04.01.2008
Une chronologie de l'histoire des Comores
Au mois de décembre est sorti un livre qui tente d'établir une chronologie des événements historiques dans l'archipel des Comores (Grande-Comore, Anjouan, Mayotte, Mohéli).
Il présente encore des défauts, notamment en ce qui concerne l'uniformisation de l'écriture de certains noms propres ou même sur quelques événements, mais reste un usuel utile pour toute personne qui s'intéresse à l'histoire des Comores.
Ce livre est naît de la collaboration entre Ouledi Ahmed, docteur en biologie, enseignant à l'Université des Comores, qui s'est révélé ces derniers temps comme un grand passionné de l'histoire comorienne et Mahmoud Ibrahime, docteur en Histoire.
Voici ce qu'on peut lire en quatrième de couverture : "Cet ouvrage est la première tentative d'établissement d'une chronologie des événements qui se sont déroulés dans l'archipel des Comores depuis les origines jusqu'à nos jours. Cette chronologie fait revivre les instants oubliés du passé et restitue, dans la mesure du possible, leur enchaînement. Elle présente, d'une manière linéaire, les faits historiques dans tous les domaines (politique, culture, société, économie et religion)."
Le livre est aussi le reflet de l'état actuel de la recherche aux Comores : ce sont les XIXe et XXe siècles qui dominent alors que peu de pages sont consacrées aux siècles précédents.
Ahmed Ouledi & Mahmoud Ibrahime, Les Comores au jour le jour. Chronologie, KomEdit, déc. 2007, 124p.
18:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comore, Anjouan, Mayotte, Moheli, Ouledi, Ibrahime, chronologie
26.10.2007
Le réalisme made in Comores
Ces derniers temps j'ai été effaré par l'arrogance des cadres de l'Union, particulièrement en ce qui concerne la question de l'île comorienne de Mayotte. En réalité, la plupart d'entre eux sont ignorants des mécanismes de fonctionnement de l'ONU, surtout en ce qui concerne la question qui nous intéresse le plus dans cette institution, mais à chaque rencontre, ils prennent des airs et se permettent de qualifier les militants de la société civile de "rêveurs", d'"iréalistes"... Pourtant, ces militants qui pour la plupart suivent cette affaire depuis 10, 15, 20 ans sont, malgré eux, devenus des spécialistes de la question.
J'ai ainsi pu entendre un Ministre s'en prendre à un militant de l'unité comorienne et le faire passer pour un idéologue avec lequel aucune discussion n'était possible. Connaissant très bien ce militant, et le sacrifice qu'il a fait à son pays durant toute sa vie, mon sang n'a fait qu'un tour, mais c'est avec un certain flegme que j'ai tranquillement rappelé au Ministre, et non moins ami (ceci aidant) tout le travail concret accompli ces dernières années par cet "idéologue" et ses amis à Moroni.
Quelques mois après, c'est un Ambassadeur, qui avec un ton plus moqueur que son ministre s'en est pris à un autre militant le traitant d'irréaliste (comme l'ensemble des associatifs qui l'accompagnaient) car il osait dire qu'une autre voie était possible et que la diplomatie comorienne n'était pas obligée à chaque fois de vendre une partie de son territoire contre les euros de la coopération française comme elle venait de le faire.
La formule employée par ces cadres ("Vous êtes des rêveurs et nous sommes réalistes") est certes belle, mais elle reflète bien la vacuité de ceux qui dirigent les Comores actuellement. Las de s'entendre dire par Houmed Msaïdié et le CRC qu'ils agissent comme les militants d'associations, ils essaient de convaincre en endossant l'image de gens réalistes ou qui feraient de la realpolitik. A les voir se tortiller et se prendre dans les noeuds de leurs manoeuvres, on se dit que ce sont eux les vrais naïfs et qu'ils ne tarderont pas à s'en rendre compte. Pourvu que ce soit avant la fin du mandat du Président Sambi.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Président, à demander à l’ONU de s’emparer de la question de l’île comorienne de Mayotte alors que la diplomatie comorienne venait de la retirer de l’ordre du jour de cette même assemblée et qu’on déclarait à Paris, dans un texte lu et relu par les diplomates et conseillers, que sur cette question on veut procéder d’une manière bilatérale avec la France.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre président, à nommer un Président à Anjouan alors que les lois ne le lui permettaient pas, alors qu’il n’avait pas sur place la force nécessaire pour faire appliquer ses décisions aussi incongrues soient-elles, encore moins de faire respecter l'Etat ou du moins lui éviter une seconde humiliation dans cette île.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Président, à ignorer le principe (pas la loi) de séparation des pouvoirs, et à exiger de la Cour constitutionnelle qu’elle se débarasse de son président, dont l'entente avec le pouvoir séparatiste était évidente, et alors que tout autre citoyen comorien aurait pu le faire sans qu’on le soupçonne d’avoir des arrières-plans.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait le Président Sambi pendant sa campagne à dire que la participation des athlètes maorais aux Jeux des Iles est une forfaiture contre l’unité du pays, puis une fois élu à aller soi-même regarder un match de basket opposant « Les Comores » et « Mayotte ».
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères à subir la pression d’un simple Ambassadeur, et à retirer la question de l’île comorienne de Mayotte de l’ordre du jour de l’ONU en proclamant que les hommes politiques précédents ont fait un pacte avec la France sur ce sujet, pacte dont on sait qu’il est contraire à la Constitution et qu’il met en cause la souveraineté de l’Etat dont on est censé défendre.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères, à déclarer à des associations de la diaspora que la participation des Comores aux Jeux des Iles ne serait que « symbolique » alors que le porte-parole du gouvernement allait affirmer quelques jours après que la délégation comorienne serait composée de plus de 150 membres, dont le Président de la République lui-même.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères à affirmer que les étudiants comoriens à Madagascar sont des « proxènetes » alors qu’ils étaient en train de subir le harcèlement de la police malgache. Oui, ce serait être un rêveur que de demander à notre ami Ministre d'exiger un minimum d'explications à l’Ambassadeur malgache à Moroni, de mettre en place une cellule de crise dans notre ambassade à Tananarive et de trouver avec nos étudiants les voies les plus adéquates, plus conformes à la loi, sans les laisser dans un face à face avec une police étrangère, après les avoir accusés de tous les maux.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ambassadeur à Madagascar, à proclamer dans les médias malgaches que les Comoriens sont des trafiquants de papier pour justifier la brutalité avec laquelle la police malgache interpelle les étudiants comoriens en vue de les expulser. Oui, le réalisme consiste à justifier les actions présentes et futures de la police malgache quand elle s’en prend à nos étudiants. Demander à notre Ambassadeur de protéger nos ressortissants relève du rêve le plus pur.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait le gouvernement, à faire de tous les responsables politiques des délinquants notoires dès le début, sans intervention de la justice, pour des calculs populistes et ensuite à reconnaître son incapacité à en juger un seul faute d’enquêtes et de preuves probantes nécessaires dans tout Etat de droit.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le gouvernement l’a fait récemment, à faire juger d’anciens ministres par des tribunaux ordinaires, à les faire condamner tout en sachant que toute la procédure était viciée et que, par conséquent, on allait être obligé de tous les relâcher.
Le réalisme des responsables actuels, consiste comme l’a fait l'actuel ministre de la Justice, à se jouer des mots : lutte contre la corruption, rétroactivité des futures lois pour mettre en prison les anciens corrompus et corrupteurs… tout en sachant que l’Assemblée a été convoquée pour deux semaines et qu’il y avait plus de dix lois à examiner et que les députés ne pourraient même pas en étudier trois.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le fait le Ministre de la Justice, à fermer les yeux sur le fait qu'un opposant, quel qu'il soit, pourrit en prison sans jugement alors qu'à coup de tambour et tambourin on affirmait que toute les preuves étaient réunies. Oui, c'est un opposant en moins, et il ne faut surtout pas penser qu'il pourra, lui aussi, ou ses amis demain, user des mêmes procédures qui entachent la justice depuis des années. C'était des rêveurs ceux qui disaient à l'ancien Ministre Hamada Madi (dit Boléro) que l'injustice qu'il appliquait à un certain journaliste de la place enfermé dans un camp militaire sans jugement, il la subirait un jour. Aujourd'hui il est en fuite, obligé de se cacher en banlieue parisienne.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l'a fait notre Ministre de la Justice et le gouvernement, à tout faire pour faire annuler (dans les faits) une décision de justice par des conciliabules extra-judiciaires parce que le condamné est une entreprise française qui fait du chantage à l'Etat et aux entreprenneurs locaux en tentant de les étouffer économiquement en leur refusant tout crédit comme auparavant.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le fait le gouvernement, à se plaindre auprès de l'UA du fait que Mohamed Bacar agit contrairement à la loi en empêchant la libre circulation des citoyens comoriens et notamment le Président de la République, en oubliant que le même procédé a été utilisé contre un des chefs de l'opposition empêché de se rendre à Anjouan pour préparer des élections avec son parti par le Directeur de Cabinet du président, aujourd'hui devenu chef de l'Exécutif de Ngazidja.
Mais alors pourquoi le réalisme des autorités actuelles ne s'exerce que contre leur propre pays et leurs citoyens ? Ils me taxeront d'idéologue, mais je ne peux m'empêcher de leur lancer un cri d'autres rêveurs : "Soyez réalistes, demandez l'impossible".
La realpolitik, le réalisme en politique, lorsqu'il n'est guidé par rien, lorsqu'aucun principe ne vient le contredire, lorsqu'on considère qu'il n'y ni Dieu, ni patrie, ni humain à respecter, ce réalisme là mène directement au camp de concentration ou au goulag. Par excès de cynisme ou par naïveté, ou encore les deux à la fois.
23:55 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sambi, Comores, Mayotte, realpolitik
01.08.2006
Déclaration de l'Association Comores-MasiwaMane
Je fais partie de ceux qui ont cru réellement que le gouvernement actuel des Comores allait réintroduire "la question de l'île comorienne de Mayotte" à l'Assemblée générale de l'ONU. Le Ministre des Affaires étrangères l'avait annoncé, il vient de reculer face aux pressions de la France. Voici une déclaration de l'Association Comores-MasiwaMane.
Déclaration sur la question de Mayotte
Par une dépêche de l’agence HZK datée du 19 juillet 2006, nous apprenons que le gouvernement comorien par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, M. Ahmed Ben Saïd Jaffar, a décidé de renoncer à réintroduire la question de « l’île comorienne de Mayotte » à l’ordre du jour de la prochaine session de l’Assemblée Générale de l’ONU, comme il l’avait récemment annoncé. Le Ministre des affaires étrangères justifie le recul du gouvernement par des difficultés de procédure et de temps.
Les Comoriens ne peuvent que constater que cette décision a été prise deux jours après la mise en garde de l’Ambassadeur de France à Moroni, M. Job, estimant que le gouvernement comorien ne pouvait revenir sur un « accord secret » signé par le gouvernement du colonel Azali et visant à retirer cette question de l’ONU jusqu’en 2007.
Certes, il y a nécessité de continuité de l’Etat, mais en l’occurrence, il s’agit d’un accord de convenance entre d’une part, le colonel Azali, représenté par le Ministre des Affaires étrangères Amine Soeuf et le Secrétaire Général de son parti (qui n’avait alors aucune fonction au sein de l’Etat), Abdou Soefo et d’autre part, le ministre de la coopération français Xavier Darcos. A aucun moment les représentants du peuple comorien n’ont donné leur point de vue sur cet « accord secret ». Le gouvernement de M. Sambi pouvait donc s’appuyer sur le non respect du peuple et la décision unilatérale de la part du colonel Azali (d’ailleurs, c’est en ces termes que le candidat Sambi a dénoncé la décision de faire participer aux Jeux des Iles, les athlètes maorais en tant qu’entité) pour ne pas tenir compte de ce fameux « accord secret ».
En tout cas, les révélations de l’Ambassadeur Job expliquent l’arrogance avec laquelle le député René Dosière (PS), qui revenait d’un voyage à Mayotte et dans le reste des Comores, nous avait reçu à l’Assemblée nationale française, en nous annonçant, d’emblée, que même notre propre gouvernement avait signifié à la France et au monde l’abandon de ses revendications sur l’île de Mayotte.
Comme chacun le sait notre association est née précisément au moment de la signature de ces Accords mixtes franco-comoriens pendant lesquels certains représentants de grandes associations comoriennes en France ont pris part, mais étaient écartés des discussions politiques et étaient restés silencieux. Le choix de mettre en place une structure pouvant réclamer le retour de Mayotte dans son giron naturel sans être liée par des demandes d’aides économiques auprès du Ministère des Affaires étrangères se justifiait donc, et se justifie toujours.
Nous avons fait partie des premières associations à avoir félicité le gouvernement du Président Sambi et son ministre des Affaires étrangères Ahmed Ben Saïd Jaffar pour leur décision de ne plus retirer « la question de l’île comorienne de Mayotte » de l’ordre du jour de l’Assemblée Générale de l’ONU comme l’ont fait leurs prédécesseurs depuis 1995. Nous l’avons fait avec empressement, et avons incité certains à le faire car nous savions d’expérience qu’une telle décision allait être suivie d’une pression énorme de la part des autorités françaises pour faire reculer le gouvernement comorien. Cela n’a pas tardé.
De plus, les mêmes moyens de pression sont employés contre le gouvernement actuel, et notamment le chantage au développement (sous couvert de « codéveloppement » ou de « coopération régionale ») qui reste l’arme la plus efficace du gouvernement français depuis l’accession des Comores à l’indépendance. En effet, comment ne pas relier cette décision du gouvernement Sambi aux remerciements du Président à la France pour son aide économique, lors du discours du 10 juillet dernier ?
Il semble également que notre nouveau ministre des Affaires étrangères ait rapidement repris la langue de bois de ses prédécesseurs, notamment lorsqu’il déclare que les « discussions se poursuivent » ou qu’il veut initier « une approche par le développement » pour parvenir à un règlement rapide de ce contentieux. On croirait entendre les deux ministres précédents. Pendant ce temps, la diplomatie française agit souterrainement pour faire perdre à notre pays toute crédibilité auprès de ses soutiens les plus actifs, en attendant de faire de Mayotte un département français en 2010 comme le prévoit une loi française de 2000.
En somme, nous avons là la première décision anti-constitutionnelle du gouvernement Sambi (au regard des articles 1, 6 et 12 de la Constitution comorienne). Cette décision devrait amener la Cour constitutionnelle, le parlement, les exécutifs des Iles, les partis politiques, les associations et tous les citoyens comoriens à sortir de leur réserve pour condamner la mise au pas du nouveau gouvernement par M. Job, l’Ambassadeur de France.
La constitution comorienne définit clairement les frontières des Comores « telles qu’internationalement reconnues » (article 6 et 12 de la Constitution). Or nous constatons que le nouveau gouvernement, comme le gouvernement précédent pense qu’il peut aller à l’encontre de la Loi fondamentale, malgré un serment sur le Coran, fait cette fois-ci par tous les membres du gouvernement en plus du Président qui a juré de défendre les institutions de l’Etat.
Lors de son point de presse, le Ministre des Affaires étrangères (qui a refusé de répondre aux questions des journalistes) aurait également affirmé son « soutien aux compatriotes pour le traitement qui leur est infligé à Mayotte ». Le Collectif Comores-MasiwaMane pense qu’il n’y a qu’un seul moyen de soutenir réellement nos compatriotes victimes de nombreux abus de la part de l’administration française : c’est de refuser leur expulsion vers les autres îles, comme nous le permet le droit international qui condamne (article 7.1d et 7.2d des statuts de la Cour Pénal International) les déplacements d’êtres humains à l’intérieur d’un même pays. Or il se trouve que la communauté internationale, contrairement au gouvernement Azali, n’a jamais reconnu une frontière entre Mayotte et les trois autres îles. Interdire toute arrivée de bateaux ou d’avions transportant des Comoriens déplacés de Mayotte vers une autre île serait une façon, pour le gouvernement de Sambi, de montrer sa volonté de se démarquer de la diplomatie de « mendiants » qui a caractérisé, particulièrement, les gouvernements du colonel Azali.
Le nouveau ministre des Affaires étrangères aura également l’occasion d’évoquer l’occupation de l’île comorienne de Mayotte à l’automne prochain, lors de son discours devant l’Assemblée Générale de l’ONU. Nous espérons qu’il ne va pas, comme son prédécesseur, avancer d’hypothétiques « discussions » en cours avec la France pour renoncer à la souveraineté des Comores sur l’île de Mayotte.
Dans tous les cas, l’association Comores-MasiwaMane entend dénoncer les renoncements et les trahisons sur l’intégrité territoriale de notre pays d’où qu’ils viennent, ainsi que les entorses à la loi dont se rend coupable le gouvernement français.
Collectif Comores-MasiwaMane
Comores_masiwamane@yahoo.fr
Le 30 juillet 2006
20:20 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Comores, MasiwaMane, Politique, Mayotte
11.07.2006
Les moeurs sexuelles à Mayotte ou de la démarche scientifique
J'ai lu récemment (oh ! il y a plus de deux mois, en fait) un livre "marrant" intitulé "Les moeurs sexuelles à Mayotte". L'auteur, Bacar Achiraf, titulaire d'une maîtrise en Sciences de l'éducation (Université de Nancy) et instituteur a pris la peine d'indiquer qu'il est né "dans le sud de l'île française de Mayotte", sage précision pour un livre publié en France, au cas où les Français ne se seraient pas aperçus que Mayotte est sous administration française, malgré les nombreuses résolutions de l'ONU réclamant le respect par la France de l'intégrité du territoire comorien.
Mais bon c'est une autre question, revenons au livre.
Dès l'introduction notre Maître écrit : "en tant que témoin privilégié du profond bouleversement des us et coutumes de la société traditionnelle mahoraise, je souhaite avoir le point de vue authentique d'un autochtone et différent du regard extérieur porté généralement sur notre culture". Le brave homme ! On ne sait plus s'il est Français ou simplement un autochtone colonisé ?
Il poursuit "La démarche ne se veut pas scientifique, ni sociologique, et encore moins anthropologique ". C'est rassurant ! Qu'est-ce alors ? De la littérature ? Non, il a déjà dit que ce n'est pas un roman ? Qu'est-ce que c'est que ce délire alors ?
Mais continuons dans les marges. Pour justifier cette position, il écrit : " A Mayotte la culture orale prime encore beaucoup sur l'écrit qui peut aisément se déchirer ou se perdre alors que la parole ne s'efface pas. Elle persistera ad vitam aeternam dans la mémoire collective (sic). De ce fait, pour le recueil des données pertinentes, nous nous inscrivons de façon délibérée dans cette optique afin d'assurer une continuité à cette oralité ancestrale et culturelle plutôt que d'adopter une méthode académique inappropriée par rapport à la réalité du contexte local. L'originalité de notre démarche réside donc dans le choix volontaire de travailler à partir de témoignages avérés pour appréhender la complexité des relations humaines".
Parions que c'est ce qu'il a écrit dans l'introduction de son mémoire de maîtrise ? Si vraiment on pense que l'oral est éternel alors que "l'écrit peut aisément se déchirer" on ne fait pas un livre, on prend son bâton de pélerin et on va raconter ses histoires dans les villages, ce que font de nombreux et merveilleux conteurs dans l'archipel.
Mais alors que veut réellement dire Bacar Achiraf ? Voici une traduction, bien trop partisane je l'admets, de ses propos :
"Attention, j'ai fait un livre sur la société maoraise, mais contrairement aux livres des étrangers (qui m'ont enseigné) que vous lisez tous les jours, je n'ai pas tenu compte des règles établies par les scientifiques et respectées par tous. J'ai un avantage sur eux : je ne suis pas un Mzungu, je suis Mzungu-Maorais, un presque pur-autochtone et je vis au coeur de mon sujet".
C'est une tendance qu'on retrouve quelques fois chez certains étudiants et même chercheurs Africains, et particulièrement Comoriens. La recherche absolue d'une singularité ("je suis le premier..." ou encore "les Afraicains sont les premiers...") les conduit à vouloir rejeter les règles primaires sans lesquelles il n'y a pas de recherches dignes de ce nom. L'excuse est imparable : nous n'avons pas les moyens de faire comme les Blancs ! C'est ce qu'exprime Bacar Achiraf quand il parle de "la réalité du contexte local". Même quand ils font une compilation de tout ce qui a été écrit sur un sujet concernant leur pays, certains chercheurs Comoriens (et Bacar Achiraf n'est donc pas un cas particulier) ont tendance à se croire supérieurs aux autres, justement parce qu'ils sont originaires du pays en question. C'est une grave erreur car après tout il n'y a pas de meilleurs observateurs que celui qui vient de l'étranger. Et les Wazungu qui ont écrit des idioties sur les quatres îles sont souvent ceux qui ont passé quelques mois dans l'archipel et se sont laissés impressionner par ce qui était dit dans la rue ou par les journalistes et en oubliant la démarche scientifique. Bacar Achiraf nous démontre qu'on peut faire les mêmes erreurs en étant originaire du pays.
En lisant cette introductionn, je me suis dit : Encore un qui a été illuminé par le cours sur l'importance des archives orales en Première année de fac ! Pourquoi s'embêter à faire des recherches à l'université (passer quatre ans hors de chez soi en ce qui cocnerne Bacar Achiraf) et continuer à enseigner aux jeunes ce qu'on a appris, pour après cela dire : la méthode, la scientificité de la démarche ne sert à rien, mieux vaut garder nos traditions orales, il n'y a rien de mieux, mais pardonnez-moi, pour cette fois je vais quand même écrire un livre pour fixer l'oral. Et donc nous, nous devons nous contenter de ce qui est dit dans la rue et ne plus appliquer des règles scientiques. Cela me rappelle un Président qui disait que peut-être que les Africains n'étaient pas faits pour appliquer la démocratie. Chacun ses moeurs, même quand elles ne sont pas... sexuelles.
Désolé, mais les règles scientifiques doivent rester les mêmes partout. On peut dire qu'on privilégie une source particulière, mais cette source ne peut pas permettre de se défaire des règles appliquées par tous dans le monde entier, et avec comme seul argument qu'on est Maorais.
En réalité, comme on a pu l'observer pour d'autres chercheurs comoriens, pour Bacar Achiraf la méthodologie et la démarche scientifique sont trop durs à assumer, alors il vaut mieux se réfugier dans ce qu'on dénomme (pour se faire plaisir) "l'authenticité de l'autochtone". Le brave homme !
Alors qu'est-ce que notre Maître a trouvé et qui est particulier aux Maorais en matière de pratiques sexuelles ? Rien de nouveau. Rien de particulier à Mayotte : des collègues qui s'ennuient au bureau et qui s'amusent un peu, la maladie d'amour (ou le ngoma comorien), des jeunes qui se retrouvent dans des cabanes, les nymphomanes, le rôle de la religion, et des tas de considérations qui peuvent être considérées comme hors-sujet : le salut, le grand-mariage et les autres formes de mariage, les canons de la beauté. Des banalités qu'on retrouve ici et là, et dans le monde entier.
Heureusement, le livre est très simple à lire et l'auteur a beaucoup d'humour, même parfois involontairement.
00:25 Publié dans Extraas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mayotte, moeurs sexuelles, Bacar Achiraf
18.06.2006
Retour sur Mayotte
Je l'espérais dans la dernière note, Jaffar l'a fait ! Dès l'automne prochain la question de "l'île comorienne de Mayotte" reviendra à l'ordre du jour de l'Assemblée Générale de l'ONU, et encore une fois la France recommencera à être condamnée à cause de l'occupation d'une partie du territoire comorien sous le prétexte fallacieux de référendums condamnés par la communauté internationale depuis 1976. C'est la décision annoncée par le porte-parole du gouvernement comorien à la sortie du Conseil des Ministres de mercredi dernier.
Depuis 1995, la France avait su jouer de certaines complicités parmi la classe politique comorienne pour faire retirer cette question de l'ordre du jour de l'AG de l'ONU. Depuis, la destabilisation par le séparatisme anjouanais (porté par d'anciens militaires français) aidant, les divers gouvernements avaient toujours refusé de maintenir cette question à l'ONU. Les Ministres du colonel Azali (Soeuf El-Amine et Soefou Abdou) prétendaient que des négociations étaient en cours avec la France, tandis que celle-ci continuait à faire évoluer tranquillement le statut de l'île vers plus d'intégration dans la communauté française (Mayotte est ainsi inscrite comme un territoire français dans la constitution française).
Le rituel était rodé depuis 1995. L'ONU qui depuis 1975 a dit que cette question sera toujours à l'ordre du jour de l'AG tant que la France n'aura pas quitté ce territoire comorien continuait de l'inscrire chaque année. Par un courrier d'un ministre des affaires étrangères, l'Etat comorien demandait son retrait. La publication par L'Archipel du courrier d'Abdou Soefou l'année dernière avait choqué les Comoriens mais tous les autres ministres, depuis 1995, avaient fait la même chose, plus discrètement.
Cette décision de ne plus retirer la question de l'ordre du jour de l'AG de l'ONU est le fait du nouveau ministre des Affaires étrangères, Ahmed Jaffar, qui confirme ainsi que le pouvoir ne lui a pas fait perdre la tête ni les idées que nous défendions tous, surtout depuis 1997 et le déclenchement de la crise séparatiste.
Il est certain que la diplomatie française, à commencer par l'Ambassade de France aux Comores, ne va pas rester les bras croisés, et qu'en dernier ressort, l'Etat français reprendra la vieille arme du chantage économique et celle de la désinformation pour faire haïr le nouveau gouvernement, d'autant que les partisans du colonel Azali et du candidat Halidi n'ont pas encore enterré la hache de guerre contre Sambi.
Il va donc falloir beaucoup de courage au gouvernement de Sambi et aux patriotes comoriens pour rendre incontournable cette décision.
20:25 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Comores, Mayotte, Sambi, Jaffar

