03.12.2007

Le Boléro nouveau est arrivé !

b69f72d1a9e9e00bcef4210588f98119.gifComme souvent, après un an de pouvoir, les lettres ouvertes au Président de la République ont succédé aux lettres de félicitations accompagnées de CV ou cartes de visites. Beit-Salam reçoit actuellement de nombreuses lettres, plus ou moins "ouvertes" ou "confidentielles". Il ne s'agit plus de laisser entendre qu'on serait prêt éventuellement à occuper toute place vacante "pour l'intérêt de la nation", bien sûr, mais de laisser des traces pour pouvoir un jour dire : "je l'avais dit dans une lettre ouverte que j'ai adressée au Président Sambi... il ne m'a pas écouté" pour expliquer la défaite de ce dernier. Chacun des expéditeurs est persuadé d'être le plus original, le plus porteur de vérité et pour cela, le président ne peut manquer de porter une attention particulière à sa lettre.

La lettre ouverte aux puissants, qui se réduisent souvent au Président de la République et à ses proches, est un exercice très prisé dans nos contrées. Il n'a souvent qu'un seul objectif : non pas convaincre mais témoigner pour l'avenir, si ce n'est se décharger d'une trop pleine émotivité. 

Hamadi Madi, plus connu sous le nom de Boléro, ancien Premier Ministre des Comores, a envoyé récemment sa troisième lettre au Président de la République. Elle est en fait une réponse à la réponse de la deuxième lettre par une obscure "cellule de communication" de la Présidence. Il faut dire que cette fameuse "cellule" a de curieuses manières de répondre à la lettre d'un opposant politique. Répondait-elle au nom de la Présidence ou au nom du parti présidentiel ? Difficile de faire la part des choses, mais cette réponse traduit bien le flou et l'improvision des gens qui se trouvent autour du Président. Des enfants qui n'ont toujours pas pris la mesure de leurs responsabilités à l'égard du Président de la République et de la nation comorienne. Des enfants, puissants, orgueilleux, pleins de morve, qui viennent de recevoir un jouet et qui se moquent de tout ce qui se passe autour d'eux. Ils ne prennent donc pas au sérieux la lettre de Boléro et se contentent de lancer quelques piques comme on le ferait dans un blog très partisan. Leurs erreurs permettent à des gens de la trempe de Boléro et Mohamed Bacar d'avoir le beau rôle et ils finiront par les aider à enterrer définitivement notre pays.

Boléro, lui-même, s'amuse sur internet, à coups de révélations (quelques fois de secrets d'Etat), il met mal à l'aise les partisans de Sambi et donne plus ou moins discrètement la voie à suivre aux partisans du séparatiste Mohamed Bacar, tout cela accompagné de sermons très moralisateurs. Vous aurez compris : l'homme ne chôme pas en banlieue parisienne ! Il occupe son temps et il en a beaucoup. Il pose des jalons pour l'avenir en essayant de sauver son image (d'autrefois ?).

En lisant sa deuxième lettre au Président Sambi, on pourrait se tromper car il répète à plusieurs reprises que le Président Azali lui a appris qu'il "ne faut jamais insulter l'avenir". Foutaise ! Ou simplement nouvelle tentative de séduction du colonel Azali (et donc de la CRC), deux ans avant les élections présidentielles qui devraient débuter à Mohéli. En vérité, cette expression fait partie de la marque de fabrique du même Boléro depuis longtemps, avant même sa rencontre avec le putschiste. Ainsi, par exemple, dans Alwatwan n°406 (11 avril 1996), il répondait à une interview :

"Il ne faut jamais insulter l'avenir. Notre pays est plein de ressources, de dynamisme endormi, d'un optimisme blessé, d'une volonté étouffée. L'avenir est prometteur parce qu'il appartient à ces 63% de jeunes de moins de 25 ans. Mais il est vrai que le présent est inquiétant parce que l'Etat n'a plus d'autorité. Il n'organise pas la société et ne protège pas le citoyen. Il est l'instrument exclusif au service d'intérêts particuliers..."

Que c'est beau tout cela ! Depuis, notre ami Boléro a frôlé les plus hauts sommets de l'Etat (il a même été chef de gouvernement et nommé Président par intérim par son ami Président par coup d'Etat) avant de dégringoler, incapable de se faire élire simple député à Mwali, malgré les moyens mis par le pouvoir en place. Pourtant, ces quelques mots sont encore plus vrais aujourd'hui après neuf ans de pouvoir Azali-Boléro. Il n'a pas fait avancer d'un pouce l'autorité de l'Etat. Il a illusionné les "unionistes" sur le règlement de la crise séparatiste et a fortifié la personnalisation de l'Etat. C'est cet homme qui aujourd'hui voudrait venir nous faire la morale ? A d'autres.

La deuxième lettre de Hamada Madi dit Boléro au Président Sambi est datée du 23 octobre dernier. Cette fois, ce n'était peut-être pas une lettre ouverte puisqu'aucun des "privilégiés" qui l'ont reçue dans leurs boites emails ne l'a publiée et aucun n'en a fait allusion. Tant mieux ! Je serais le dernier à la publier.

Bien qu'il prévienne dès la deuxième ligne qu'il s'adresse au Président "très respectueusement", cette lettre paraît encore plus prétentieuse que la première. En effet, il n'hésite pas à dire au Chef de l'Etat qu'il divague, qu'il ment, qu'il est haineux, orgueilleux... autant de qualificatifs qu'on pourrait, sans mal, retourner au Boléro qui a pris le pouvoir avec Azali et Aboudou Soef par un putsch en avril 1999 sous le prétexte fallacieux d'"interposition" alors qu'ils avaient organisé eux-mêmes de fausses manifestations contre les Anjouanais de Moroni. Ce Boléro qui voulait tout savoir, tout contrôler à tel point que si j'en crois un responsable militaire de la capitale, il passait ses nuits sur internet à repérér qui était qui dans la diaspora et à attendre les dépêches des polices internationales pour savoir quel Comorien a fait quoi à l'extérieur. Un travail qui paie aujourd'hui qu'il a investi l'internet et qu'il se prépare à publier ses mémoires. Il connaît déjà tous ceux qui refont le monde (ou plus humblement les Comores) depuis des années sur internet.

Comme les hommes politiques ont la mémoire courte ! surtout quand ils ne sont plus au pouvoir !

Il apprend ainsi au Président Sambi qu'il ne souhaite pas se "soustraire à des probables erreurs commises" dans ses "fonctions honorables". "Probables" ? C'est beau. A-t-il oublié qu'il a quitté son pays, qu'il s'est soustrait à la justice de son pays (en naviguant d'île en île en kwasa-kwasa jusqu'à Mayotte si on en croit Radio Cocotier) pour une malheureuse "table basse" ? Que peut-on penser d'un responsable politique qui a exercé le pouvoir dans les plus hautes sphères de l'Etat et qui fuit son pays et s'exile parce qu'il a peur d'avoir à s'expliquer sur un litige aussi mince ?

Dans ce même domaine de la justice, il réclame au¨Président la "libération du seul prisonnier politique" qu'est pour lui Aboudou Soef, ancien Ministre des Affaires étrangères et Directeur des Hydrocarbures. Bravo Monsieur Boléro, mais c'est un peu tard pour un ami de dix ans. Nous sommes de plus en plus nombreux, simples citoyens, qui n'avons jamais eu aucun rapport avec Aboudou Soef, qui n'avons jamais fait de coup d'Etat avec lui, à réclamer le jugement de cet homme ou sa libération pure et simple. Mais venant de Boléro une telle demande est plutôt surprenante car j'aimerais lui rappeler aussi que nous étions nombreux à lui demander la libération du journaliste Cheikh Ali, qu'il accusait de tentative d'atteinte à la surêté de l'Etat, qu'il a fait enfermer pendant plusieurs mois dans le camp militaire de Mdé sans jamais apporter la moindre preuve de sa culpabilité et sans jamais le faire juger. Comme cela peut paraître loin aujourd'hui que Boléro n'a plus le pouvoir ! Qu'il se rassure, nous serons encore nombreux à exiger sa libération s'il devait aller en prison juste parce qu'il aurait égaré uniquement une "table basse" appartenant à l'Etat !

Doit-on oublier, si facilement que c'est à ce monsieur que nous devons ce concept qui a perverti nos esprits, ce concept de "citoyenneté de l'île". Il y a de quoi s'esclaffer quand on voit qu'aujourd'hui il se fait passer pour un combattant de l'unité des Comores. 

Doit-on encore oublier que c'est à ce Monsieur que l'on doit la remise à la justice française des mercenaires, qui n'étaient pas tous français, qui ont fait une "vraie" tentative de coup d'Etat aux Comores, mercenaires tous aujourd'hui en liberté ? Pour quels intérêts obscurs ? C'est ce Monsieur qui aujourd'hui fait la leçon au gouvernement de Mohamed Sambi. On aura tout vu dans ce pays. Un putschiste faisant la morale a un élu.

N'est-ce pas sous le régime qu'il a "servi honorablement" que des maisons de citoyens ont été détruites dans des conditions qui restent encore mystérieuses pour le simple Comorien, et dans tous les cas après des décisions extra-judiciaires ?

La liste des méfaits de cet homme et du régime qu'il a servi est trop longue (où est passé l'argent du "269", accord secret sur la question de Mayotte...). On peut comprendre qu'à l'approche du "tour de Mohéli", il désire se refaire une virginité politique, mais tout de même... un peu de pudeur.

J'approuve le fait que Boléro demande au Président de la République de s'adresser à la nation pour faire son mea-culpa. J'en profite également pour lui dire que nous sommes nombreux à attendre le sien et celui du colonel Azali car si nous sommes dans la situation actuelle c'est surtout parce qu'ils ont cru qu'on pouvait mettre un pansement sur la gangrène séparatiste. Il n'est jamais trop tard dit-il dans sa lettre.

Si j'avais un conseil à donner aux hommes du régime actuel, quelle que soit la "cellule" dans laquelle ils se trouvent, c'est justement de prendre à contre-pied les préconisations de Boléro. Mais malheureusement, ils sont en train de mener la même politique à propos de Mayotte et il faut craindre qu'ils n'arrivent bientôt à promouvoir l'idée d'une conférence intercomorienne sensée résoudre la crise séparatiste et qui n'aboutirait qu'à renforcer les séparatistes.

20.11.2007

Traduction de sourates du Coran

c06d098e0fc4392b9cccc693f970e563.jpgLa couverture de ce livre ressemble un peu au Kurassa de notre enfance, à ce petit recueil de sourates du Coran sur lequel nous apprenions à lire l'arabe et les premières prières. Du par coeur, rien que du par coeur. De gré ou de force et le bâton venait à bout de notre fainéantise.

Mon ami Mohamed Saïd Assoumani est un homme modeste et discret. Un de ces hommes qu'on écouterait à longueur de journée dès qu'il se mette à parler de leur passion.

Il a publié aux éditions Mansafara, un peu avant l'été dernier un petit livre qu'il a intitulé Alhamdu, Yasini, Idha Wakaâ avec comme sous titre en comorien Dauzo la maelezo, autrement dit : Les sourates l'Ouverture, Ya Sin, L'Evenement (Essai de traduction).

Il s'agit de la traduction de trois sourates fondamentaux pour le croyant comorien puisqu'il les récite à de nombreuses occasions. Mais, ce n'est pas seulement, comme on l'a fait jusqu'à maintenant, une traduction de l'arabe vers le français. Mohamed y a ajouté également une traduction en comorien.

Son livre, en plus d'être utile au pratiquant musulman comorien est aussi une manière de mettre en avant la langue de l'archipel des Comores et de montrer sa richesse dans ce pays où l'on confond trop souvent la religion et la langue arabe et où nombreux sont ceux qui croient, comme à la magie, que sans la prononciation des prières en arabe, Dieu ne la prend pas en compte. C'est pour dire qu'il n'y a pas de débat, aux Comores, sur la récitation des prières en arabe ou en comorien, comme il a eu lieu autrefois en France, entre le latin que plus personne ne comprenait et le français, langue de tous les jours, et surtout du peuple.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai relu ces prières que je connais depuis mon enfance, cette fois en comorien. Comme dans les chansons populaires comoriennes, particulièrement le twarab, on y découvre une poésie entrainante. Et moi qui est loin d'être un grand spécialiste du shikomori, j'ai tout compris.

Ainsi, le "Ya Sin" qu'on lit à toute occasion sans y comprendre grand-chose (car on est toujours aux temps de la récitation que ce soit dans la religion ou dans l'enseignement) s'est révélé à moi, non pas tant comme une prière dans laquelle les hommes demandent à Dieu de préserver d'autres hommes ou de les accueillir dans son paradis, mais surtout comme un avertissement : Ili utahadharishe wandru ikao ("Pour que tu avertisses un peuple").

En lisant cette traduction de Mohamed Saïd Assoumani, je me suis dit : c'est dommage de lire le "Ya Sin" devant le corps d'un mort ou sa tombe, car comme il est déjà mort, l'avertissement ne lui sert à rien.

Quant à la sourate "Al-Waqia", à propos des "élus" qui pourront entrer au paradis, il y est dit que parmi les "réjouissances" dont ils pourront bénéficier, il y aura : wana-washe wa matso mahu ya wandza ("des belles aux grands yeux").

Je ne discuterai pas du canon de la beauté féminine éléborée par nos ancêtres arabes du Moyen-âge, mais je me demande si, après s'être bien comporté pendant toute sa vie ici bas, là-haut, on peut avoir des femmes aux petits yeux (des asiatiques par exemple), et si quand on est une femme et qu'on arrive au paradis après tant de misères vécus (plus que les hommes), on peut ne pas avoir des belles aux grands yeux et avoir un véritable choix que celui qui sied aux hommes ?

Je ne devrais pas plaisanter autant avec des choses aussi sérieuses. Mais tout de même... on peut se poser des questions.

En refermant le livre, j'ai compris un peu pourquoi dans notre enfance et même après, on nous demande seulement d'apprendre par coeur les sourates sans les comprendre. Imaginez toutes les questions qu'on aurait à poser à nos maîtres si tout cela était en langue vernaculaire. Mais partout, il y aurait débat sur toute la conception que la société comorienne (pas seulement elle, il est vrai) a de la religion et sa façon de vivre l'Islam. Je ne parle même pas des rires des enfants.

J'espère que Mohamed Saïd Assoumani aboutira dans la thèse qu'il a entreprise à l'Université Paris 3 sur la traduction du Coran en langue comorienne car cela pourrait être utile à la façon que nous avons d'appréhender la religion musulmane mais aussi de concevoir une société du dialogue. Mais comme c'est un homme sérieux et travailleur, il n'y a pas de raison qu'il n'aboutisse pas.

05.11.2007

Mutsa ma rebelle

En ce temps d'inquiétudes, j'aime à me rappeler ce poème de l'écrivain Abouboucar Saïd Salim que j'admire pour ses écrits :

Mutsa ma rebelle

Est-ce bien toi Mutsa ?
Ces cris de haine
Ces roquettes qui guettent
Ces drapeaux étranges
Hissés au rebours de l'histoire ?

Est-ce bien toi mon amour
Qui par ton jasmin étouffé
Par ton « chiromani » étranglé
Par tes yeux assassinés
Celui qui t'aimait et que tu aimais ?

Est-ce bien toi Ranastam
qui transformes la musique
De ton nom, en une cacophonie
fatale. Contre celui qui hier encore
Te murmurait à l'oreille ?

Le poète aura-t-il toujours raison
Qui parlait déjà de “ton impossible amour”
Avant même ce « Ntrimba » diabolique
Où tu demandes en guise de « trembo »
Le sang de tes frères ?

Et toi Saturne ! cannibale lugubre
Crois-tu que les cadavres de tes enfants
Feront repousser l'or et l'argent
Sur les champs stériles de la haine ?

Tu m'as déçu Mutsa, mais
un soir on se retrouvera
Au clair de lune comme jadis
Et je te pardonnerai et tu me pardonneras
Les comptes réglés, et la balance équilibrée