04.03.2008
La fin des palabres
Le Président de la République a indiqué que l’Armée nationale était sur le point de rétablir la normalité républicaine dans l'île d'Anjouan.
Avant cela, et comme il se doit dans toute démocratie, les partis politiques de l’opposition avaient proposé un chemin vers la pacification du pays, le fameux « plan B ». Ce plan était sans doute guidé par l’exaspération, par l’inaction depuis des mois et par l’impression que beaucoup d’entre nous ont eu d’un laisser-faire ou d’une intention de l’exécutif de laisser des pays amis ou même l’Union africaine régler à leur convenance un problème interne. Ce plan, contrairement à ce qui a été écrit ici et là, n’était pas dénué de sens. Il prenait en compte le fait que par sa passivité l’exécutif de l’Union signifiait qu’il n’était pas en mesure, que notre armée nationale n’était pas capable de rétablir la loi à Anjouan. Et certains d'entre nous pensaient que si le Président Sambi estimait que le risque d’un troisième échec de l'Armée nationale se présentait, il ne pouvait mieux faire que d’admettre la troisième humiliation de l’Etat comorien, de prendre sur lui et de mettre en pratique un plan qui, certes, nous renvoyait encore une fois vers les conférences nationales et internationales, vers les gouvernements d'unité ou de réconciliation nationale, et sans doute vers un nouveau référendum constitutionnel réaffirmant les positions des séparatistes de tous bords, de nouvelles élections nationales et régionales, en attendant le nouvel épisode qui nous ramenerait à la case "départ".
Or, il semble que depuis quelques semaines, le président de la République et le gouvernement de l’Union ont pris enfin conscience des tergiversations de l’Union africaine et des actions officieuses et nuisibles à l’unité du pays menées par certaines personnalités étrangères. Le président Sambi vient d’affirmer que l’Etat a l’intention de jouer son rôle à Anjouan, et le chef de l’Etat major, le lieutenant-colonel Salim Mohamed Amir, vient de confirmer que les soldats de l’Armée nationale sont prêts à faire leur métier et s'il le faut à donner leurs vies pour la nation comorienne.
Nous pouvons comprendre nos aînés et frères qui hésitent en se disant qu’en réalité l’armée n’est pas prête et qu’il risque d’y avoir des pertes qui pourraient venir à bout de l’Etat comorien. C’est tout à leur honneur d’oser aller à contre-courant de l’opinion la plus répandue dans l’archipel. Il ne s’agit donc pas ici de jeter la pierre à ceux qui se soucient véritablement du sort de la nation comorienne. Nous voulons juste leur dire que l’attentisme dont fait preuve l’Etat comorien depuis le traumatisme de septembre 1997 est en train de nous tuer à petit feu. Le gouvernement actuel peut faire comme le précédent : accorder tous les avantages aux séparatistes, vendre la souveraineté nationale, continuer à croire que le dialogue de sourds fait avancer les choses et ses membres pourraient eux aussi s’occuper de leurs petites affaires pendant les deux ans qu’il leur reste. Le plus difficile est de vouloir régler ce problème une bonne fois pour toutes à l’avantage de l’Etat et des citoyens comoriens.
Au-delà des réflexions nécessaires et des propositions des simples citoyens, il convient de s’interroger sur les intentions et les postures actuelles des hommes politiques qui ont apporté directement ou indirectement leur soutien au rebelle Mohamed Bacar et qui, maintenant, la main sur le cœur voudraient nous faire croire qu’ils se soucient des pertes de vies humaines.
Certes le gouvernement de Mohamed Abdallah Sambi a deçu plus d’un et sur plusieurs aspects, notamment la justice, qui ne respecte toujours pas les procédures en vigueur et entache, au moins, d'irrégularités les décisions prises.
Mais que faire ? Nous avons en face de nous un homme qui se prévaut de la force pour soumettre une partie du territoire comorien, qui à deux reprises se moque de la volonté politique de nos concitoyens anjouanais, qui refuse le verdict de la Cour constitutionnelle, qui fait d’Anjouan une zone de non-droit, qui n’hésite pas à tirer et à tuer des soldats de l’Armée nationale, qui n’hésite pas à tirer sur une foule réunie à l’aéroport de Wani pour accueillir le Président de la République, qui interdit au Président de la République et à tout membre du gouvernement de mettre leur pied sur une portion du territoire comorien, qui enlève des citoyens dans la nuit et les fait torturer, qui refuse tout dialogue dans lequel il ne pourrait pas imposer ses conditions. L'Etat peut-il se soumettre au verdict de cet homme sans en créer d'autres comme lui dans l'avenir. Quel autre Etat au monde accepterait de discuter avec un tel homme ? D’autant qu’il dit clairement qu’il n’est pas question de discuter de nouvelles élections mais seulement d’une modification de la Constitution pour que les relations entre l’Etat et les Chefs des Exécutifs soient meilleures.
Quel citoyen soucieux du sort de ses compatriotes n'entend pas ces râles qui nous viennent des interstices des containers du port de Mutsamudu et des géôles plus ou moins dissimulés à l'intérieur de l'île d'Anjouan ? Qui peut avoir peur des conséquences d'une prise en main de l'île par l'armée nationale quand il voit les conséquences de notre silence qui nous reviennent avec le lot des chairs lacérés, des membres cassés, des peaux brûlés et des photos des premiers cadavres qu'on enterre rapidement dans la honte ? Si certains feignent de ne pas le savoir, autant qu'on commence à le leur dire pour ne pas qu'ils disent qu'ils ne savaient pas demain : la torture a repris son cours à Anjouan, après quelques années d'interruption. Les bourreaux d'hier, absous par la paix "des frères d'armes" (colonels Azali et Abeid) ont repris leurs macabres oeuvres en attendant d'autres discussions sous l'égide de la communauté internationale et du pays des droits de l'homme qui leur pardonneront.
Le monopole de la violence appartient à l’Etat. Cela signifie que seul le garant des lois et des libertés dans un pays peut en user avec pour objectif unique de défendre et rétablir celles-ci là où c’est nécessaire. La violence séparatiste dure depuis maintenant plus de dix ans et toutes les voies de la négociation ont été épuisées. Les chefs séparatistes ont continué à humilier l’Etat comorien, à emprisonner des citoyens comoriens, à les torturer dans des prisons informelles.
A l'approche de la journée internationale de la femme, chacun doit se rappeler le lourd tribut payer par les femmes anjouanaises depuis le développement du mouvement séparatiste. Une mer de silence. Il y a quelques années une femme, parvenue à Moroni, a osé dire qu’elle a été victime de viol. A tout cela quelle a été la réponse du gouvernement de l'Union (dirigé alors par le colonel Azali et son Premier Ministre Ahamada Madi Boléro) ? Quelle a été la réponse du Conseiller spécial du colonel Azali, Mohamed Abdouloihabi ? Le silence. Cette femme violée (elle a été la seule à le dire clairement) a été obligée de quitter son pays, espérant qu’elle obtiendrait un soutien ailleurs. Ni enquête ni jugement n'ont été entrepris. Il ne fallait pas fâcher "le frère d'arme". Et en plus, en guise de remerciement, les putschistes lui ont fait parvenir des malettes d'argent. A-t-on alors entendu le Premier Ministre ou le Conseiller Spécial du Président Azali ? Est-ce que la morale de ces personnalités veut qu’on se taise tant que ce sont des Anjouanais qui torturent d’autres Anjouanais ? Est-ce qu’Anjouan est encore un territoire comorien ? Est-ce que les Anjouanais sont encore des citoyens comoriens ? Combien de temps, encore, allons-nous laisser cette gangrène séparatiste tuer à petit feu l’Etat comorien ? Quelle est l’autre alternative après plus de dix ans de séparatisme ?
Certains de nos frères qui désaprouvent cette intervention de l'armée à Anjouan nous demandent pourquoi le gouvernement n'est jamais intervenu à Mayotte alors que l'île a fait secession depuis plus de 30 ans ? C'est vraiment manquer de sérieux que de comparer la situation à Anjouan à celle de Mayotte, où l'Etat comorien ne s'est jamais établi depuis l'indépendance malgré les résolutions de l'ONU. Mayotte est sous administration françaises et, par la force des choses, c'est l'Etat français qui est responsable des exactions qui y sont commises. Par contre, l'Etat comorien a effectivement pris possession des trois autres îles depuis 1975, et il est politiquement et moralement responsable de ce qui s'y passe.
On pourrait continuer dans le vacarme des débats sans fin, mais il y a urgence, car des gens subissent des tortures chaque jour. Il faut donc que cesse les palabres pour qu'on entende enfin les râles des agonisants dans les centres de torture de Mohamed Bacar.
03:15 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comores, Anjouan, Sambi, Bacar, séparatisme, tortures
04.01.2008
Une chronologie de l'histoire des Comores
Au mois de décembre est sorti un livre qui tente d'établir une chronologie des événements historiques dans l'archipel des Comores (Grande-Comore, Anjouan, Mayotte, Mohéli).
Il présente encore des défauts, notamment en ce qui concerne l'uniformisation de l'écriture de certains noms propres ou même sur quelques événements, mais reste un usuel utile pour toute personne qui s'intéresse à l'histoire des Comores.
Ce livre est naît de la collaboration entre Ouledi Ahmed, docteur en biologie, enseignant à l'Université des Comores, qui s'est révélé ces derniers temps comme un grand passionné de l'histoire comorienne et Mahmoud Ibrahime, docteur en Histoire.
Voici ce qu'on peut lire en quatrième de couverture : "Cet ouvrage est la première tentative d'établissement d'une chronologie des événements qui se sont déroulés dans l'archipel des Comores depuis les origines jusqu'à nos jours. Cette chronologie fait revivre les instants oubliés du passé et restitue, dans la mesure du possible, leur enchaînement. Elle présente, d'une manière linéaire, les faits historiques dans tous les domaines (politique, culture, société, économie et religion)."
Le livre est aussi le reflet de l'état actuel de la recherche aux Comores : ce sont les XIXe et XXe siècles qui dominent alors que peu de pages sont consacrées aux siècles précédents.
Ahmed Ouledi & Mahmoud Ibrahime, Les Comores au jour le jour. Chronologie, KomEdit, déc. 2007, 124p.
18:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comore, Anjouan, Mayotte, Moheli, Ouledi, Ibrahime, chronologie
04.11.2007
Le chef de l'Exécutif de Ngazidja dans le filet des séparatistes anjouanais
Un sage homme, L'abbé Lhomond a écrit un livre aujourd'hui inconnu, que je n'ai jamais ouvert, bien que j'ai des raisons de m'intéresser aux biographies et bien que dans ma jeunesse, pour faire l'intéressant, j'ai souvent cité, en latin et en français, la phrase la plus célèbre qui en est issue. Le livre s'appelle De viris illustribus urbis Romae a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste). La phrase aurait été prononcée par César, le conquérant de la Gaule, qui, tombant sous les coups d'épées de ses adversaires politiques, en plein sénat en 44 avant JC, et aperçevant parmi ses assassins celui à qui il avait construit un avenir politique et qu'il avait toujours considéré comme son fils, Brutus, se serait écrié : "Tu quoque mi fili" ("Toi aussi mon fils").
C'est à ce genre de drame que la classe politique comorienne semble vivre, lorsque, revenant à la Grande-Comore, le Président de la République Mohamed Sambi a déclaré : "C'est un coup de poignard dans le dos", à propos du voyage effectué par le chef de l'exécutif de Ngazidja, qu'il a d'abord nommé comme chef de cabinet, chargé de l'armée, avant de lui faire remporter les élections dans l'île, en lui apportant la logistique et les finances qu'il n'avait pas.
Il est étonnant que dans la conférence donnée par le chef de l'Exécutif de Ngazidja pour s'expliquer, un journaliste (?) ou un partisan (puisqu'il avait pris le soin d'inviter un millier de partisans pour venir l'applaudir) ait interprété cette phrase comme une accusation contre tous les habitants de la Grande-Comore, qui auraient ainsi été traités de lâches. En réalité, je pense que le Président de la République faisait appel à des sentiments personnels et laissait entendre que, vues les relations qu'il entretenait avec Abdouloihabi, il ne s'attendait pas à ce que ce dernier aille discuter avec son adversaire (et accessoirement l'adversaire de l'Etat comorien) et ainsi le reconnaître comme "président" d'Anjouan, sans même lui en parler auparavant. Il dénonçait ainsi une trahison, une lâcheté non de tous les Grand-Comoriens, mais de son ami.
Cela montrait aussi qu'il commence à découvrir Abdouloihabi, qu'il connaissait un peu autrefois, mais qui s'est imposé pendant la campagne de Sambi, essentiellement dans la diaspora, puis à partir du deuxième tour dans la mouvance présidentielle, et dernièrement dans le parti présidentiel en construction.
Pour paraphraser une femme politique, elle-même trahie, je poserais la question : qui connaît Mohamed Abdouloihabi ? Bien qu'il ait eu des fonctions au sein de l'Etat comorien, en dehors de quelques amis, peu de gens le connaissent réellement. Mais, le peu que j'ai pu observer du comportement de l'homme ces derniers temps, je dirais qu'il s'agit d'un ambitieux prêt à toutes les contorsions.
Ces derniers temps, la fusion des visions entre les deux hommes était telle que que lorsqu'on m'a dit qu'au lendemain de l'annonce des sanctions envisagées par l'Union africaine contre les rebelles d'Anjouan, Mohamed Abdouloihabi s'était rendu dans l'île pour rencontrer (et ainsi reconnaître) Mohamed Bacar, j'ai tout de suite dit : cela n'a été possible que si Sambi l'a voulu. Je restais perplexe quant à la stratégie suivie. Je me suis complètement trompé. Abdouloihabi venait de sortir son couteau, et contrairement à ce que dit le Président Sambi, ce n'est pas sur son dos qu'il l'a planté, mais sur celui de l'Etat comorien, encore une fois. Mais cela, ce n'est qu'un détail.
Abdouloihabi était Ministre des Affaires Etrangères au moment ou Bob Denard accomplissait son dernier coup d'Etat. Quelqu'un l'a-t-il entendu se plaindre du fait que son Président a été amené, contre son gré dans un pays étranger et qu'il a été maintenu plusieurs mois ? S'est-il plaint auprès des autorités françaises qui accomplissait cet illégal ? Vous me direz qu'il n'a pas été seul, et c'est là le drame. En 1999, lors du coup d'Etat du colonel Azali, il saute le pas, et se met au service des putschistes, lui, un juriste. Il n'était pas le seul, et c'est là le drame. Avec un autre juriste, Nouroudine Abodo, ils rédigent la Charte constitutionnelle qui allait mettre bas la Constitution comorienne à la faveur des putschistes.
Quelques années après, il part en France, dans les associations marseillaises, il se fait une virginité politique, condamne discrètement le régime d'Azali, joue la victime, celui qui aurait été trahi - mais quand on trahit son pays, peut-on s'attendre à moins que cela ?
Vient alors le début de la campagne présidentielle de 2006. On le voit assister à des réunions du Comité de Caambi Elyachroutu, puis finalement adopter le candidat Sambi. La suite, son implication au sommet du pouvoir actuel, la manière dont il a remporté les élections de l'île de Ngazidja, tout le monde la connaît.
Reste maintenant à découvrir qui est vraiment Abdouloihabi. Un ambitieux prêt à tout ou un patriote.
15:40 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Abdouloihabi, Ngazidja, politique, Sambi, Anjouan
28.10.2007
La liste des ennemis de l'Union
L'Etat comorien a fourni à l'Union Africaine et au reste de la communauté internationale la liste des Comoriens d'Anjouan qui sont dans l'illégalité et qui verront leurs fonds à l'étranger gélés et leurs déplacements hors d'Anjouan interdits. Au total 145 personnes, pris dans tous les domaines : dans le gouvernement, dans la classe politique (y compris les élus, maires et députés), dans l'armée et la gendarmerie, mais aussi dans l'administration (éducation, douane,...), parmi les conseillers politiques, les commercants et même certains uniquement désignés comme "sympathisants".
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'à la présidence, on s'en donne à coeur joie ! On apprécie particulièrement les listes d'adversaires depuis le passage du magistrat Abdouloihabi. On peut dire, sans aucune sympathie pour ces gens, que cette liste est abusivment trop longue et risque de produire l'effet inverse de ce qui est recherché, dans les consciences des Comoriens. En effet, élaborer une telle liste, tout en sachant que les sanctions sont assez limitées, c'est laisser les gens croire que le Président de la République n'a pratiquement plus de soutiens ni dans la classe politique anjouanaise, ni dans l'administration, ni parmi les opérateurs économiques et encore moins parmi les élus.
Et c'est sur ces derniers que je voudrais insister car je vois mal comment un démocrate peut limiter l'action d'un homme politique élu par le peuple, alors que son action ne relève pas de ce qu'on appelle généralement le crime contre l'humanité ou même contre la dignité humaine (sauf à nous le démontrer). Cela s'appelle un délit d'opinion et c'est encore plus grave quand c'est appliqué à un élu par l'Etat. Cela doit tous nous interpeller (mais aussi nous mettre en garde) contre les intentions du gouvernement après une hypothétique "libération" d'Anjouan.
On se fait plaisir à la présidence, on met ses adversaires politiques dans une liste et on ne réfléchit pas à l'effet que la longueur de cette liste peut donner. Messieurs, il serait temps d'oublier vos rancoeurs, de garder votre sang froid, surtout eu égard à ce qui nous attend dans les semaines à venir, car ce que les Comoriens recherchent c'est que les responsables de crimes et de tortures soient jugés, emprisonnés et qu'on mette hors-la-loi le séparatisme, une bonne fois pour toutes. Ce n'est pas des réglements de compte impriductifs.
Dans cette perspective, est-ce qu'une liste des gens les plus impliqués (ministres, militaires et milices) n'aurait pas suffit ?
12:00 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Comores, séparatisme, Bacar, Sambi, Anjouan

