symbolique de leur volonté d'ouvrir les Comoriens à la philosophie, à la pensée par soi-même. Montrer autrement la philosophie, mais aussi provoquer une révolution qui a eu lieu ailleurs, dans les autres religions monothéistes, en demandant à chaque musulman comorien d'aller lui-même lire et comprendre le Coran, faire l'effort d'interprétation personnelle au lieu de se contenter de réciter ou de se laisser guider par un Clergé qui ne devrait pas exister dans l'Islam, selon Muigni Baraka.

Malheureusement, le Clergé comorien a réagi et le Grand Mufti Abderemane a mis fin à cette expérience unique pendant la dictature d'Ahmed Abdallah, en faisant arrêter subitement une émission qui devenait de plus en plus populaire.

Muigni Baraka et Ismael Ibouroi, Dialogue. Islam et Politique, éds de la Lune, 133p., 2008

(traduction de Soilih Mohamed Soilih)

 

02.08.2008

De la citoyenneté économique

L'Assemblée de l'Union des Comores a donc rejeté le projet de loi présenté par le Gouvernement du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi visant à vendre la nationalité comorienne à des Arabes du Kuwait et des Emirats Arabes Unis, Arabes qui sont sans nationalités dans leurs propres pays. Il n'y avait que les Arabes pour inventer ça et il n'y avait que les Comoriens pour se mettre dans des embrouilles de ce genre.

On dirait une plaisanterie. Dans un média du Golf, on pouvait lire que 25 personnes ont pu bénéficier de la gentillesse des autorités comoriennes. Ils ont obtenu des passeports comoriens, avant même la présentation de la loi au Parlement. Ces passeports ont été cédés contre des dollars dont on ne saura sans doute jamais dans quelles poches ils sont allés comme c'est le cas depuis de nombreuses années (et dans ce domaine le Président Sambi n'a rien inventé). Ces nouveaux Comoriens, aussitôt notre nationalité obtenue, ont formulé une demande de nationalité dans leur propre pays, l'obtention d'une nationalité étrangère leur permettant dans certains cas d'obtenir la leur. Looool ! comme dirait une amie qui m'est chère.

Ce n'est pas une plaisanterie. C'est la conséquence de l'application stricte des traditions ancestrales. Ainsi, aujourd'hui un enfant peut naître aux Emirats ou au Koweit dans une famille qui y vit depuis des siècles, il n'aura pas la nationalité d'un de ces pays, et il n'aura donc aucune nationalité. A tel point qu'avant de ratifier la Convention relative aux Droits des Enfants, en 1997, je crois, les Emirats Arabes Unis ont émis plusieurs réserves dont celle concernant l'article 7 qui dit que tout enfant a le droit à une nationalité. Affaire interne, disent-ils. Difficile car ce statut batard est soumis à des gens dont les familles, autrefois, ne connaissaient pas les frontières.

Mais quand on sait que ces populations dites apatrides (bedouns pour les Arabes) se sont toujours battus en première ligne pour la défense de leur pays, le Koweit, la tradition devient une insulte, une injustice incompatible avec l'Islam dont ces messieurs se disent les meilleurs représentants.

Heureusement, aussi bien au Koweit qu'aux Comores, les bêtises des puissants - ou de ceux qui s'en donnent des airs - nous font rire un peu. Ainsi, un responsable politique koweitien qui se bat pour la naturalisation de ses compatriotes dans son pays et pas dans un pays étranger disait dans un journal local a propos de l'accord avec les Comores : "Kuwaitis used to jokingly say that the solution to the problems of Bedouns will come from the moon but with this agreement, it seems the joke is now a reality". 

D'avance pardonnez ma traduction car depuis des années, mon anglais est resté "niveau lycée", mais en gros notre cousin veut dire (je crois) : "Les Koweitiens avaient l'habitude de rire en disant que la solution aux problèmes de Bedouns viendra de la lune [on ne peut que rapprocher ce mot du sens originel de "Comore" : al-kamar, la lune en arabe] mais avec cet accord [entre le Koweit et les Comores pour la vente de la nationalité comorienne] il semble que la plaisanterie est à présent une réalité".

Il est sûr que l'émir du Koweit, désigné comme celui qui discutait avec le Président Sambi sur cette affaire, comme l'a révélé un communiqué du gouvernement comorien en date du 16 juillet 2008, ne doit pas rire autant en apprenant que les députés comoriens ont refusé sa proposition. Car on imagine mal le gouvernement comorien écrivant que le Président Sambi a négocié avec l'émir du Koweit alors que ce serait faux, comme vient de l'affirmer l'Ambassadeur koweitien aux Comores, mais installé en Egypte, où il est mieux informé sur les turpitudes de la politique sambienne. A moins que notre cher président et ses conseillers n'aient commis une confusion impardonnable entre l'emir du Koweit et le PDG de la Holding qui doit nous construire de beaux hôtels sur une partie de la côte comorienne qui a déjà été bradée.

Quant aux Comoriens, eux aussi, ont pu s'amuser un peu en lisant ce fameux communiqué du Gouvernement comorien, dans lequel on demande aux députés d'accepter la vente de la nationalité à 4000 familles des Emirats contre 100 000 000 de dollars US. J'ai lu et relu 100 fois... non, j'exagère, disons une vingtaine de fois, ce communiqué et à chaque fois je rigole quand j'arrive à ce passage mémorable : "C'est la preuve de notre ouverture au monde, de notre sens de l'hospitalité et de notre capacité d'adaptation." Certains se sont trompés de vocation dans ce gouvernement, même s'il n'y a pas de salle de théâtre ou de cinéma aux Comores. Mais après tout, dans d'autres contrées, on dit que la politique est une grande scène. S'y jouent des drames, des tragédies et parfois... des comédies.

Quel sens de l'hospitalité ! Je ne sais pas d'où vient ce type de "sens de l'hospitalité", mais il n'est vraiment pas comorien, en tout cas pas celui qu'on observe tous les jours. Vous imaginez : un étranger se présente à votre porte et vous demande de le loger et vous exigez d'abord près de 25 000 000 d'euros pour refaire votre logement et vous vous réjouissez d'avance du fait qu'il n'y entrera jamais ou pas d'une manière "permanente".

Plus loin, on peut apprécier un autre argument : "Le réflexe de repli sur soi et de peur qu'essaient de susciter les détracteurs de la loi va à contre courant de la marche du monde qui tend à devenir un village planétaire." J'avais cru que cette fois on avait pris que des techniciens au gouvernement. Mais alors d'où vient cette poésie lyrique qui agrémente les communiqués ? Bouvard et Pécuchet font des émules sous les tropiques.

Il est vrai que lorsqu'on circule à pieds en ce moment à Moroni, à la recherche d'un point d'eau, ou d'une station essence qui vend de l'essence, ou de fagots pour cuire son mhogo, avec la faim qui vous taraude, on a l'impression de vivre dans un "village planétaire". Si si, regardez bien, c'est le village là-bas, au loin, au delà des mers. Comme dans nos contes.

22.07.2008

Sambi : la fin des rêves ?

f0ef7d433d8d5bd2bc1d46be80eabcc9.jpgC'es passé presque inaperçu. Le président des Comores Ahmed Abdallah Mohamed Sambi recevait ses partisans et quelques personnalités de la diaspora sélectionnées par ses proches dimanche dernier, rue Alphand à Paris, dans l'appartement de l'Ambassadeur.

Il était là aussi depuis le 14 juillet. Quelqu'un l'a-t-il vu parmi les autres chefs d'Etat invités par son "ami" Nicolas Sarkozy à la tribune présidentielle ? Dans les milieux diplomatiques comoriens à Paris, on chuchote qu'ils ont tout fait pour que le Président soit invité, mais que celui-ci n'a pas pu changer le statut de son voyage : " à titre privé".

Après tout, il n'était qu'en transit. On l'attendait aux Etats-Unis où grâce à son excellence M. l'Ambassadeur, le président allait enfin signer ce machin qui va permettre aux lecteurs DVD, au riz, aux voitures,... et toutes nos productions industrielles et agricoles, "made in Comoros" d'entrer sur le marché américain. Et au pays de l'Oncle Sam, le Président Sambi a rencontré des gens très importants (Very Important Person)- nous apprend le site de la présidence - : Bobby Pittman, Henriette Fore, Theresa Whelan, Tim Zeimer,.. . Vous ne les connaissez pas ? Ce n'est pas grave, ce sont des Américains et tout Américain est "une haute personnalité", surtout lorsqu'il accepte de serrer la main à notre président. C'est pas comme cet ingrat de Sarkozy qui le snobe après tant de cadeaux et de courbettes. Mais y avait aussi la belle Rice qui, tenez vous bien, aurait dit selon Beit-Salam (internet) que les Comores sont un "modèle de démocratie". Ne riez pas c'est sérieux, et la Rice, elle en a vu des régimes politiques !

Notre président recevait donc ce week-end. L'Ambassade des Comores à Paris préparait une rencontre avec tous les Comoriens depuis une semaine à La Courneuve. Au dernier moment, la rencontre avec la diaspora n'était plus au programme. Il ne fallait sans doute pas encore montrer au Président qu'il est de plus en plus impopulaire dans la diaspora installée en France. Notre Ambassadeur lui a donc concocté une belle petite rencontre comme il en a le secret. Quelques jours auparavant, tel ou tel flambeur se disant proche du Président promettait à tel ou tel jeune de l'amener voir le Président. On entendait les plus ambitieux essayer de convaincre les autres que c'est une nécessité d'aller voir le Président et qu'on ne pouvait pas refuser une telle opportunité. Résultat : on a rempli, mais pour éviter les mauvaises surprises, on a demandé à chacun de fermer sa bouche (pour rester poli). Seul un notable, ami de l'Ambassadeur, a eu l'autorisation de poser toutes les questions que les Comoriens de la diaspora voulaient poser à notre cher Président. Cela faisait gagner du temps à tout le monde, un dimanche. On n'allait tout de même pas laisser des jeunes venus d'on ne sait où, comme ces malpolis de Watania, donner des leçons de patriotisme à notre Président ! Le notable de service a donc posé deux questions au Président :

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de citoyenneté économique, cher collègue ? Mon ami, où en est-on avec Mayotte ?

Comme dans les meilleurs shows télévisés, le Président avait déjà les réponses :

- Ne vous inquiétez pas avec cette histoire de citoyenneté économique, nous allons recevoir beaucoup d'argent et ces gens ne viendront jamais s'installer chez nous. Quant à Mayotte, c'est aux Maorais de décider s'ils veulent revenir avec nous. Mais j'ai proposé à la France de lui louer l'île, histoire de gagner un peu d'argent encore, j'attends une réponse sérieuse.

Chers lecteurs, je ne vous garantis pas l'exactitude des propos tenus par le Président (et par le fameux notable), je crois que j'ai mélangé trop de paroles rapportées. Je m'en excuse d'avance, si vous avez entendu d'autres choses. Après tout, ils avaient qu'à s'adresser à tous les Comoriens !

Mais pour finir, je dois quand même féliciter les gens qui ont assisté à cette réunion car il faut le faire : écouter le Président pendant tout ce temps et accepter de se taire. Et même les journalistes, par respect pour nos aînés n'ont pas bronché. Quel bel exemple de démocratie ! Le modèle dont le monde entier nous envie ! Grand merci à notre Excellentissime, M. L'Ambassadeur des Comores en France, dont nous avons pu constater qu'il pouvait aussi user du poing quand c'est nécessaire, pour avoir réussi un tel pari. 

08.07.2008

De la couardise en politique

Dans une dépêche Reuters d'aujourd'hui on peut lire ces quelques mots de et sur l'ancien Président français Jacques Chirac, à propos des faux emplois de la Mairie de Paris :

"Je souhaite vous redire que, bien entendu, en qualité de maire de Paris, j'assume la responsabilité de leur recrutement, même si, pour beaucoup d'entre eux, je ne les connaissais pas", a-t-il dit selon le procès-verbal de son audition le 3 juillet chez la juge Xavière Simeoni, publié mardi par Le Point.fr

"Dès lors, il serait injuste d'en rendre responsables les directeurs de cabinet, qui, dans le cadre de leurs fonctions, devaient signer les contrats", a-t-il ajouté. Il réaffirme aussi que selon lui, aucune infraction n'a été commise. 

J. Chirac assumant ses responsabilités de maire et protégeant ses directeurs de cabinet pour le recrutement de 35 chargés de mission qui n'ont jamais exercé à la Mairie de Paris. Il me devient presque sympathique.

On peut aussi constater qu'après avoir "légalement" joué à cache-cache avec la justice française, celle-ci n'a pas lâché prise et lui demande, encore aujourd'hui, des comptes sur des "détournements de fonds" publics qui datent des années 1980-1990, lorsqu'il était Maire.

Comment ne pas faire un parallèle avec ce qui s'est passé aux Comores, il y a quelques mois ? Après la passation de pouvoir entre le Colonel Azali et le Président Mohamed Sambi, ce dernier, qui avait promis de lutter contre la corruption a lancé une opération mains propres, promettant aux Comoriens de récupérer les sommes d'argent cachées par les barons de l'ancien régime, dans les banques comoriennes, mais aussi françaises et suisses. Le chef de l'opération s'appelait Mourad Saïd Ibrahim, un ancien magistrat dont chacun, et moi le premier, louait l'intégrité morale pendant le régime du colonel Azali, intégrité qui lui a valu d'être mis dans un placard pour refus d'entrer dans un système où la justice se dévoyait dans des actions douteuses de soutien aux militaires au pouvoir.

Depuis Mourad Saïd Ibrahim a été bombardé Ministre de la Justice, et il faut croire que le pouvoir change les hommes (comme on peut le vérifier pour le Ministre des Relations extérieures, Ahmed Jaffar ou le Directeur de cabinet, chargé de l'armée, Mohamed Dossar). C'est le même Mourad Saïd Ibrahim qui a tenté par tous les moyens d'annuler la décision de justice condamnant la BIC, banque tenue essentiellement par des intérêts français, et cela parce que la direction de cette banque avait décidé de ne pas avancer l'argent nécessaire à l'Etat pour faire certains achats. Et le même justifiait ses entourloupettes à la justice par un "danger imminent" sur l'économie des Comores.

Mais nous reviendrons sur les malheurs du régime Sambi dans d'autres posts.

Le Ministre a donc entrepris une opération "mains propres" destinée essentiellement à flatter le peuple, mais pas seulement, puisque nous étions nombreux à attendre que la justice soit à la hauteur afin d'éliminer les pratiques illégales mais devenues des coutumes au sein de l'administration comorienne. Donc, des ministres, un Directeur de Cabinet, des dirigeants d'une entreprise publique et même des opérateurs économiques furent mis en cause, livrés à la vindicte populaire, rapidement, sans véritables enquêtes et mis en prison. Certains ont été condamnés pour des faits antérieurs à leur nomination, d'autres connaissant trop bien les pratiques de la justice comorienne, pour l'avoir eux-même manipulée en leur temps, préférèrent quitter le pays et la fuir en attendant un régime plus clément.

Tous les condamnés firent appel. Ils attendirent près de six mois avant de se retrouver devant un nouveau juge. Celui-ci ne pouvait que dire l'évidence : les dossiers avaient été bâclés ! Tout le monde retrouve ou retrouvera dans quelques jours la liberté. Aux uns on a fait bénéficier un "vice de procédure", aux autres on a fait en sorte que le nombre de mois passés en prison correspondent à leurs nouvelles condamnations.

Et l'opération "mains propres" dans tout cela ? Il y a belle lurette qu'elle est terminée. Elle risque même de se retourner contre ses propres protagonistes à la fin du régime Sambi, puisque même l'avocate de l'Etat dans cette affaire a révélé à la presse, en compagnie du Vice Président, lorsqu'elle était en dispute avec le Ministre Mourad Saïd Ibrahim, que les pratiques pour lesquelles ils ont condamné certains hommes politiques étaient toujours en vigueur.

Mais, je disais qu'on reparlerait des malheures des gouvernement Sambi plus tard, nous avons au moins deux ans pour cela.

Ce qui m'a le plus frappé dans cette affaire, en plus de la fuite de certains responsables politiques, c'est le silence du principal responsable. Il semble que quelqu'un (le ministre ? le président ? tous deux s'en défendraient et laisseraient un lampiste assumer leurs décisions) ait décidé qu'il ne fallait jamais mettre en cause l'ancien président, le colonel Azali Assoumani. Et celui-ci, virtuellement président du parti Convention Républicaine des Comores (CRC) dont les deux secrétaires généraux se trouvaient en prison, n'a eu rien à dire. Ni aux juges, ni aux médias. Aucune manifestation de ce parti pour dénoncer les irrégularités que chacun pouvait noter. Il était invité, comme tout notable, aux places d'honneurs dans les diverses manifestations organisées par le nouveau pouvoir. Il était neutre. Ni pour ni contre ses anciens collaborateurs. Il ne fallait pas se faire remarquer. C'est ici qu'il faut rappeler qu'il s'agit d'un militaire qui avait déjà fait ses preuves en fuyant à l'Ambassade de France, lorsque celle-ci avait, de nouveau, envoyé son fidèle serviteur, le mercenaire Bob Denard, accomplir un nouveau coup d'Etat en septembre 1995.

04.03.2008

La fin des palabres

 

Le Président de la République a indiqué que l’Armée nationale était sur le point de rétablir la normalité républicaine dans l'île d'Anjouan.

Avant cela, et comme il se doit dans toute démocratie, les partis politiques de l’opposition avaient proposé un chemin vers la pacification du pays, le fameux « plan B ». Ce plan était sans doute guidé par l’exaspération, par l’inaction depuis des mois et par l’impression que beaucoup d’entre nous ont eu d’un laisser-faire ou d’une intention de l’exécutif de laisser des pays amis ou même l’Union africaine régler à leur convenance un problème interne. Ce plan, contrairement à ce qui a été écrit ici et là, n’était pas dénué de sens. Il prenait en compte le fait que par sa passivité l’exécutif de l’Union signifiait qu’il n’était pas en mesure, que notre armée nationale n’était pas capable de rétablir la loi à Anjouan. Et certains d'entre nous pensaient que si le Président Sambi estimait que le risque d’un troisième échec de l'Armée nationale se présentait, il ne pouvait mieux faire que d’admettre la troisième humiliation de l’Etat comorien, de prendre sur lui et de mettre en pratique un plan qui, certes, nous renvoyait encore une fois vers les conférences nationales et internationales, vers les gouvernements d'unité ou de réconciliation nationale, et sans doute vers un nouveau référendum constitutionnel réaffirmant les positions des séparatistes de tous bords, de nouvelles élections nationales et régionales, en attendant le nouvel épisode qui nous ramenerait à la case "départ".

Or, il semble que depuis quelques semaines, le président de la République et le gouvernement de l’Union ont pris enfin conscience des tergiversations de l’Union africaine et des actions officieuses et nuisibles à l’unité du pays menées par certaines personnalités étrangères. Le président Sambi vient d’affirmer que l’Etat a l’intention de jouer son rôle à Anjouan, et le chef de l’Etat major, le lieutenant-colonel Salim Mohamed Amir, vient de confirmer que les soldats de l’Armée nationale sont prêts à faire leur métier et s'il le faut à donner leurs vies pour la nation comorienne.

Nous pouvons comprendre nos aînés et frères qui hésitent en se disant qu’en réalité l’armée n’est pas prête et qu’il risque d’y avoir des pertes qui pourraient venir à bout de l’Etat comorien. C’est tout à leur honneur d’oser aller à contre-courant de l’opinion la plus répandue dans l’archipel. Il ne s’agit donc pas ici de jeter la pierre à ceux qui se soucient véritablement du sort de la nation comorienne. Nous voulons juste leur dire que l’attentisme dont fait preuve l’Etat comorien depuis le traumatisme de septembre 1997 est en train de nous tuer à petit feu. Le gouvernement actuel peut faire comme le précédent : accorder tous les avantages aux séparatistes, vendre la souveraineté nationale, continuer à croire que le dialogue de sourds fait avancer les choses et ses membres pourraient eux aussi s’occuper de leurs petites affaires pendant les deux ans qu’il leur reste. Le plus difficile est de vouloir régler ce problème une bonne fois pour toutes à l’avantage de l’Etat et des citoyens comoriens.

Au-delà des réflexions nécessaires et des propositions des simples citoyens, il convient de s’interroger sur les intentions et les postures actuelles des hommes politiques qui ont apporté directement ou indirectement leur soutien au rebelle Mohamed Bacar et qui, maintenant, la main sur le cœur voudraient nous faire croire qu’ils se soucient des pertes de vies humaines.

Certes le gouvernement de Mohamed Abdallah Sambi a deçu plus d’un et sur plusieurs aspects, notamment la justice, qui ne respecte toujours pas les procédures en vigueur et entache, au moins, d'irrégularités les décisions prises.

Mais que faire ? Nous avons en face de nous un homme qui se prévaut de la force pour soumettre une partie du territoire comorien, qui à deux reprises se moque de la volonté politique de nos concitoyens anjouanais, qui refuse le verdict de la Cour constitutionnelle, qui fait d’Anjouan une zone de non-droit, qui n’hésite pas à tirer et à tuer des soldats de l’Armée nationale, qui n’hésite pas à tirer sur une foule réunie à l’aéroport de Wani pour accueillir le Président de la République, qui interdit au Président de la République et à tout membre du gouvernement de mettre leur pied sur une portion du territoire comorien, qui enlève des citoyens dans la nuit et les fait torturer, qui refuse tout dialogue dans lequel il ne pourrait pas imposer ses conditions. L'Etat peut-il se soumettre au verdict de cet homme sans en créer d'autres comme lui dans l'avenir. Quel autre Etat au monde accepterait de discuter avec un tel homme ? D’autant qu’il dit clairement qu’il n’est pas question de discuter de nouvelles élections mais seulement d’une modification de la Constitution pour que les relations entre l’Etat et les Chefs des Exécutifs soient meilleures.

Quel citoyen soucieux du sort de ses compatriotes n'entend pas ces râles qui nous viennent des interstices des containers du port de Mutsamudu et des géôles plus ou moins dissimulés à l'intérieur de l'île d'Anjouan ? Qui peut avoir peur des conséquences d'une prise en main de l'île par l'armée nationale quand il voit les conséquences de notre silence qui nous reviennent avec le lot des chairs lacérés, des membres cassés, des peaux brûlés et des photos des premiers cadavres qu'on enterre rapidement dans la honte ? Si certains feignent de ne pas le savoir, autant qu'on commence à le leur dire pour ne pas qu'ils disent qu'ils ne savaient pas demain : la torture a repris son cours à Anjouan, après quelques années d'interruption. Les bourreaux d'hier, absous par la paix "des frères d'armes" (colonels Azali et Abeid) ont repris leurs macabres oeuvres en attendant d'autres discussions sous l'égide de la communauté internationale et du pays des droits de l'homme qui leur pardonneront.

Le monopole de la violence appartient à l’Etat. Cela signifie que seul le garant des lois et des libertés dans un pays peut en user avec pour objectif unique de défendre et rétablir celles-ci là où c’est nécessaire. La violence séparatiste dure depuis maintenant plus de dix ans et toutes les voies de la négociation ont été épuisées. Les chefs séparatistes ont continué à humilier l’Etat comorien, à emprisonner des citoyens comoriens, à les torturer dans des prisons informelles.

A l'approche de la journée internationale de la femme, chacun doit se rappeler le lourd tribut payer par les femmes anjouanaises depuis le développement du mouvement séparatiste. Une mer de silence. Il y a quelques années une femme, parvenue à Moroni, a osé dire qu’elle a été victime de viol. A tout cela quelle a été la réponse du gouvernement de l'Union (dirigé alors par le colonel Azali et son Premier Ministre Ahamada Madi Boléro) ? Quelle a été la réponse du Conseiller spécial du colonel Azali, Mohamed Abdouloihabi ? Le silence. Cette femme violée (elle a été la seule à le dire clairement) a été obligée de quitter son pays, espérant qu’elle obtiendrait un soutien ailleurs. Ni enquête ni jugement n'ont été entrepris. Il ne fallait pas fâcher "le frère d'arme". Et en plus, en guise de remerciement, les putschistes lui ont fait parvenir des malettes d'argent. A-t-on alors entendu le Premier Ministre ou le Conseiller Spécial du Président Azali ? Est-ce que la morale de ces personnalités veut qu’on se taise tant que ce sont des Anjouanais qui torturent d’autres Anjouanais ? Est-ce qu’Anjouan est encore un territoire comorien ? Est-ce que les Anjouanais sont encore des citoyens comoriens ? Combien de temps, encore, allons-nous laisser cette gangrène séparatiste tuer à petit feu l’Etat comorien ? Quelle est l’autre alternative après plus de dix ans de séparatisme ?

Certains de nos frères qui désaprouvent cette intervention de l'armée à Anjouan nous demandent pourquoi le gouvernement n'est jamais intervenu à Mayotte alors que l'île a fait secession depuis plus de 30 ans ? C'est vraiment manquer de sérieux que de comparer la situation à Anjouan à celle de Mayotte, où l'Etat comorien ne s'est jamais établi depuis l'indépendance malgré les résolutions de l'ONU. Mayotte est sous administration françaises et, par la force des choses, c'est l'Etat français qui est responsable des exactions qui y sont commises. Par contre, l'Etat comorien a effectivement pris possession des trois autres îles depuis 1975, et il est politiquement et moralement responsable de ce qui s'y passe. 

On pourrait continuer dans le vacarme des débats sans fin, mais il y a urgence, car des gens subissent des tortures chaque jour. Il faut donc que cesse les palabres pour qu'on entende enfin les râles des agonisants dans les centres de torture de Mohamed Bacar.

12.12.2007

Quand Boléro insulte le Président de la République

4c749c0d1e6aa3db1cd12ef72fe60f21.gifM. Hamada Madi Boléro, ancien ministre du gouvernement putschiste du colonel Azali, président par intérim qui organisé les premières élections présidentielles de l’Union des Comores ayant abouti à un résultat de 100 % des votants pour le colonel Azali (après la découverte de nombeuses fraudes au premier tour) a adressé trois lettres au Président Sambi, élu d’une manière démocratique selon tous les observateurs nationaux et internationaux. Il écrivait dans ce blog il y a quelques jours : « à Mohéli, on n'insulte pas les gens comme ça ». Certes, mais il peut y avoir UNE exception. Voici un florilège des insultes de Boléro envers le Président de la République comorienne dans les deux dernières lettres.

 

Dans la deuxième lettre (datée du 23 octobre 2007) on peut lire :

 

-       [s'adressant au Président Sambi]  « j’avoue que je vous ai répondu « oui » mais je n’avais rien compris sauf qu’effectivement vous divaguiez. »

Selon le Robert, "divaguer" : déraisonner, délirer, et même débloquer.

Boléro voulait-il dire que le Président est un fou ?

-         « En politique il n’est jamais trop tard même si vous avez trahi tout le monde, à commencer par ceux qui furent vos amis, ceux qui vous ont soutenus et crus et les promesses utopiques, il est vrai, que vous avez faites. »

Selon le Robert, trahir : vendre un ami (comme Judas a vendu Jesus), abandonner son camp en passant à l’ennemi, tromper…

Boléro veut-il dire que le Président est un « traître » ? On voudrait un peu plus d’arguments, d’autant que lui-même a été affublé du même terme en son temps.

-         « Commencer déjà par libérer le seul prisonnier politique que vous avez dans vos prisons. Vous n’avez pas le droit de lui infliger toute votre haine ainsi que celle de certains de vos très proches collaborateurs. »

Selon le Robert, haine : « sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive »

Qu’est-ce qui amène Boléro à dire que le Président est un pervers qui se « réjouit » de faire le mal ? Des faits !

-         « Parce que vous donnez trop l’impression de maîtriser tout ; vous vous plaisez en situation victimaire. Bref, vous semblez prendre plaisir pendant que le pays s’écroule »

Mêmes remarques que précédemment. 

-         « J’ose espérer Excellence Monsieur le Président, que pour cette fois-ci, vous mettrez de côté l’émotion, le mensonge, l’amateurisme, et la haine qui ont toujours caractérisé vos actions jusqu’aujourd’hui et vous agirez pour le bien commun. »

No comment. Mais pour Boléro c’est sans doute une argumentation très développée.

 

Dans la troisième lettre datée du 15 novembre 2007, Boléro est encore plus virulent contre le Président de la République des Comores :

 -          « les auteurs du texte publié dans ledit journal N° 1017 du 9 au 15 novembre 2007 et qui n’ont même pas eu le courage de le signer en usant d’une formule beaucoup plus générale « cellule de communication de la présidence », ne sont que les Goebbels de votre despotisme chiite. J’ai compris que la direction du journal en est pour quelque chose. »

Goebbels : Ministre de l’information et de la propagande de Hitler dès 1933. Il mit en place la nazification de l’Allemagne dans les médias, la culture et l’enseignement. C’est le plus fidèle des proches de Hitler, et après le suicide de ce dernier, il se suicide également avec sa femme, après avoir tué ses 6 enfants. Non seulement, il est ignoble que Boléro puisse comparer des Conseillers du Président, à un tel monstre, mais en plus cela revient à dire que leur chef (le Président de la République) est un nouveau Hitler. Est-ce acceptable de la part d’un homme qui a exercé les plus hautes fonctions de l’Etat (même si cela n’a été qu’après un putsch) ?

Selon le Robert, « despotisme » : pouvoir absolu, arbitraire, et oppressif du despote. Dictature, tyrannie. Là c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Voilà un homme qui arrive au pouvoir suite à un coup d’Etat militaire, qui envoie à la poubelle de l’Histoire la Constitution de l’Etat et met en place une charte constitutionnelle qui n’a jamais été approuvée par les Comoriens, qui règne pendant 7 ans sans jamais rendre de compte et qui traite un président élu démocratiquement d’être un tyran !

- « Alors, Monsieur le Président, sachez que si Anjouan est aujourd’hui dans l’état que vous qualifiez de « rébellion », c’est en grande partie à cause des hommes et des femmes comme vous qui avez lâchement déserté la capitale fédérale, qui avez fui l’Etat après avoir joui de ses largesses, qui avez trahi leurs responsabilité s, bien que vous étiez un « élu » du peuple pour profiter d’une situation d’illégalité totale en laissant les populations des autres îles dans la misère, dans l’incompréhension voire dans le désarroi. »

Que comprendre d’une telle phrase ? Presque rien : un coup classique d’un opposant contre le Président. Mais, on lit bien que Boléro traite le Président d’être un « lâche ».

- « Je vous rappelle en passant que mon île natale Mohéli fut la première avant même Mayotte à déclencher un mouvement séparatiste, et pourtant, l’éducation qui nous a été inculquée par nos parents, a permis à certains d’entre nous de prendre leurs responsabilités pour combattre le séparatisme pour que Mohéli réintègre son Ensemble naturel. »

En disant que l’éducation donnée aux Mohéliens leur a permis d’être des Unionistes, l’ancien Premier Ministre, Boléro, dit clairement au Président que parce qu’il est Anjouanais, il n’a pas pu recevoir la même éducation. Il ne se rend même pas compte qu’ainsi, il insulte tous les Anjouanais. Pire, il veut être élu président de la République en 2010, mais se permet de dire aux autres que les Mohéliens sont les seuls à avoir une éducation.

- « Si vous en doutez, demandez-le à certains dans votre horde de courtisans et d’opportunistes qui sont devenus subitement aujourd’hui « unionistes » pour l’occasion comme vous, alors qu’hier, ils ont trahi leur patrie. »

Selon le Robert, « courtisan » : Personne qui cherche à plaire aux puissants, aux gens influents par des manières obséquieuses, flatteuses. Selon le Robert, « opportunistes » : personne qui ne tient compte d’aucun principe.

Les conseillers et fonctionnaires du Président de la République appréciéront. Quelle ingratitude de la part d’un ancien Premier ministre ! Je me suis laissé dire que certains d'entre eux, comme M. Saïd Ahmed, chargé de la communication à la présidence, ont servi le même Boléro et Azali au même poste ! Voilà qu'ils se voient maintenant comparés à un nazi et traités de "courtisans" !

-          « Je vous le dis car contrairement à vous, Mohéli ne fera pas la chasse aux sorcières. Elle n’humiliera personne, même si vous avez fait beaucoup de mal et continuez à le faire avec votre haine viscérale et gratuite et vos complexes injustifiés. »

Comment comprendre cette juxtaposition « … vous, Mohéli », si ce n’est encore une fois une opposition Anjouan-Mohéli, juste pour dire que Mohéli fera mieux qu’Anjouan ! Quelle honte ! C’est une insulte envers tous les Anjouanais. Cette opposition entre Mohéli et les autres îles, on ne la retrouve chez aucun des grands leaders mohéliens (Mohamed Hassanaly, Mohamed Fazul, Dhoifir Bounou, Abdou Djabir, Saïd Mohamed Fazul…). Uniquement chez celui qui s’est auto-octroyé la médaille d’or de l’unioniste alors qu’il a toujours traité avec bienveillance tous les ennemis du pays, et particulièrement les séparatistes d’Anjouan et de Ngazidja.

-          « Je vous le dis parce que je ne suis pas sûr que vous imaginiez un seul instant le traumatisme que vos actions contre la population anjouanaise comme vous, va engendrer. Vous l’auriez fait à Mohéli, je vous assure que vous l’auriez regretté longtemps. Puisque c’est chez vous, faites-le et bonne appétit. »

C’est la même rengaine d’opposition entre Mohéliens et Anjouanais. La nouvelle version c’est qu’Anjouan peut laisser le Président Sambi faire n’importe quoi dans l’île, mais s’il fait la même chose à Mohéli, les Mohéliens le lui feront regretter ! Rien que cela !

-          « Ce n’est pas tout Monsieur le Président puisque vos Goebbels ont cru bon de raconter du n’importe quoi. »

A croire que cet homme est fasciné par les méthodes hitlériennes, à tel point qu’il voit des Goebbels partout.

- « Pourquoi tenez-vous tellement à faire la guerre jusqu’à mentir aux comoriens au  lieu de leur dire la vérité sur vos intentions de faire la guerre pour imposer votre vision ? Peut-être pour imposer une monarchie théocratique avec des Madjlisses à l’iranienne ? »

Boléro finit ainsi par accuser le Président de la République de vouloir installer une « monarchie théocratique ». A partir de quels faits ? Il n’a pas besoin d’apporter des faits ni des arguments. C’est cela qui s’appelle de la diffamation.

Je ne suis pas un partisan de Sambi. J’ai souvent critiqué les décisions de ses proches ces dernier temps, notamment en ce qui concerne la question de Mayotte. Mais, j’ai voulu démonter ici l’imposture d’un homme qui a régné pendant sept ans dans une sorte de dictature qui ne disait pas son nom et qui maintenant voudrait faire la leçon à un homme qui a l’avantage d’avoir été élu pour exercer son mandat. Et comble de tout cela, lorsqu'on veut faire un petit bilan, certes partisan, de son action, il oublie tout ce qu'il a écrit contre ses adversaires politiques et joue la vierge effarouchée en déclarant : "Au secours, on m'insulte !" Non, c'est uniquement de la politique.

03.12.2007

Le Boléro nouveau est arrivé !

b69f72d1a9e9e00bcef4210588f98119.gifComme souvent, après un an de pouvoir, les lettres ouvertes au Président de la République ont succédé aux lettres de félicitations accompagnées de CV ou cartes de visites. Beit-Salam reçoit actuellement de nombreuses lettres, plus ou moins "ouvertes" ou "confidentielles". Il ne s'agit plus de laisser entendre qu'on serait prêt éventuellement à occuper toute place vacante "pour l'intérêt de la nation", bien sûr, mais de laisser des traces pour pouvoir un jour dire : "je l'avais dit dans une lettre ouverte que j'ai adressée au Président Sambi... il ne m'a pas écouté" pour expliquer la défaite de ce dernier. Chacun des expéditeurs est persuadé d'être le plus original, le plus porteur de vérité et pour cela, le président ne peut manquer de porter une attention particulière à sa lettre.

La lettre ouverte aux puissants, qui se réduisent souvent au Président de la République et à ses proches, est un exercice très prisé dans nos contrées. Il n'a souvent qu'un seul objectif : non pas convaincre mais témoigner pour l'avenir, si ce n'est se décharger d'une trop pleine émotivité. 

Hamadi Madi, plus connu sous le nom de Boléro, ancien Premier Ministre des Comores, a envoyé récemment sa troisième lettre au Président de la République. Elle est en fait une réponse à la réponse de la deuxième lettre par une obscure "cellule de communication" de la Présidence. Il faut dire que cette fameuse "cellule" a de curieuses manières de répondre à la lettre d'un opposant politique. Répondait-elle au nom de la Présidence ou au nom du parti présidentiel ? Difficile de faire la part des choses, mais cette réponse traduit bien le flou et l'improvision des gens qui se trouvent autour du Président. Des enfants qui n'ont toujours pas pris la mesure de leurs responsabilités à l'égard du Président de la République et de la nation comorienne. Des enfants, puissants, orgueilleux, pleins de morve, qui viennent de recevoir un jouet et qui se moquent de tout ce qui se passe autour d'eux. Ils ne prennent donc pas au sérieux la lettre de Boléro et se contentent de lancer quelques piques comme on le ferait dans un blog très partisan. Leurs erreurs permettent à des gens de la trempe de Boléro et Mohamed Bacar d'avoir le beau rôle et ils finiront par les aider à enterrer définitivement notre pays.

Boléro, lui-même, s'amuse sur internet, à coups de révélations (quelques fois de secrets d'Etat), il met mal à l'aise les partisans de Sambi et donne plus ou moins discrètement la voie à suivre aux partisans du séparatiste Mohamed Bacar, tout cela accompagné de sermons très moralisateurs. Vous aurez compris : l'homme ne chôme pas en banlieue parisienne ! Il occupe son temps et il en a beaucoup. Il pose des jalons pour l'avenir en essayant de sauver son image (d'autrefois ?).

En lisant sa deuxième lettre au Président Sambi, on pourrait se tromper car il répète à plusieurs reprises que le Président Azali lui a appris qu'il "ne faut jamais insulter l'avenir". Foutaise ! Ou simplement nouvelle tentative de séduction du colonel Azali (et donc de la CRC), deux ans avant les élections présidentielles qui devraient débuter à Mohéli. En vérité, cette expression fait partie de la marque de fabrique du même Boléro depuis longtemps, avant même sa rencontre avec le putschiste. Ainsi, par exemple, dans Alwatwan n°406 (11 avril 1996), il répondait à une interview :

"Il ne faut jamais insulter l'avenir. Notre pays est plein de ressources, de dynamisme endormi, d'un optimisme blessé, d'une volonté étouffée. L'avenir est prometteur parce qu'il appartient à ces 63% de jeunes de moins de 25 ans. Mais il est vrai que le présent est inquiétant parce que l'Etat n'a plus d'autorité. Il n'organise pas la société et ne protège pas le citoyen. Il est l'instrument exclusif au service d'intérêts particuliers..."

Que c'est beau tout cela ! Depuis, notre ami Boléro a frôlé les plus hauts sommets de l'Etat (il a même été chef de gouvernement et nommé Président par intérim par son ami Président par coup d'Etat) avant de dégringoler, incapable de se faire élire simple député à Mwali, malgré les moyens mis par le pouvoir en place. Pourtant, ces quelques mots sont encore plus vrais aujourd'hui après neuf ans de pouvoir Azali-Boléro. Il n'a pas fait avancer d'un pouce l'autorité de l'Etat. Il a illusionné les "unionistes" sur le règlement de la crise séparatiste et a fortifié la personnalisation de l'Etat. C'est cet homme qui aujourd'hui voudrait venir nous faire la morale ? A d'autres.

La deuxième lettre de Hamada Madi dit Boléro au Président Sambi est datée du 23 octobre dernier. Cette fois, ce n'était peut-être pas une lettre ouverte puisqu'aucun des "privilégiés" qui l'ont reçue dans leurs boites emails ne l'a publiée et aucun n'en a fait allusion. Tant mieux ! Je serais le dernier à la publier.

Bien qu'il prévienne dès la deuxième ligne qu'il s'adresse au Président "très respectueusement", cette lettre paraît encore plus prétentieuse que la première. En effet, il n'hésite pas à dire au Chef de l'Etat qu'il divague, qu'il ment, qu'il est haineux, orgueilleux... autant de qualificatifs qu'on pourrait, sans mal, retourner au Boléro qui a pris le pouvoir avec Azali et Aboudou Soef par un putsch en avril 1999 sous le prétexte fallacieux d'"interposition" alors qu'ils avaient organisé eux-mêmes de fausses manifestations contre les Anjouanais de Moroni. Ce Boléro qui voulait tout savoir, tout contrôler à tel point que si j'en crois un responsable militaire de la capitale, il passait ses nuits sur internet à repérér qui était qui dans la diaspora et à attendre les dépêches des polices internationales pour savoir quel Comorien a fait quoi à l'extérieur. Un travail qui paie aujourd'hui qu'il a investi l'internet et qu'il se prépare à publier ses mémoires. Il connaît déjà tous ceux qui refont le monde (ou plus humblement les Comores) depuis des années sur internet.

Comme les hommes politiques ont la mémoire courte ! surtout quand ils ne sont plus au pouvoir !

Il apprend ainsi au Président Sambi qu'il ne souhaite pas se "soustraire à des probables erreurs commises" dans ses "fonctions honorables". "Probables" ? C'est beau. A-t-il oublié qu'il a quitté son pays, qu'il s'est soustrait à la justice de son pays (en naviguant d'île en île en kwasa-kwasa jusqu'à Mayotte si on en croit Radio Cocotier) pour une malheureuse "table basse" ? Que peut-on penser d'un responsable politique qui a exercé le pouvoir dans les plus hautes sphères de l'Etat et qui fuit son pays et s'exile parce qu'il a peur d'avoir à s'expliquer sur un litige aussi mince ?

Dans ce même domaine de la justice, il réclame au¨Président la "libération du seul prisonnier politique" qu'est pour lui Aboudou Soef, ancien Ministre des Affaires étrangères et Directeur des Hydrocarbures. Bravo Monsieur Boléro, mais c'est un peu tard pour un ami de dix ans. Nous sommes de plus en plus nombreux, simples citoyens, qui n'avons jamais eu aucun rapport avec Aboudou Soef, qui n'avons jamais fait de coup d'Etat avec lui, à réclamer le jugement de cet homme ou sa libération pure et simple. Mais venant de Boléro une telle demande est plutôt surprenante car j'aimerais lui rappeler aussi que nous étions nombreux à lui demander la libération du journaliste Cheikh Ali, qu'il accusait de tentative d'atteinte à la surêté de l'Etat, qu'il a fait enfermer pendant plusieurs mois dans le camp militaire de Mdé sans jamais apporter la moindre preuve de sa culpabilité et sans jamais le faire juger. Comme cela peut paraître loin aujourd'hui que Boléro n'a plus le pouvoir ! Qu'il se rassure, nous serons encore nombreux à exiger sa libération s'il devait aller en prison juste parce qu'il aurait égaré uniquement une "table basse" appartenant à l'Etat !

Doit-on oublier, si facilement que c'est à ce monsieur que nous devons ce concept qui a perverti nos esprits, ce concept de "citoyenneté de l'île". Il y a de quoi s'esclaffer quand on voit qu'aujourd'hui il se fait passer pour un combattant de l'unité des Comores. 

Doit-on encore oublier que c'est à ce Monsieur que l'on doit la remise à la justice française des mercenaires, qui n'étaient pas tous français, qui ont fait une "vraie" tentative de coup d'Etat aux Comores, mercenaires tous aujourd'hui en liberté ? Pour quels intérêts obscurs ? C'est ce Monsieur qui aujourd'hui fait la leçon au gouvernement de Mohamed Sambi. On aura tout vu dans ce pays. Un putschiste faisant la morale a un élu.

N'est-ce pas sous le régime qu'il a "servi honorablement" que des maisons de citoyens ont été détruites dans des conditions qui restent encore mystérieuses pour le simple Comorien, et dans tous les cas après des décisions extra-judiciaires ?

La liste des méfaits de cet homme et du régime qu'il a servi est trop longue (où est passé l'argent du "269", accord secret sur la question de Mayotte...). On peut comprendre qu'à l'approche du "tour de Mohéli", il désire se refaire une virginité politique, mais tout de même... un peu de pudeur.

J'approuve le fait que Boléro demande au Président de la République de s'adresser à la nation pour faire son mea-culpa. J'en profite également pour lui dire que nous sommes nombreux à attendre le sien et celui du colonel Azali car si nous sommes dans la situation actuelle c'est surtout parce qu'ils ont cru qu'on pouvait mettre un pansement sur la gangrène séparatiste. Il n'est jamais trop tard dit-il dans sa lettre.

Si j'avais un conseil à donner aux hommes du régime actuel, quelle que soit la "cellule" dans laquelle ils se trouvent, c'est justement de prendre à contre-pied les préconisations de Boléro. Mais malheureusement, ils sont en train de mener la même politique à propos de Mayotte et il faut craindre qu'ils n'arrivent bientôt à promouvoir l'idée d'une conférence intercomorienne sensée résoudre la crise séparatiste et qui n'aboutirait qu'à renforcer les séparatistes.

20.11.2007

Traduction de sourates du Coran

c06d098e0fc4392b9cccc693f970e563.jpgLa couverture de ce livre ressemble un peu au Kurassa de notre enfance, à ce petit recueil de sourates du Coran sur lequel nous apprenions à lire l'arabe et les premières prières. Du par coeur, rien que du par coeur. De gré ou de force et le bâton venait à bout de notre fainéantise.

Mon ami Mohamed Saïd Assoumani est un homme modeste et discret. Un de ces hommes qu'on écouterait à longueur de journée dès qu'il se mette à parler de leur passion.

Il a publié aux éditions Mansafara, un peu avant l'été dernier un petit livre qu'il a intitulé Alhamdu, Yasini, Idha Wakaâ avec comme sous titre en comorien Dauzo la maelezo, autrement dit : Les sourates l'Ouverture, Ya Sin, L'Evenement (Essai de traduction).

Il s'agit de la traduction de trois sourates fondamentaux pour le croyant comorien puisqu'il les récite à de nombreuses occasions. Mais, ce n'est pas seulement, comme on l'a fait jusqu'à maintenant, une traduction de l'arabe vers le français. Mohamed y a ajouté également une traduction en comorien.

Son livre, en plus d'être utile au pratiquant musulman comorien est aussi une manière de mettre en avant la langue de l'archipel des Comores et de montrer sa richesse dans ce pays où l'on confond trop souvent la religion et la langue arabe et où nombreux sont ceux qui croient, comme à la magie, que sans la prononciation des prières en arabe, Dieu ne la prend pas en compte. C'est pour dire qu'il n'y a pas de débat, aux Comores, sur la récitation des prières en arabe ou en comorien, comme il a eu lieu autrefois en France, entre le latin que plus personne ne comprenait et le français, langue de tous les jours, et surtout du peuple.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai relu ces prières que je connais depuis mon enfance, cette fois en comorien. Comme dans les chansons populaires comoriennes, particulièrement le twarab, on y découvre une poésie entrainante. Et moi qui est loin d'être un grand spécialiste du shikomori, j'ai tout compris.

Ainsi, le "Ya Sin" qu'on lit à toute occasion sans y comprendre grand-chose (car on est toujours aux temps de la récitation que ce soit dans la religion ou dans l'enseignement) s'est révélé à moi, non pas tant comme une prière dans laquelle les hommes demandent à Dieu de préserver d'autres hommes ou de les accueillir dans son paradis, mais surtout comme un avertissement : Ili utahadharishe wandru ikao ("Pour que tu avertisses un peuple").

En lisant cette traduction de Mohamed Saïd Assoumani, je me suis dit : c'est dommage de lire le "Ya Sin" devant le corps d'un mort ou sa tombe, car comme il est déjà mort, l'avertissement ne lui sert à rien.

Quant à la sourate "Al-Waqia", à propos des "élus" qui pourront entrer au paradis, il y est dit que parmi les "réjouissances" dont ils pourront bénéficier, il y aura : wana-washe wa matso mahu ya wandza ("des belles aux grands yeux").

Je ne discuterai pas du canon de la beauté féminine éléborée par nos ancêtres arabes du Moyen-âge, mais je me demande si, après s'être bien comporté pendant toute sa vie ici bas, là-haut, on peut avoir des femmes aux petits yeux (des asiatiques par exemple), et si quand on est une femme et qu'on arrive au paradis après tant de misères vécus (plus que les hommes), on peut ne pas avoir des belles aux grands yeux et avoir un véritable choix que celui qui sied aux hommes ?

Je ne devrais pas plaisanter autant avec des choses aussi sérieuses. Mais tout de même... on peut se poser des questions.

En refermant le livre, j'ai compris un peu pourquoi dans notre enfance et même après, on nous demande seulement d'apprendre par coeur les sourates sans les comprendre. Imaginez toutes les questions qu'on aurait à poser à nos maîtres si tout cela était en langue vernaculaire. Mais partout, il y aurait débat sur toute la conception que la société comorienne (pas seulement elle, il est vrai) a de la religion et sa façon de vivre l'Islam. Je ne parle même pas des rires des enfants.

J'espère que Mohamed Saïd Assoumani aboutira dans la thèse qu'il a entreprise à l'Université Paris 3 sur la traduction du Coran en langue comorienne car cela pourrait être utile à la façon que nous avons d'appréhender la religion musulmane mais aussi de concevoir une société du dialogue. Mais comme c'est un homme sérieux et travailleur, il n'y a pas de raison qu'il n'aboutisse pas.

05.11.2007

Mutsa ma rebelle

En ce temps d'inquiétudes, j'aime à me rappeler ce poème de l'écrivain Abouboucar Saïd Salim que j'admire pour ses écrits :

Mutsa ma rebelle

Est-ce bien toi Mutsa ?
Ces cris de haine
Ces roquettes qui guettent
Ces drapeaux étranges
Hissés au rebours de l'histoire ?

Est-ce bien toi mon amour
Qui par ton jasmin étouffé
Par ton « chiromani » étranglé
Par tes yeux assassinés
Celui qui t'aimait et que tu aimais ?

Est-ce bien toi Ranastam
qui transformes la musique
De ton nom, en une cacophonie
fatale. Contre celui qui hier encore
Te murmurait à l'oreille ?

Le poète aura-t-il toujours raison
Qui parlait déjà de “ton impossible amour”
Avant même ce « Ntrimba » diabolique
Où tu demandes en guise de « trembo »
Le sang de tes frères ?

Et toi Saturne ! cannibale lugubre
Crois-tu que les cadavres de tes enfants
Feront repousser l'or et l'argent
Sur les champs stériles de la haine ?

Tu m'as déçu Mutsa, mais
un soir on se retrouvera
Au clair de lune comme jadis
Et je te pardonnerai et tu me pardonneras
Les comptes réglés, et la balance équilibrée

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