26.10.2007
Le réalisme made in Comores
Ces derniers temps j'ai été effaré par l'arrogance des cadres de l'Union, particulièrement en ce qui concerne la question de l'île comorienne de Mayotte. En réalité, la plupart d'entre eux sont ignorants des mécanismes de fonctionnement de l'ONU, surtout en ce qui concerne la question qui nous intéresse le plus dans cette institution, mais à chaque rencontre, ils prennent des airs et se permettent de qualifier les militants de la société civile de "rêveurs", d'"iréalistes"... Pourtant, ces militants qui pour la plupart suivent cette affaire depuis 10, 15, 20 ans sont, malgré eux, devenus des spécialistes de la question.
J'ai ainsi pu entendre un Ministre s'en prendre à un militant de l'unité comorienne et le faire passer pour un idéologue avec lequel aucune discussion n'était possible. Connaissant très bien ce militant, et le sacrifice qu'il a fait à son pays durant toute sa vie, mon sang n'a fait qu'un tour, mais c'est avec un certain flegme que j'ai tranquillement rappelé au Ministre, et non moins ami (ceci aidant) tout le travail concret accompli ces dernières années par cet "idéologue" et ses amis à Moroni.
Quelques mois après, c'est un Ambassadeur, qui avec un ton plus moqueur que son ministre s'en est pris à un autre militant le traitant d'irréaliste (comme l'ensemble des associatifs qui l'accompagnaient) car il osait dire qu'une autre voie était possible et que la diplomatie comorienne n'était pas obligée à chaque fois de vendre une partie de son territoire contre les euros de la coopération française comme elle venait de le faire.
La formule employée par ces cadres ("Vous êtes des rêveurs et nous sommes réalistes") est certes belle, mais elle reflète bien la vacuité de ceux qui dirigent les Comores actuellement. Las de s'entendre dire par Houmed Msaïdié et le CRC qu'ils agissent comme les militants d'associations, ils essaient de convaincre en endossant l'image de gens réalistes ou qui feraient de la realpolitik. A les voir se tortiller et se prendre dans les noeuds de leurs manoeuvres, on se dit que ce sont eux les vrais naïfs et qu'ils ne tarderont pas à s'en rendre compte. Pourvu que ce soit avant la fin du mandat du Président Sambi.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Président, à demander à l’ONU de s’emparer de la question de l’île comorienne de Mayotte alors que la diplomatie comorienne venait de la retirer de l’ordre du jour de cette même assemblée et qu’on déclarait à Paris, dans un texte lu et relu par les diplomates et conseillers, que sur cette question on veut procéder d’une manière bilatérale avec la France.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre président, à nommer un Président à Anjouan alors que les lois ne le lui permettaient pas, alors qu’il n’avait pas sur place la force nécessaire pour faire appliquer ses décisions aussi incongrues soient-elles, encore moins de faire respecter l'Etat ou du moins lui éviter une seconde humiliation dans cette île.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Président, à ignorer le principe (pas la loi) de séparation des pouvoirs, et à exiger de la Cour constitutionnelle qu’elle se débarasse de son président, dont l'entente avec le pouvoir séparatiste était évidente, et alors que tout autre citoyen comorien aurait pu le faire sans qu’on le soupçonne d’avoir des arrières-plans.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait le Président Sambi pendant sa campagne à dire que la participation des athlètes maorais aux Jeux des Iles est une forfaiture contre l’unité du pays, puis une fois élu à aller soi-même regarder un match de basket opposant « Les Comores » et « Mayotte ».
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères à subir la pression d’un simple Ambassadeur, et à retirer la question de l’île comorienne de Mayotte de l’ordre du jour de l’ONU en proclamant que les hommes politiques précédents ont fait un pacte avec la France sur ce sujet, pacte dont on sait qu’il est contraire à la Constitution et qu’il met en cause la souveraineté de l’Etat dont on est censé défendre.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères, à déclarer à des associations de la diaspora que la participation des Comores aux Jeux des Iles ne serait que « symbolique » alors que le porte-parole du gouvernement allait affirmer quelques jours après que la délégation comorienne serait composée de plus de 150 membres, dont le Président de la République lui-même.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères à affirmer que les étudiants comoriens à Madagascar sont des « proxènetes » alors qu’ils étaient en train de subir le harcèlement de la police malgache. Oui, ce serait être un rêveur que de demander à notre ami Ministre d'exiger un minimum d'explications à l’Ambassadeur malgache à Moroni, de mettre en place une cellule de crise dans notre ambassade à Tananarive et de trouver avec nos étudiants les voies les plus adéquates, plus conformes à la loi, sans les laisser dans un face à face avec une police étrangère, après les avoir accusés de tous les maux.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ambassadeur à Madagascar, à proclamer dans les médias malgaches que les Comoriens sont des trafiquants de papier pour justifier la brutalité avec laquelle la police malgache interpelle les étudiants comoriens en vue de les expulser. Oui, le réalisme consiste à justifier les actions présentes et futures de la police malgache quand elle s’en prend à nos étudiants. Demander à notre Ambassadeur de protéger nos ressortissants relève du rêve le plus pur.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait le gouvernement, à faire de tous les responsables politiques des délinquants notoires dès le début, sans intervention de la justice, pour des calculs populistes et ensuite à reconnaître son incapacité à en juger un seul faute d’enquêtes et de preuves probantes nécessaires dans tout Etat de droit.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le gouvernement l’a fait récemment, à faire juger d’anciens ministres par des tribunaux ordinaires, à les faire condamner tout en sachant que toute la procédure était viciée et que, par conséquent, on allait être obligé de tous les relâcher.
Le réalisme des responsables actuels, consiste comme l’a fait l'actuel ministre de la Justice, à se jouer des mots : lutte contre la corruption, rétroactivité des futures lois pour mettre en prison les anciens corrompus et corrupteurs… tout en sachant que l’Assemblée a été convoquée pour deux semaines et qu’il y avait plus de dix lois à examiner et que les députés ne pourraient même pas en étudier trois.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le fait le Ministre de la Justice, à fermer les yeux sur le fait qu'un opposant, quel qu'il soit, pourrit en prison sans jugement alors qu'à coup de tambour et tambourin on affirmait que toute les preuves étaient réunies. Oui, c'est un opposant en moins, et il ne faut surtout pas penser qu'il pourra, lui aussi, ou ses amis demain, user des mêmes procédures qui entachent la justice depuis des années. C'était des rêveurs ceux qui disaient à l'ancien Ministre Hamada Madi (dit Boléro) que l'injustice qu'il appliquait à un certain journaliste de la place enfermé dans un camp militaire sans jugement, il la subirait un jour. Aujourd'hui il est en fuite, obligé de se cacher en banlieue parisienne.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l'a fait notre Ministre de la Justice et le gouvernement, à tout faire pour faire annuler (dans les faits) une décision de justice par des conciliabules extra-judiciaires parce que le condamné est une entreprise française qui fait du chantage à l'Etat et aux entreprenneurs locaux en tentant de les étouffer économiquement en leur refusant tout crédit comme auparavant.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le fait le gouvernement, à se plaindre auprès de l'UA du fait que Mohamed Bacar agit contrairement à la loi en empêchant la libre circulation des citoyens comoriens et notamment le Président de la République, en oubliant que le même procédé a été utilisé contre un des chefs de l'opposition empêché de se rendre à Anjouan pour préparer des élections avec son parti par le Directeur de Cabinet du président, aujourd'hui devenu chef de l'Exécutif de Ngazidja.
Mais alors pourquoi le réalisme des autorités actuelles ne s'exerce que contre leur propre pays et leurs citoyens ? Ils me taxeront d'idéologue, mais je ne peux m'empêcher de leur lancer un cri d'autres rêveurs : "Soyez réalistes, demandez l'impossible".
La realpolitik, le réalisme en politique, lorsqu'il n'est guidé par rien, lorsqu'aucun principe ne vient le contredire, lorsqu'on considère qu'il n'y ni Dieu, ni patrie, ni humain à respecter, ce réalisme là mène directement au camp de concentration ou au goulag. Par excès de cynisme ou par naïveté, ou encore les deux à la fois.
23:55 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sambi, Comores, Mayotte, realpolitik
25.10.2007
Anniversaire... et absences
J'ai de moins en moins de temps pour écrire dans ce blog qui a aujourd'hui exactement deux ans d'existence. Pourtant, il est toujours autant fréquenté. Merci donc à tous de l'intérêt que vous portez à un blog dont le seul objectif est de livrer les humeurs plus ou moins vagabondes de l'auteur. Il y a tellement de sujets importants et beaucoup plus intéressants sur la toile ! Et surtout de bloggeurs plus réguliers !
Mais il ne faut pas croire que je me désintéresse aux questions que j'aborde souvent ici, et particulièrement la politique aux Comores. Bien au contraire, c'est parce que je suis pris par ces questions, sur le terrain, que je n'ai pas le temps de donner mon point de vue dans ce blog. Pourtant, j'aimerais bien y venir plus souvent. Je vais faire un effort, à l'occasion des vacances scolaires qui approchent.
18:15 Publié dans Extraterrestres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : anniversaire
20.08.2007
Les Jeux des Iles de l'Océan Indien
Les jeux des Iles de l'Océan Indien (JIOI) ont pris fin hier. Cette année, ils se déroulaient à Madagascar.
Les sportifs comoriens ont recueilli plus de médailles que jamais (21 au total dont une d'or, c'est le double des médailles gagnées en 2003).
Même pour ces Jeux, le gouvernement comorien a montré, encore une fois, l'incohérence qui règne au sommet de l'Etat. Le président Sambi a été parmi les premiers à critiquer la décision du colonel Azali de permettre à l'île de Mayotte de participer, à part entière, à ces Jeux. C'était fin 2005, à quelques mois des élections présidentielles. A quelques jours de l'ouverture des Jeux le gouvernement comorien a annoncé que les Comores allaient boycotter les Jeux et n'y particieperaient pas. Quelques semaines après, c'est par la bouche du porte-parole du gouvernement, Abdourahim Saïd Bacar, que nous apprenions que finalement les sportifs comoriens se rendraient bien aux Jeux des Iles. Mais quelques semaines plus tard, en visite à Paris, le Ministre des Relations extérieures, Ahmed ben Saïd Jaffar, confiait à des membres de la diaspora réunis à l'Ambassade des Comores que la participation comorienne ne serait que symbolique à Madagascar, que les sportifs comoriens ne feraient qu'acte de présence. Et voilà que le jour de l'ouverture, c'est le président Sambi lui-même qui a conduit la délégation comorienne à Madagascar et au vu des luttes et des résultats obtenus, les sportifs comoriens n'ont pas fait que participer !
Je fais partie de ceux qui disent que maintenant il est trop tard ! On ne peut plus refuser à nos frère maorais la participation à ces Jeux. Le colonel Azali a fait des mauvais coups aux Comoriens, il faut maintenant les assumer. Depuis toujours, Maurice, Seychelles et Madagascar nous ont soutenu sur la question de la participation de Mayotte aux Jeux au sein de l'équipe comorienne ou au sein de l'équipe réunionnaise (qui n'en veut pas). Mais, c'est le gouvernement comorien lui-même qui a demandé à ses partenaires de revenir sur leurs décisions et d'accepter que Mayotte (sans hymne et sans drapeau) participe seule à ces Jeux. On ne pouvait plus enlever cet espoir à nos frères, sauf à vouloir approfondir les ressentiments. Rejetés par les Réunionnais qui n'en voulaient plus dans une équipe de "France de l'Océan Indien", il était difficile d'accepter que ce soit les Comoriens qui rejetent des sportifs maorais qui se préparent depuis plus d'un an. Cela aurait été une humiliation pour eux, après les paroles blessantes qu'ils ont subi de la part de la délégation réunionnaise en 2003. Reste maintenant à faire en sorte que le gouvernement actuel n'accepte pour les prochains Jeux une participation de Mayotte avec le drapeau et l'hymne français. Ce n'est pas encore gagner vues les tergiversations de ces derniers jours.
Pendant ces Jeux rien ne m'a plus frappé que l'attitude et le sentiment de supériorité dont ont fait preuve certains journalistes et dirigeans réunionnais. C'est peut-être la délégation qui a eu le plus d'argent, le plus de moyens, le plus de facilités d'entrainement, cela devrait la rendre plus humble ou au moins plus sportive. Pourtant, même certains membres de cette délégation ont oublié ce qu'était l'esprit sportif.
A l'issu du match de volley-ball, la Réunion a battu les Comores trois sets à zéro. Un certain Lukas Garcia écrit alors dans le Journal de L'Ile (JIR) du 11 août 2007 : "Pas facile de jouer au volley ball contre un adversaire franchement inférieur. Les Réunionnais en ont fait la demonstration face aux Comoriens pour leur premier match de la compétition". Pourtant, les Comoriens dont le volley n'est pas encore un sport de prédilection se sont défendus, mais cela ne provoque que plus de condescendance de la part de ce pseudo journaliste qui poursuit dans le mépris de l'adversaire : "l'ampleur du score est peut-être moins large que prévu...".
Jamais il ne daigne donner la parole à un joueur, un dirigeant ou même un supporter comorien pour exprimer son sentiment sur le match. Il en sera ainsi pour pratiquement tous les articles que j'ai lu (de moins en moins je dois le dire). Il n'y avait que les sportifs réunionnais sur le terrain pour ces journalistes.
Heureusement, un joueur de l'équipe réunionnaise (Fabien Vergoz) rappelle ce que doit être le sport et le respect de l'adversaire : "Nous savions que les Comores nous étaient inférieurs mais nous ne les avons jamais pris de haut".
Le même jour les Comores font match nul au football face à l'équipe réunionnaise (qu'aucune équipe n'a réussi à battre pendant les Jeux). Cette fois, c'est un certain Mickaël Payet qui s'écrie dans le même numéro du JIR : Forts d'une préparation digne d'une équipe nationale, ils n'avaient pas le droit de se louper. Surtout face aux Comores". Il reprend la même idée plus loin : "Certes, ils se sont donnés sans compter (...) mais difficile de se cacher derrière cela, surtout lorsque l'adversaire n'est autre que les Comores".
Dans les mêmes colonnes, le Président du Comité Olympique réunionnais (?), Yves Ethève en rajoute : "On s'est donné les moyens pour bien entrer dans la compétition. Au bout du compte, on est tenu en échec par une équipe qui ne s'est pas préparée et qui n'a aucun jeu".
Mais pour qui se prennent-ils ? Si les Comoriens pouvaient bénéficier de la moitié des subventions qu'ils reçoivent du contribuable français, il est certain qu'ils auraient plus de médailles que les Réunionnais.
Alors, on croit que le sarcasme des Réunionnais est uniquement dirigé contre les Comoriens ? Non, pendant tous les Jeux, les journalistes et les dirigeants de cette île se sont donnés à coeur joie contre les arbitres, surtout lorsque leurs joueurs perdaient. Il semble même qu'un dirigeant a envisagé de faire partir la délégation avant la fin des Jeux. Mais pour qui se prennent-ils ? Le centre du monde ?
Pour le JIR, il suffirait de mettre uniquement des arbitres réunionnais (les meilleurs cela va de soi !) et tout irait mieux : " L'arbitrage a été loin de faire l'unanimité [il faut comprendre au sein de la délégation réunionnaise] lors de cette première journée de compétition où l'organisation aurait été bien inspirée de faire confiance aux sifflets réunionnais". Pour ce journal, les arbitres malgaches et mauriciens ont désavantagé respectivement la Réunion et Mayotte (en laissant supposer une solidarité entre les deux îles). A pleurer de rire !
Le JIR se pose des questions sur les compétences des arbitres des autres délégations, on peut nous aussi nous demander si un journal comme celui-là est obligé d'envoyer dans une rencontre aussi importante pour les pays de la région des journalistes aussi ignorants de ce qu'est l'esprit sportif, le respect de l'adversaire quel qu'il soit et dont les propos frisent parfois le racismeracisme dont les Comoriens (particulièrement les Maorais qui se veulent Français) subissent tous les jours à la Réunion ?
Dans tous les cas, en voyant la fierté de ces athlètes comoriens qui soulèvent le drapeau des Comores, je me dis qu'au final le pays a bien fait de participer à ces Jeux et que le sport ne peut que contribuer à développer la conscience nationale.
13:50 Publié dans Extra_ordinaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : JIOI, Jeux, sport, océan indien, Journal de l'Ile, JIR

