02.08.2008
De la citoyenneté économique
L'Assemblée de l'Union des Comores a donc rejeté le projet de loi présenté par le Gouvernement du Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi visant à vendre la nationalité comorienne à des Arabes du Kuwait et des Emirats Arabes Unis, Arabes qui sont sans nationalités dans leurs propres pays. Il n'y avait que les Arabes pour inventer ça et il n'y avait que les Comoriens pour se mettre dans des embrouilles de ce genre.
On dirait une plaisanterie. Dans un média du Golf, on pouvait lire que 25 personnes ont pu bénéficier de la gentillesse des autorités comoriennes. Ils ont obtenu des passeports comoriens, avant même la présentation de la loi au Parlement. Ces passeports ont été cédés contre des dollars dont on ne saura sans doute jamais dans quelles poches ils sont allés comme c'est le cas depuis de nombreuses années (et dans ce domaine le Président Sambi n'a rien inventé). Ces nouveaux Comoriens, aussitôt notre nationalité obtenue, ont formulé une demande de nationalité dans leur propre pays, l'obtention d'une nationalité étrangère leur permettant dans certains cas d'obtenir la leur. Looool ! comme dirait une amie qui m'est chère.
Ce n'est pas une plaisanterie. C'est la conséquence de l'application stricte des traditions ancestrales. Ainsi, aujourd'hui un enfant peut naître aux Emirats ou au Koweit dans une famille qui y vit depuis des siècles, il n'aura pas la nationalité d'un de ces pays, et il n'aura donc aucune nationalité. A tel point qu'avant de ratifier la Convention relative aux Droits des Enfants, en 1997, je crois, les Emirats Arabes Unis ont émis plusieurs réserves dont celle concernant l'article 7 qui dit que tout enfant a le droit à une nationalité. Affaire interne, disent-ils. Difficile car ce statut batard est soumis à des gens dont les familles, autrefois, ne connaissaient pas les frontières.
Mais quand on sait que ces populations dites apatrides (bedouns pour les Arabes) se sont toujours battus en première ligne pour la défense de leur pays, le Koweit, la tradition devient une insulte, une injustice incompatible avec l'Islam dont ces messieurs se disent les meilleurs représentants.
Heureusement, aussi bien au Koweit qu'aux Comores, les bêtises des puissants - ou de ceux qui s'en donnent des airs - nous font rire un peu. Ainsi, un responsable politique koweitien qui se bat pour la naturalisation de ses compatriotes dans son pays et pas dans un pays étranger disait dans un journal local a propos de l'accord avec les Comores : "Kuwaitis used to jokingly say that the solution to the problems of Bedouns will come from the moon but with this agreement, it seems the joke is now a reality".
D'avance pardonnez ma traduction car depuis des années, mon anglais est resté "niveau lycée", mais en gros notre cousin veut dire (je crois) : "Les Koweitiens avaient l'habitude de rire en disant que la solution aux problèmes de Bedouns viendra de la lune [on ne peut que rapprocher ce mot du sens originel de "Comore" : al-kamar, la lune en arabe] mais avec cet accord [entre le Koweit et les Comores pour la vente de la nationalité comorienne] il semble que la plaisanterie est à présent une réalité".
Il est sûr que l'émir du Koweit, désigné comme celui qui discutait avec le Président Sambi sur cette affaire, comme l'a révélé un communiqué du gouvernement comorien en date du 16 juillet 2008, ne doit pas rire autant en apprenant que les députés comoriens ont refusé sa proposition. Car on imagine mal le gouvernement comorien écrivant que le Président Sambi a négocié avec l'émir du Koweit alors que ce serait faux, comme vient de l'affirmer l'Ambassadeur koweitien aux Comores, mais installé en Egypte, où il est mieux informé sur les turpitudes de la politique sambienne. A moins que notre cher président et ses conseillers n'aient commis une confusion impardonnable entre l'emir du Koweit et le PDG de la Holding qui doit nous construire de beaux hôtels sur une partie de la côte comorienne qui a déjà été bradée.
Quant aux Comoriens, eux aussi, ont pu s'amuser un peu en lisant ce fameux communiqué du Gouvernement comorien, dans lequel on demande aux députés d'accepter la vente de la nationalité à 4000 familles des Emirats contre 100 000 000 de dollars US. J'ai lu et relu 100 fois... non, j'exagère, disons une vingtaine de fois, ce communiqué et à chaque fois je rigole quand j'arrive à ce passage mémorable : "C'est la preuve de notre ouverture au monde, de notre sens de l'hospitalité et de notre capacité d'adaptation." Certains se sont trompés de vocation dans ce gouvernement, même s'il n'y a pas de salle de théâtre ou de cinéma aux Comores. Mais après tout, dans d'autres contrées, on dit que la politique est une grande scène. S'y jouent des drames, des tragédies et parfois... des comédies.
Quel sens de l'hospitalité ! Je ne sais pas d'où vient ce type de "sens de l'hospitalité", mais il n'est vraiment pas comorien, en tout cas pas celui qu'on observe tous les jours. Vous imaginez : un étranger se présente à votre porte et vous demande de le loger et vous exigez d'abord près de 25 000 000 d'euros pour refaire votre logement et vous vous réjouissez d'avance du fait qu'il n'y entrera jamais ou pas d'une manière "permanente".
Plus loin, on peut apprécier un autre argument : "Le réflexe de repli sur soi et de peur qu'essaient de susciter les détracteurs de la loi va à contre courant de la marche du monde qui tend à devenir un village planétaire." J'avais cru que cette fois on avait pris que des techniciens au gouvernement. Mais alors d'où vient cette poésie lyrique qui agrémente les communiqués ? Bouvard et Pécuchet font des émules sous les tropiques.
Il est vrai que lorsqu'on circule à pieds en ce moment à Moroni, à la recherche d'un point d'eau, ou d'une station essence qui vend de l'essence, ou de fagots pour cuire son mhogo, avec la faim qui vous taraude, on a l'impression de vivre dans un "village planétaire". Si si, regardez bien, c'est le village là-bas, au loin, au delà des mers. Comme dans nos contes.
16:05 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comores, Koweit, Kuweit, Emirats, Sambi, nationalité, naturalisation
22.07.2008
Sambi : la fin des rêves ?
C'es passé presque inaperçu. Le président des Comores Ahmed Abdallah Mohamed Sambi recevait ses partisans et quelques personnalités de la diaspora sélectionnées par ses proches dimanche dernier, rue Alphand à Paris, dans l'appartement de l'Ambassadeur.
Il était là aussi depuis le 14 juillet. Quelqu'un l'a-t-il vu parmi les autres chefs d'Etat invités par son "ami" Nicolas Sarkozy à la tribune présidentielle ? Dans les milieux diplomatiques comoriens à Paris, on chuchote qu'ils ont tout fait pour que le Président soit invité, mais que celui-ci n'a pas pu changer le statut de son voyage : " à titre privé".
Après tout, il n'était qu'en transit. On l'attendait aux Etats-Unis où grâce à son excellence M. l'Ambassadeur, le président allait enfin signer ce machin qui va permettre aux lecteurs DVD, au riz, aux voitures,... et toutes nos productions industrielles et agricoles, "made in Comoros" d'entrer sur le marché américain. Et au pays de l'Oncle Sam, le Président Sambi a rencontré des gens très importants (Very Important Person)- nous apprend le site de la présidence - : Bobby Pittman, Henriette Fore, Theresa Whelan, Tim Zeimer,.. . Vous ne les connaissez pas ? Ce n'est pas grave, ce sont des Américains et tout Américain est "une haute personnalité", surtout lorsqu'il accepte de serrer la main à notre président. C'est pas comme cet ingrat de Sarkozy qui le snobe après tant de cadeaux et de courbettes. Mais y avait aussi la belle Rice qui, tenez vous bien, aurait dit selon Beit-Salam (internet) que les Comores sont un "modèle de démocratie". Ne riez pas c'est sérieux, et la Rice, elle en a vu des régimes politiques !
Notre président recevait donc ce week-end. L'Ambassade des Comores à Paris préparait une rencontre avec tous les Comoriens depuis une semaine à La Courneuve. Au dernier moment, la rencontre avec la diaspora n'était plus au programme. Il ne fallait sans doute pas encore montrer au Président qu'il est de plus en plus impopulaire dans la diaspora installée en France. Notre Ambassadeur lui a donc concocté une belle petite rencontre comme il en a le secret. Quelques jours auparavant, tel ou tel flambeur se disant proche du Président promettait à tel ou tel jeune de l'amener voir le Président. On entendait les plus ambitieux essayer de convaincre les autres que c'est une nécessité d'aller voir le Président et qu'on ne pouvait pas refuser une telle opportunité. Résultat : on a rempli, mais pour éviter les mauvaises surprises, on a demandé à chacun de fermer sa bouche (pour rester poli). Seul un notable, ami de l'Ambassadeur, a eu l'autorisation de poser toutes les questions que les Comoriens de la diaspora voulaient poser à notre cher Président. Cela faisait gagner du temps à tout le monde, un dimanche. On n'allait tout de même pas laisser des jeunes venus d'on ne sait où, comme ces malpolis de Watania, donner des leçons de patriotisme à notre Président ! Le notable de service a donc posé deux questions au Président :
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de citoyenneté économique, cher collègue ? Mon ami, où en est-on avec Mayotte ?
Comme dans les meilleurs shows télévisés, le Président avait déjà les réponses :
- Ne vous inquiétez pas avec cette histoire de citoyenneté économique, nous allons recevoir beaucoup d'argent et ces gens ne viendront jamais s'installer chez nous. Quant à Mayotte, c'est aux Maorais de décider s'ils veulent revenir avec nous. Mais j'ai proposé à la France de lui louer l'île, histoire de gagner un peu d'argent encore, j'attends une réponse sérieuse.
Chers lecteurs, je ne vous garantis pas l'exactitude des propos tenus par le Président (et par le fameux notable), je crois que j'ai mélangé trop de paroles rapportées. Je m'en excuse d'avance, si vous avez entendu d'autres choses. Après tout, ils avaient qu'à s'adresser à tous les Comoriens !
Mais pour finir, je dois quand même féliciter les gens qui ont assisté à cette réunion car il faut le faire : écouter le Président pendant tout ce temps et accepter de se taire. Et même les journalistes, par respect pour nos aînés n'ont pas bronché. Quel bel exemple de démocratie ! Le modèle dont le monde entier nous envie ! Grand merci à notre Excellentissime, M. L'Ambassadeur des Comores en France, dont nous avons pu constater qu'il pouvait aussi user du poing quand c'est nécessaire, pour avoir réussi un tel pari.
22:40 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sambi, Comores, diaspora, Courneuve
08.07.2008
De la couardise en politique
Dans une dépêche Reuters d'aujourd'hui on peut lire ces quelques mots de et sur l'ancien Président français Jacques Chirac, à propos des faux emplois de la Mairie de Paris :
"Je souhaite vous redire que, bien entendu, en qualité de maire de Paris, j'assume la responsabilité de leur recrutement, même si, pour beaucoup d'entre eux, je ne les connaissais pas", a-t-il dit selon le procès-verbal de son audition le 3 juillet chez la juge Xavière Simeoni, publié mardi par Le Point.fr
"Dès lors, il serait injuste d'en rendre responsables les directeurs de cabinet, qui, dans le cadre de leurs fonctions, devaient signer les contrats", a-t-il ajouté. Il réaffirme aussi que selon lui, aucune infraction n'a été commise.
J. Chirac assumant ses responsabilités de maire et protégeant ses directeurs de cabinet pour le recrutement de 35 chargés de mission qui n'ont jamais exercé à la Mairie de Paris. Il me devient presque sympathique.
On peut aussi constater qu'après avoir "légalement" joué à cache-cache avec la justice française, celle-ci n'a pas lâché prise et lui demande, encore aujourd'hui, des comptes sur des "détournements de fonds" publics qui datent des années 1980-1990, lorsqu'il était Maire.
Comment ne pas faire un parallèle avec ce qui s'est passé aux Comores, il y a quelques mois ? Après la passation de pouvoir entre le Colonel Azali et le Président Mohamed Sambi, ce dernier, qui avait promis de lutter contre la corruption a lancé une opération mains propres, promettant aux Comoriens de récupérer les sommes d'argent cachées par les barons de l'ancien régime, dans les banques comoriennes, mais aussi françaises et suisses. Le chef de l'opération s'appelait Mourad Saïd Ibrahim, un ancien magistrat dont chacun, et moi le premier, louait l'intégrité morale pendant le régime du colonel Azali, intégrité qui lui a valu d'être mis dans un placard pour refus d'entrer dans un système où la justice se dévoyait dans des actions douteuses de soutien aux militaires au pouvoir.
Depuis Mourad Saïd Ibrahim a été bombardé Ministre de la Justice, et il faut croire que le pouvoir change les hommes (comme on peut le vérifier pour le Ministre des Relations extérieures, Ahmed Jaffar ou le Directeur de cabinet, chargé de l'armée, Mohamed Dossar). C'est le même Mourad Saïd Ibrahim qui a tenté par tous les moyens d'annuler la décision de justice condamnant la BIC, banque tenue essentiellement par des intérêts français, et cela parce que la direction de cette banque avait décidé de ne pas avancer l'argent nécessaire à l'Etat pour faire certains achats. Et le même justifiait ses entourloupettes à la justice par un "danger imminent" sur l'économie des Comores.
Mais nous reviendrons sur les malheurs du régime Sambi dans d'autres posts.
Le Ministre a donc entrepris une opération "mains propres" destinée essentiellement à flatter le peuple, mais pas seulement, puisque nous étions nombreux à attendre que la justice soit à la hauteur afin d'éliminer les pratiques illégales mais devenues des coutumes au sein de l'administration comorienne. Donc, des ministres, un Directeur de Cabinet, des dirigeants d'une entreprise publique et même des opérateurs économiques furent mis en cause, livrés à la vindicte populaire, rapidement, sans véritables enquêtes et mis en prison. Certains ont été condamnés pour des faits antérieurs à leur nomination, d'autres connaissant trop bien les pratiques de la justice comorienne, pour l'avoir eux-même manipulée en leur temps, préférèrent quitter le pays et la fuir en attendant un régime plus clément.
Tous les condamnés firent appel. Ils attendirent près de six mois avant de se retrouver devant un nouveau juge. Celui-ci ne pouvait que dire l'évidence : les dossiers avaient été bâclés ! Tout le monde retrouve ou retrouvera dans quelques jours la liberté. Aux uns on a fait bénéficier un "vice de procédure", aux autres on a fait en sorte que le nombre de mois passés en prison correspondent à leurs nouvelles condamnations.
Et l'opération "mains propres" dans tout cela ? Il y a belle lurette qu'elle est terminée. Elle risque même de se retourner contre ses propres protagonistes à la fin du régime Sambi, puisque même l'avocate de l'Etat dans cette affaire a révélé à la presse, en compagnie du Vice Président, lorsqu'elle était en dispute avec le Ministre Mourad Saïd Ibrahim, que les pratiques pour lesquelles ils ont condamné certains hommes politiques étaient toujours en vigueur.
Mais, je disais qu'on reparlerait des malheures des gouvernement Sambi plus tard, nous avons au moins deux ans pour cela.
Ce qui m'a le plus frappé dans cette affaire, en plus de la fuite de certains responsables politiques, c'est le silence du principal responsable. Il semble que quelqu'un (le ministre ? le président ? tous deux s'en défendraient et laisseraient un lampiste assumer leurs décisions) ait décidé qu'il ne fallait jamais mettre en cause l'ancien président, le colonel Azali Assoumani. Et celui-ci, virtuellement président du parti Convention Républicaine des Comores (CRC) dont les deux secrétaires généraux se trouvaient en prison, n'a eu rien à dire. Ni aux juges, ni aux médias. Aucune manifestation de ce parti pour dénoncer les irrégularités que chacun pouvait noter. Il était invité, comme tout notable, aux places d'honneurs dans les diverses manifestations organisées par le nouveau pouvoir. Il était neutre. Ni pour ni contre ses anciens collaborateurs. Il ne fallait pas se faire remarquer. C'est ici qu'il faut rappeler qu'il s'agit d'un militaire qui avait déjà fait ses preuves en fuyant à l'Ambassade de France, lorsque celle-ci avait, de nouveau, envoyé son fidèle serviteur, le mercenaire Bob Denard, accomplir un nouveau coup d'Etat en septembre 1995.
21:15 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comores, Sambi, Chirac, Azali, Mourad, justice
04.03.2008
La fin des palabres
Le Président de la République a indiqué que l’Armée nationale était sur le point de rétablir la normalité républicaine dans l'île d'Anjouan.
Avant cela, et comme il se doit dans toute démocratie, les partis politiques de l’opposition avaient proposé un chemin vers la pacification du pays, le fameux « plan B ». Ce plan était sans doute guidé par l’exaspération, par l’inaction depuis des mois et par l’impression que beaucoup d’entre nous ont eu d’un laisser-faire ou d’une intention de l’exécutif de laisser des pays amis ou même l’Union africaine régler à leur convenance un problème interne. Ce plan, contrairement à ce qui a été écrit ici et là, n’était pas dénué de sens. Il prenait en compte le fait que par sa passivité l’exécutif de l’Union signifiait qu’il n’était pas en mesure, que notre armée nationale n’était pas capable de rétablir la loi à Anjouan. Et certains d'entre nous pensaient que si le Président Sambi estimait que le risque d’un troisième échec de l'Armée nationale se présentait, il ne pouvait mieux faire que d’admettre la troisième humiliation de l’Etat comorien, de prendre sur lui et de mettre en pratique un plan qui, certes, nous renvoyait encore une fois vers les conférences nationales et internationales, vers les gouvernements d'unité ou de réconciliation nationale, et sans doute vers un nouveau référendum constitutionnel réaffirmant les positions des séparatistes de tous bords, de nouvelles élections nationales et régionales, en attendant le nouvel épisode qui nous ramenerait à la case "départ".
Or, il semble que depuis quelques semaines, le président de la République et le gouvernement de l’Union ont pris enfin conscience des tergiversations de l’Union africaine et des actions officieuses et nuisibles à l’unité du pays menées par certaines personnalités étrangères. Le président Sambi vient d’affirmer que l’Etat a l’intention de jouer son rôle à Anjouan, et le chef de l’Etat major, le lieutenant-colonel Salim Mohamed Amir, vient de confirmer que les soldats de l’Armée nationale sont prêts à faire leur métier et s'il le faut à donner leurs vies pour la nation comorienne.
Nous pouvons comprendre nos aînés et frères qui hésitent en se disant qu’en réalité l’armée n’est pas prête et qu’il risque d’y avoir des pertes qui pourraient venir à bout de l’Etat comorien. C’est tout à leur honneur d’oser aller à contre-courant de l’opinion la plus répandue dans l’archipel. Il ne s’agit donc pas ici de jeter la pierre à ceux qui se soucient véritablement du sort de la nation comorienne. Nous voulons juste leur dire que l’attentisme dont fait preuve l’Etat comorien depuis le traumatisme de septembre 1997 est en train de nous tuer à petit feu. Le gouvernement actuel peut faire comme le précédent : accorder tous les avantages aux séparatistes, vendre la souveraineté nationale, continuer à croire que le dialogue de sourds fait avancer les choses et ses membres pourraient eux aussi s’occuper de leurs petites affaires pendant les deux ans qu’il leur reste. Le plus difficile est de vouloir régler ce problème une bonne fois pour toutes à l’avantage de l’Etat et des citoyens comoriens.
Au-delà des réflexions nécessaires et des propositions des simples citoyens, il convient de s’interroger sur les intentions et les postures actuelles des hommes politiques qui ont apporté directement ou indirectement leur soutien au rebelle Mohamed Bacar et qui, maintenant, la main sur le cœur voudraient nous faire croire qu’ils se soucient des pertes de vies humaines.
Certes le gouvernement de Mohamed Abdallah Sambi a deçu plus d’un et sur plusieurs aspects, notamment la justice, qui ne respecte toujours pas les procédures en vigueur et entache, au moins, d'irrégularités les décisions prises.
Mais que faire ? Nous avons en face de nous un homme qui se prévaut de la force pour soumettre une partie du territoire comorien, qui à deux reprises se moque de la volonté politique de nos concitoyens anjouanais, qui refuse le verdict de la Cour constitutionnelle, qui fait d’Anjouan une zone de non-droit, qui n’hésite pas à tirer et à tuer des soldats de l’Armée nationale, qui n’hésite pas à tirer sur une foule réunie à l’aéroport de Wani pour accueillir le Président de la République, qui interdit au Président de la République et à tout membre du gouvernement de mettre leur pied sur une portion du territoire comorien, qui enlève des citoyens dans la nuit et les fait torturer, qui refuse tout dialogue dans lequel il ne pourrait pas imposer ses conditions. L'Etat peut-il se soumettre au verdict de cet homme sans en créer d'autres comme lui dans l'avenir. Quel autre Etat au monde accepterait de discuter avec un tel homme ? D’autant qu’il dit clairement qu’il n’est pas question de discuter de nouvelles élections mais seulement d’une modification de la Constitution pour que les relations entre l’Etat et les Chefs des Exécutifs soient meilleures.
Quel citoyen soucieux du sort de ses compatriotes n'entend pas ces râles qui nous viennent des interstices des containers du port de Mutsamudu et des géôles plus ou moins dissimulés à l'intérieur de l'île d'Anjouan ? Qui peut avoir peur des conséquences d'une prise en main de l'île par l'armée nationale quand il voit les conséquences de notre silence qui nous reviennent avec le lot des chairs lacérés, des membres cassés, des peaux brûlés et des photos des premiers cadavres qu'on enterre rapidement dans la honte ? Si certains feignent de ne pas le savoir, autant qu'on commence à le leur dire pour ne pas qu'ils disent qu'ils ne savaient pas demain : la torture a repris son cours à Anjouan, après quelques années d'interruption. Les bourreaux d'hier, absous par la paix "des frères d'armes" (colonels Azali et Abeid) ont repris leurs macabres oeuvres en attendant d'autres discussions sous l'égide de la communauté internationale et du pays des droits de l'homme qui leur pardonneront.
Le monopole de la violence appartient à l’Etat. Cela signifie que seul le garant des lois et des libertés dans un pays peut en user avec pour objectif unique de défendre et rétablir celles-ci là où c’est nécessaire. La violence séparatiste dure depuis maintenant plus de dix ans et toutes les voies de la négociation ont été épuisées. Les chefs séparatistes ont continué à humilier l’Etat comorien, à emprisonner des citoyens comoriens, à les torturer dans des prisons informelles.
A l'approche de la journée internationale de la femme, chacun doit se rappeler le lourd tribut payer par les femmes anjouanaises depuis le développement du mouvement séparatiste. Une mer de silence. Il y a quelques années une femme, parvenue à Moroni, a osé dire qu’elle a été victime de viol. A tout cela quelle a été la réponse du gouvernement de l'Union (dirigé alors par le colonel Azali et son Premier Ministre Ahamada Madi Boléro) ? Quelle a été la réponse du Conseiller spécial du colonel Azali, Mohamed Abdouloihabi ? Le silence. Cette femme violée (elle a été la seule à le dire clairement) a été obligée de quitter son pays, espérant qu’elle obtiendrait un soutien ailleurs. Ni enquête ni jugement n'ont été entrepris. Il ne fallait pas fâcher "le frère d'arme". Et en plus, en guise de remerciement, les putschistes lui ont fait parvenir des malettes d'argent. A-t-on alors entendu le Premier Ministre ou le Conseiller Spécial du Président Azali ? Est-ce que la morale de ces personnalités veut qu’on se taise tant que ce sont des Anjouanais qui torturent d’autres Anjouanais ? Est-ce qu’Anjouan est encore un territoire comorien ? Est-ce que les Anjouanais sont encore des citoyens comoriens ? Combien de temps, encore, allons-nous laisser cette gangrène séparatiste tuer à petit feu l’Etat comorien ? Quelle est l’autre alternative après plus de dix ans de séparatisme ?
Certains de nos frères qui désaprouvent cette intervention de l'armée à Anjouan nous demandent pourquoi le gouvernement n'est jamais intervenu à Mayotte alors que l'île a fait secession depuis plus de 30 ans ? C'est vraiment manquer de sérieux que de comparer la situation à Anjouan à celle de Mayotte, où l'Etat comorien ne s'est jamais établi depuis l'indépendance malgré les résolutions de l'ONU. Mayotte est sous administration françaises et, par la force des choses, c'est l'Etat français qui est responsable des exactions qui y sont commises. Par contre, l'Etat comorien a effectivement pris possession des trois autres îles depuis 1975, et il est politiquement et moralement responsable de ce qui s'y passe.
On pourrait continuer dans le vacarme des débats sans fin, mais il y a urgence, car des gens subissent des tortures chaque jour. Il faut donc que cesse les palabres pour qu'on entende enfin les râles des agonisants dans les centres de torture de Mohamed Bacar.
03:15 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comores, Anjouan, Sambi, Bacar, séparatisme, tortures
12.12.2007
Quand Boléro insulte le Président de la République
M. Hamada Madi Boléro, ancien ministre du gouvernement putschiste du colonel Azali, président par intérim qui organisé les premières élections présidentielles de l’Union des Comores ayant abouti à un résultat de 100 % des votants pour le colonel Azali (après la découverte de nombeuses fraudes au premier tour) a adressé trois lettres au Président Sambi, élu d’une manière démocratique selon tous les observateurs nationaux et internationaux. Il écrivait dans ce blog il y a quelques jours : « à Mohéli, on n'insulte pas les gens comme ça ». Certes, mais il peut y avoir UNE exception. Voici un florilège des insultes de Boléro envers le Président de la République comorienne dans les deux dernières lettres.
Dans la deuxième lettre (datée du 23 octobre 2007) on peut lire :
- [s'adressant au Président Sambi] « j’avoue que je vous ai répondu « oui » mais je n’avais rien compris sauf qu’effectivement vous divaguiez. »
Selon le Robert, "divaguer" : déraisonner, délirer, et même débloquer.
Boléro voulait-il dire que le Président est un fou ?
- « En politique il n’est jamais trop tard même si vous avez trahi tout le monde, à commencer par ceux qui furent vos amis, ceux qui vous ont soutenus et crus et les promesses utopiques, il est vrai, que vous avez faites. »
Selon le Robert, trahir : vendre un ami (comme Judas a vendu Jesus), abandonner son camp en passant à l’ennemi, tromper…
Boléro veut-il dire que le Président est un « traître » ? On voudrait un peu plus d’arguments, d’autant que lui-même a été affublé du même terme en son temps.
- « Commencer déjà par libérer le seul prisonnier politique que vous avez dans vos prisons. Vous n’avez pas le droit de lui infliger toute votre haine ainsi que celle de certains de vos très proches collaborateurs. »
Selon le Robert, haine : « sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive »
Qu’est-ce qui amène Boléro à dire que le Président est un pervers qui se « réjouit » de faire le mal ? Des faits !
- « Parce que vous donnez trop l’impression de maîtriser tout ; vous vous plaisez en situation victimaire. Bref, vous semblez prendre plaisir pendant que le pays s’écroule »
Mêmes remarques que précédemment.
- « J’ose espérer Excellence Monsieur le Président, que pour cette fois-ci, vous mettrez de côté l’émotion, le mensonge, l’amateurisme, et la haine qui ont toujours caractérisé vos actions jusqu’aujourd’hui et vous agirez pour le bien commun. »
No comment. Mais pour Boléro c’est sans doute une argumentation très développée.
Dans la troisième lettre datée du 15 novembre 2007, Boléro est encore plus virulent contre le Président de la République des Comores :
- « les auteurs du texte publié dans ledit journal N° 1017 du 9 au 15 novembre 2007 et qui n’ont même pas eu le courage de le signer en usant d’une formule beaucoup plus générale « cellule de communication de la présidence », ne sont que les Goebbels de votre despotisme chiite. J’ai compris que la direction du journal en est pour quelque chose. »
Goebbels : Ministre de l’information et de la propagande de Hitler dès 1933. Il mit en place la nazification de l’Allemagne dans les médias, la culture et l’enseignement. C’est le plus fidèle des proches de Hitler, et après le suicide de ce dernier, il se suicide également avec sa femme, après avoir tué ses 6 enfants. Non seulement, il est ignoble que Boléro puisse comparer des Conseillers du Président, à un tel monstre, mais en plus cela revient à dire que leur chef (le Président de la République) est un nouveau Hitler. Est-ce acceptable de la part d’un homme qui a exercé les plus hautes fonctions de l’Etat (même si cela n’a été qu’après un putsch) ?
Selon le Robert, « despotisme » : pouvoir absolu, arbitraire, et oppressif du despote. Dictature, tyrannie. Là c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Voilà un homme qui arrive au pouvoir suite à un coup d’Etat militaire, qui envoie à la poubelle de l’Histoire la Constitution de l’Etat et met en place une charte constitutionnelle qui n’a jamais été approuvée par les Comoriens, qui règne pendant 7 ans sans jamais rendre de compte et qui traite un président élu démocratiquement d’être un tyran !
- « Alors, Monsieur le Président, sachez que si Anjouan est aujourd’hui dans l’état que vous qualifiez de « rébellion », c’est en grande partie à cause des hommes et des femmes comme vous qui avez lâchement déserté la capitale fédérale, qui avez fui l’Etat après avoir joui de ses largesses, qui avez trahi leurs responsabilité s, bien que vous étiez un « élu » du peuple pour profiter d’une situation d’illégalité totale en laissant les populations des autres îles dans la misère, dans l’incompréhension voire dans le désarroi. »
Que comprendre d’une telle phrase ? Presque rien : un coup classique d’un opposant contre le Président. Mais, on lit bien que Boléro traite le Président d’être un « lâche ».
- « Je vous rappelle en passant que mon île natale Mohéli fut la première avant même Mayotte à déclencher un mouvement séparatiste, et pourtant, l’éducation qui nous a été inculquée par nos parents, a permis à certains d’entre nous de prendre leurs responsabilités pour combattre le séparatisme pour que Mohéli réintègre son Ensemble naturel. »
En disant que l’éducation donnée aux Mohéliens leur a permis d’être des Unionistes, l’ancien Premier Ministre, Boléro, dit clairement au Président que parce qu’il est Anjouanais, il n’a pas pu recevoir la même éducation. Il ne se rend même pas compte qu’ainsi, il insulte tous les Anjouanais. Pire, il veut être élu président de la République en 2010, mais se permet de dire aux autres que les Mohéliens sont les seuls à avoir une éducation.
- « Si vous en doutez, demandez-le à certains dans votre horde de courtisans et d’opportunistes qui sont devenus subitement aujourd’hui « unionistes » pour l’occasion comme vous, alors qu’hier, ils ont trahi leur patrie. »
Selon le Robert, « courtisan » : Personne qui cherche à plaire aux puissants, aux gens influents par des manières obséquieuses, flatteuses. Selon le Robert, « opportunistes » : personne qui ne tient compte d’aucun principe.
Les conseillers et fonctionnaires du Président de la République appréciéront. Quelle ingratitude de la part d’un ancien Premier ministre ! Je me suis laissé dire que certains d'entre eux, comme M. Saïd Ahmed, chargé de la communication à la présidence, ont servi le même Boléro et Azali au même poste ! Voilà qu'ils se voient maintenant comparés à un nazi et traités de "courtisans" !
- « Je vous le dis car contrairement à vous, Mohéli ne fera pas la chasse aux sorcières. Elle n’humiliera personne, même si vous avez fait beaucoup de mal et continuez à le faire avec votre haine viscérale et gratuite et vos complexes injustifiés. »
Comment comprendre cette juxtaposition « … vous, Mohéli », si ce n’est encore une fois une opposition Anjouan-Mohéli, juste pour dire que Mohéli fera mieux qu’Anjouan ! Quelle honte ! C’est une insulte envers tous les Anjouanais. Cette opposition entre Mohéli et les autres îles, on ne la retrouve chez aucun des grands leaders mohéliens (Mohamed Hassanaly, Mohamed Fazul, Dhoifir Bounou, Abdou Djabir, Saïd Mohamed Fazul…). Uniquement chez celui qui s’est auto-octroyé la médaille d’or de l’unioniste alors qu’il a toujours traité avec bienveillance tous les ennemis du pays, et particulièrement les séparatistes d’Anjouan et de Ngazidja.
- « Je vous le dis parce que je ne suis pas sûr que vous imaginiez un seul instant le traumatisme que vos actions contre la population anjouanaise comme vous, va engendrer. Vous l’auriez fait à Mohéli, je vous assure que vous l’auriez regretté longtemps. Puisque c’est chez vous, faites-le et bonne appétit. »
C’est la même rengaine d’opposition entre Mohéliens et Anjouanais. La nouvelle version c’est qu’Anjouan peut laisser le Président Sambi faire n’importe quoi dans l’île, mais s’il fait la même chose à Mohéli, les Mohéliens le lui feront regretter ! Rien que cela !
- « Ce n’est pas tout Monsieur le Président puisque vos Goebbels ont cru bon de raconter du n’importe quoi. »
A croire que cet homme est fasciné par les méthodes hitlériennes, à tel point qu’il voit des Goebbels partout.
- « Pourquoi tenez-vous tellement à faire la guerre jusqu’à mentir aux comoriens au lieu de leur dire la vérité sur vos intentions de faire la guerre pour imposer votre vision ? Peut-être pour imposer une monarchie théocratique avec des Madjlisses à l’iranienne ? »
Boléro finit ainsi par accuser le Président de la République de vouloir installer une « monarchie théocratique ». A partir de quels faits ? Il n’a pas besoin d’apporter des faits ni des arguments. C’est cela qui s’appelle de la diffamation.
Je ne suis pas un partisan de Sambi. J’ai souvent critiqué les décisions de ses proches ces dernier temps, notamment en ce qui concerne la question de Mayotte. Mais, j’ai voulu démonter ici l’imposture d’un homme qui a régné pendant sept ans dans une sorte de dictature qui ne disait pas son nom et qui maintenant voudrait faire la leçon à un homme qui a l’avantage d’avoir été élu pour exercer son mandat. Et comble de tout cela, lorsqu'on veut faire un petit bilan, certes partisan, de son action, il oublie tout ce qu'il a écrit contre ses adversaires politiques et joue la vierge effarouchée en déclarant : "Au secours, on m'insulte !" Non, c'est uniquement de la politique.
20:00 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Boléro, Hamada Madi, Comores, Sambi, Azali
03.12.2007
Le Boléro nouveau est arrivé !
Comme souvent, après un an de pouvoir, les lettres ouvertes au Président de la République ont succédé aux lettres de félicitations accompagnées de CV ou cartes de visites. Beit-Salam reçoit actuellement de nombreuses lettres, plus ou moins "ouvertes" ou "confidentielles". Il ne s'agit plus de laisser entendre qu'on serait prêt éventuellement à occuper toute place vacante "pour l'intérêt de la nation", bien sûr, mais de laisser des traces pour pouvoir un jour dire : "je l'avais dit dans une lettre ouverte que j'ai adressée au Président Sambi... il ne m'a pas écouté" pour expliquer la défaite de ce dernier. Chacun des expéditeurs est persuadé d'être le plus original, le plus porteur de vérité et pour cela, le président ne peut manquer de porter une attention particulière à sa lettre.
La lettre ouverte aux puissants, qui se réduisent souvent au Président de la République et à ses proches, est un exercice très prisé dans nos contrées. Il n'a souvent qu'un seul objectif : non pas convaincre mais témoigner pour l'avenir, si ce n'est se décharger d'une trop pleine émotivité.
Hamadi Madi, plus connu sous le nom de Boléro, ancien Premier Ministre des Comores, a envoyé récemment sa troisième lettre au Président de la République. Elle est en fait une réponse à la réponse de la deuxième lettre par une obscure "cellule de communication" de la Présidence. Il faut dire que cette fameuse "cellule" a de curieuses manières de répondre à la lettre d'un opposant politique. Répondait-elle au nom de la Présidence ou au nom du parti présidentiel ? Difficile de faire la part des choses, mais cette réponse traduit bien le flou et l'improvision des gens qui se trouvent autour du Président. Des enfants qui n'ont toujours pas pris la mesure de leurs responsabilités à l'égard du Président de la République et de la nation comorienne. Des enfants, puissants, orgueilleux, pleins de morve, qui viennent de recevoir un jouet et qui se moquent de tout ce qui se passe autour d'eux. Ils ne prennent donc pas au sérieux la lettre de Boléro et se contentent de lancer quelques piques comme on le ferait dans un blog très partisan. Leurs erreurs permettent à des gens de la trempe de Boléro et Mohamed Bacar d'avoir le beau rôle et ils finiront par les aider à enterrer définitivement notre pays.
Boléro, lui-même, s'amuse sur internet, à coups de révélations (quelques fois de secrets d'Etat), il met mal à l'aise les partisans de Sambi et donne plus ou moins discrètement la voie à suivre aux partisans du séparatiste Mohamed Bacar, tout cela accompagné de sermons très moralisateurs. Vous aurez compris : l'homme ne chôme pas en banlieue parisienne ! Il occupe son temps et il en a beaucoup. Il pose des jalons pour l'avenir en essayant de sauver son image (d'autrefois ?).
En lisant sa deuxième lettre au Président Sambi, on pourrait se tromper car il répète à plusieurs reprises que le Président Azali lui a appris qu'il "ne faut jamais insulter l'avenir". Foutaise ! Ou simplement nouvelle tentative de séduction du colonel Azali (et donc de la CRC), deux ans avant les élections présidentielles qui devraient débuter à Mohéli. En vérité, cette expression fait partie de la marque de fabrique du même Boléro depuis longtemps, avant même sa rencontre avec le putschiste. Ainsi, par exemple, dans Alwatwan n°406 (11 avril 1996), il répondait à une interview :
"Il ne faut jamais insulter l'avenir. Notre pays est plein de ressources, de dynamisme endormi, d'un optimisme blessé, d'une volonté étouffée. L'avenir est prometteur parce qu'il appartient à ces 63% de jeunes de moins de 25 ans. Mais il est vrai que le présent est inquiétant parce que l'Etat n'a plus d'autorité. Il n'organise pas la société et ne protège pas le citoyen. Il est l'instrument exclusif au service d'intérêts particuliers..."
Que c'est beau tout cela ! Depuis, notre ami Boléro a frôlé les plus hauts sommets de l'Etat (il a même été chef de gouvernement et nommé Président par intérim par son ami Président par coup d'Etat) avant de dégringoler, incapable de se faire élire simple député à Mwali, malgré les moyens mis par le pouvoir en place. Pourtant, ces quelques mots sont encore plus vrais aujourd'hui après neuf ans de pouvoir Azali-Boléro. Il n'a pas fait avancer d'un pouce l'autorité de l'Etat. Il a illusionné les "unionistes" sur le règlement de la crise séparatiste et a fortifié la personnalisation de l'Etat. C'est cet homme qui aujourd'hui voudrait venir nous faire la morale ? A d'autres.
La deuxième lettre de Hamada Madi dit Boléro au Président Sambi est datée du 23 octobre dernier. Cette fois, ce n'était peut-être pas une lettre ouverte puisqu'aucun des "privilégiés" qui l'ont reçue dans leurs boites emails ne l'a publiée et aucun n'en a fait allusion. Tant mieux ! Je serais le dernier à la publier.
Bien qu'il prévienne dès la deuxième ligne qu'il s'adresse au Président "très respectueusement", cette lettre paraît encore plus prétentieuse que la première. En effet, il n'hésite pas à dire au Chef de l'Etat qu'il divague, qu'il ment, qu'il est haineux, orgueilleux... autant de qualificatifs qu'on pourrait, sans mal, retourner au Boléro qui a pris le pouvoir avec Azali et Aboudou Soef par un putsch en avril 1999 sous le prétexte fallacieux d'"interposition" alors qu'ils avaient organisé eux-mêmes de fausses manifestations contre les Anjouanais de Moroni. Ce Boléro qui voulait tout savoir, tout contrôler à tel point que si j'en crois un responsable militaire de la capitale, il passait ses nuits sur internet à repérér qui était qui dans la diaspora et à attendre les dépêches des polices internationales pour savoir quel Comorien a fait quoi à l'extérieur. Un travail qui paie aujourd'hui qu'il a investi l'internet et qu'il se prépare à publier ses mémoires. Il connaît déjà tous ceux qui refont le monde (ou plus humblement les Comores) depuis des années sur internet.
Comme les hommes politiques ont la mémoire courte ! surtout quand ils ne sont plus au pouvoir !
Il apprend ainsi au Président Sambi qu'il ne souhaite pas se "soustraire à des probables erreurs commises" dans ses "fonctions honorables". "Probables" ? C'est beau. A-t-il oublié qu'il a quitté son pays, qu'il s'est soustrait à la justice de son pays (en naviguant d'île en île en kwasa-kwasa jusqu'à Mayotte si on en croit Radio Cocotier) pour une malheureuse "table basse" ? Que peut-on penser d'un responsable politique qui a exercé le pouvoir dans les plus hautes sphères de l'Etat et qui fuit son pays et s'exile parce qu'il a peur d'avoir à s'expliquer sur un litige aussi mince ?
Dans ce même domaine de la justice, il réclame au¨Président la "libération du seul prisonnier politique" qu'est pour lui Aboudou Soef, ancien Ministre des Affaires étrangères et Directeur des Hydrocarbures. Bravo Monsieur Boléro, mais c'est un peu tard pour un ami de dix ans. Nous sommes de plus en plus nombreux, simples citoyens, qui n'avons jamais eu aucun rapport avec Aboudou Soef, qui n'avons jamais fait de coup d'Etat avec lui, à réclamer le jugement de cet homme ou sa libération pure et simple. Mais venant de Boléro une telle demande est plutôt surprenante car j'aimerais lui rappeler aussi que nous étions nombreux à lui demander la libération du journaliste Cheikh Ali, qu'il accusait de tentative d'atteinte à la surêté de l'Etat, qu'il a fait enfermer pendant plusieurs mois dans le camp militaire de Mdé sans jamais apporter la moindre preuve de sa culpabilité et sans jamais le faire juger. Comme cela peut paraître loin aujourd'hui que Boléro n'a plus le pouvoir ! Qu'il se rassure, nous serons encore nombreux à exiger sa libération s'il devait aller en prison juste parce qu'il aurait égaré uniquement une "table basse" appartenant à l'Etat !
Doit-on oublier, si facilement que c'est à ce monsieur que nous devons ce concept qui a perverti nos esprits, ce concept de "citoyenneté de l'île". Il y a de quoi s'esclaffer quand on voit qu'aujourd'hui il se fait passer pour un combattant de l'unité des Comores.
Doit-on encore oublier que c'est à ce Monsieur que l'on doit la remise à la justice française des mercenaires, qui n'étaient pas tous français, qui ont fait une "vraie" tentative de coup d'Etat aux Comores, mercenaires tous aujourd'hui en liberté ? Pour quels intérêts obscurs ? C'est ce Monsieur qui aujourd'hui fait la leçon au gouvernement de Mohamed Sambi. On aura tout vu dans ce pays. Un putschiste faisant la morale a un élu.
N'est-ce pas sous le régime qu'il a "servi honorablement" que des maisons de citoyens ont été détruites dans des conditions qui restent encore mystérieuses pour le simple Comorien, et dans tous les cas après des décisions extra-judiciaires ?
La liste des méfaits de cet homme et du régime qu'il a servi est trop longue (où est passé l'argent du "269", accord secret sur la question de Mayotte...). On peut comprendre qu'à l'approche du "tour de Mohéli", il désire se refaire une virginité politique, mais tout de même... un peu de pudeur.
J'approuve le fait que Boléro demande au Président de la République de s'adresser à la nation pour faire son mea-culpa. J'en profite également pour lui dire que nous sommes nombreux à attendre le sien et celui du colonel Azali car si nous sommes dans la situation actuelle c'est surtout parce qu'ils ont cru qu'on pouvait mettre un pansement sur la gangrène séparatiste. Il n'est jamais trop tard dit-il dans sa lettre.
Si j'avais un conseil à donner aux hommes du régime actuel, quelle que soit la "cellule" dans laquelle ils se trouvent, c'est justement de prendre à contre-pied les préconisations de Boléro. Mais malheureusement, ils sont en train de mener la même politique à propos de Mayotte et il faut craindre qu'ils n'arrivent bientôt à promouvoir l'idée d'une conférence intercomorienne sensée résoudre la crise séparatiste et qui n'aboutirait qu'à renforcer les séparatistes.
22:10 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Bolero, Hamada Madi, Comores, Azali, Sambi, lettres ouvertes
04.11.2007
Le chef de l'Exécutif de Ngazidja dans le filet des séparatistes anjouanais
Un sage homme, L'abbé Lhomond a écrit un livre aujourd'hui inconnu, que je n'ai jamais ouvert, bien que j'ai des raisons de m'intéresser aux biographies et bien que dans ma jeunesse, pour faire l'intéressant, j'ai souvent cité, en latin et en français, la phrase la plus célèbre qui en est issue. Le livre s'appelle De viris illustribus urbis Romae a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste). La phrase aurait été prononcée par César, le conquérant de la Gaule, qui, tombant sous les coups d'épées de ses adversaires politiques, en plein sénat en 44 avant JC, et aperçevant parmi ses assassins celui à qui il avait construit un avenir politique et qu'il avait toujours considéré comme son fils, Brutus, se serait écrié : "Tu quoque mi fili" ("Toi aussi mon fils").
C'est à ce genre de drame que la classe politique comorienne semble vivre, lorsque, revenant à la Grande-Comore, le Président de la République Mohamed Sambi a déclaré : "C'est un coup de poignard dans le dos", à propos du voyage effectué par le chef de l'exécutif de Ngazidja, qu'il a d'abord nommé comme chef de cabinet, chargé de l'armée, avant de lui faire remporter les élections dans l'île, en lui apportant la logistique et les finances qu'il n'avait pas.
Il est étonnant que dans la conférence donnée par le chef de l'Exécutif de Ngazidja pour s'expliquer, un journaliste (?) ou un partisan (puisqu'il avait pris le soin d'inviter un millier de partisans pour venir l'applaudir) ait interprété cette phrase comme une accusation contre tous les habitants de la Grande-Comore, qui auraient ainsi été traités de lâches. En réalité, je pense que le Président de la République faisait appel à des sentiments personnels et laissait entendre que, vues les relations qu'il entretenait avec Abdouloihabi, il ne s'attendait pas à ce que ce dernier aille discuter avec son adversaire (et accessoirement l'adversaire de l'Etat comorien) et ainsi le reconnaître comme "président" d'Anjouan, sans même lui en parler auparavant. Il dénonçait ainsi une trahison, une lâcheté non de tous les Grand-Comoriens, mais de son ami.
Cela montrait aussi qu'il commence à découvrir Abdouloihabi, qu'il connaissait un peu autrefois, mais qui s'est imposé pendant la campagne de Sambi, essentiellement dans la diaspora, puis à partir du deuxième tour dans la mouvance présidentielle, et dernièrement dans le parti présidentiel en construction.
Pour paraphraser une femme politique, elle-même trahie, je poserais la question : qui connaît Mohamed Abdouloihabi ? Bien qu'il ait eu des fonctions au sein de l'Etat comorien, en dehors de quelques amis, peu de gens le connaissent réellement. Mais, le peu que j'ai pu observer du comportement de l'homme ces derniers temps, je dirais qu'il s'agit d'un ambitieux prêt à toutes les contorsions.
Ces derniers temps, la fusion des visions entre les deux hommes était telle que que lorsqu'on m'a dit qu'au lendemain de l'annonce des sanctions envisagées par l'Union africaine contre les rebelles d'Anjouan, Mohamed Abdouloihabi s'était rendu dans l'île pour rencontrer (et ainsi reconnaître) Mohamed Bacar, j'ai tout de suite dit : cela n'a été possible que si Sambi l'a voulu. Je restais perplexe quant à la stratégie suivie. Je me suis complètement trompé. Abdouloihabi venait de sortir son couteau, et contrairement à ce que dit le Président Sambi, ce n'est pas sur son dos qu'il l'a planté, mais sur celui de l'Etat comorien, encore une fois. Mais cela, ce n'est qu'un détail.
Abdouloihabi était Ministre des Affaires Etrangères au moment ou Bob Denard accomplissait son dernier coup d'Etat. Quelqu'un l'a-t-il entendu se plaindre du fait que son Président a été amené, contre son gré dans un pays étranger et qu'il a été maintenu plusieurs mois ? S'est-il plaint auprès des autorités françaises qui accomplissait cet illégal ? Vous me direz qu'il n'a pas été seul, et c'est là le drame. En 1999, lors du coup d'Etat du colonel Azali, il saute le pas, et se met au service des putschistes, lui, un juriste. Il n'était pas le seul, et c'est là le drame. Avec un autre juriste, Nouroudine Abodo, ils rédigent la Charte constitutionnelle qui allait mettre bas la Constitution comorienne à la faveur des putschistes.
Quelques années après, il part en France, dans les associations marseillaises, il se fait une virginité politique, condamne discrètement le régime d'Azali, joue la victime, celui qui aurait été trahi - mais quand on trahit son pays, peut-on s'attendre à moins que cela ?
Vient alors le début de la campagne présidentielle de 2006. On le voit assister à des réunions du Comité de Caambi Elyachroutu, puis finalement adopter le candidat Sambi. La suite, son implication au sommet du pouvoir actuel, la manière dont il a remporté les élections de l'île de Ngazidja, tout le monde la connaît.
Reste maintenant à découvrir qui est vraiment Abdouloihabi. Un ambitieux prêt à tout ou un patriote.
15:40 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Abdouloihabi, Ngazidja, politique, Sambi, Anjouan
28.10.2007
La liste des ennemis de l'Union
L'Etat comorien a fourni à l'Union Africaine et au reste de la communauté internationale la liste des Comoriens d'Anjouan qui sont dans l'illégalité et qui verront leurs fonds à l'étranger gélés et leurs déplacements hors d'Anjouan interdits. Au total 145 personnes, pris dans tous les domaines : dans le gouvernement, dans la classe politique (y compris les élus, maires et députés), dans l'armée et la gendarmerie, mais aussi dans l'administration (éducation, douane,...), parmi les conseillers politiques, les commercants et même certains uniquement désignés comme "sympathisants".
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'à la présidence, on s'en donne à coeur joie ! On apprécie particulièrement les listes d'adversaires depuis le passage du magistrat Abdouloihabi. On peut dire, sans aucune sympathie pour ces gens, que cette liste est abusivment trop longue et risque de produire l'effet inverse de ce qui est recherché, dans les consciences des Comoriens. En effet, élaborer une telle liste, tout en sachant que les sanctions sont assez limitées, c'est laisser les gens croire que le Président de la République n'a pratiquement plus de soutiens ni dans la classe politique anjouanaise, ni dans l'administration, ni parmi les opérateurs économiques et encore moins parmi les élus.
Et c'est sur ces derniers que je voudrais insister car je vois mal comment un démocrate peut limiter l'action d'un homme politique élu par le peuple, alors que son action ne relève pas de ce qu'on appelle généralement le crime contre l'humanité ou même contre la dignité humaine (sauf à nous le démontrer). Cela s'appelle un délit d'opinion et c'est encore plus grave quand c'est appliqué à un élu par l'Etat. Cela doit tous nous interpeller (mais aussi nous mettre en garde) contre les intentions du gouvernement après une hypothétique "libération" d'Anjouan.
On se fait plaisir à la présidence, on met ses adversaires politiques dans une liste et on ne réfléchit pas à l'effet que la longueur de cette liste peut donner. Messieurs, il serait temps d'oublier vos rancoeurs, de garder votre sang froid, surtout eu égard à ce qui nous attend dans les semaines à venir, car ce que les Comoriens recherchent c'est que les responsables de crimes et de tortures soient jugés, emprisonnés et qu'on mette hors-la-loi le séparatisme, une bonne fois pour toutes. Ce n'est pas des réglements de compte impriductifs.
Dans cette perspective, est-ce qu'une liste des gens les plus impliqués (ministres, militaires et milices) n'aurait pas suffit ?
12:00 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Comores, séparatisme, Bacar, Sambi, Anjouan
26.10.2007
Le réalisme made in Comores
Ces derniers temps j'ai été effaré par l'arrogance des cadres de l'Union, particulièrement en ce qui concerne la question de l'île comorienne de Mayotte. En réalité, la plupart d'entre eux sont ignorants des mécanismes de fonctionnement de l'ONU, surtout en ce qui concerne la question qui nous intéresse le plus dans cette institution, mais à chaque rencontre, ils prennent des airs et se permettent de qualifier les militants de la société civile de "rêveurs", d'"iréalistes"... Pourtant, ces militants qui pour la plupart suivent cette affaire depuis 10, 15, 20 ans sont, malgré eux, devenus des spécialistes de la question.
J'ai ainsi pu entendre un Ministre s'en prendre à un militant de l'unité comorienne et le faire passer pour un idéologue avec lequel aucune discussion n'était possible. Connaissant très bien ce militant, et le sacrifice qu'il a fait à son pays durant toute sa vie, mon sang n'a fait qu'un tour, mais c'est avec un certain flegme que j'ai tranquillement rappelé au Ministre, et non moins ami (ceci aidant) tout le travail concret accompli ces dernières années par cet "idéologue" et ses amis à Moroni.
Quelques mois après, c'est un Ambassadeur, qui avec un ton plus moqueur que son ministre s'en est pris à un autre militant le traitant d'irréaliste (comme l'ensemble des associatifs qui l'accompagnaient) car il osait dire qu'une autre voie était possible et que la diplomatie comorienne n'était pas obligée à chaque fois de vendre une partie de son territoire contre les euros de la coopération française comme elle venait de le faire.
La formule employée par ces cadres ("Vous êtes des rêveurs et nous sommes réalistes") est certes belle, mais elle reflète bien la vacuité de ceux qui dirigent les Comores actuellement. Las de s'entendre dire par Houmed Msaïdié et le CRC qu'ils agissent comme les militants d'associations, ils essaient de convaincre en endossant l'image de gens réalistes ou qui feraient de la realpolitik. A les voir se tortiller et se prendre dans les noeuds de leurs manoeuvres, on se dit que ce sont eux les vrais naïfs et qu'ils ne tarderont pas à s'en rendre compte. Pourvu que ce soit avant la fin du mandat du Président Sambi.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Président, à demander à l’ONU de s’emparer de la question de l’île comorienne de Mayotte alors que la diplomatie comorienne venait de la retirer de l’ordre du jour de cette même assemblée et qu’on déclarait à Paris, dans un texte lu et relu par les diplomates et conseillers, que sur cette question on veut procéder d’une manière bilatérale avec la France.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre président, à nommer un Président à Anjouan alors que les lois ne le lui permettaient pas, alors qu’il n’avait pas sur place la force nécessaire pour faire appliquer ses décisions aussi incongrues soient-elles, encore moins de faire respecter l'Etat ou du moins lui éviter une seconde humiliation dans cette île.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Président, à ignorer le principe (pas la loi) de séparation des pouvoirs, et à exiger de la Cour constitutionnelle qu’elle se débarasse de son président, dont l'entente avec le pouvoir séparatiste était évidente, et alors que tout autre citoyen comorien aurait pu le faire sans qu’on le soupçonne d’avoir des arrières-plans.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait le Président Sambi pendant sa campagne à dire que la participation des athlètes maorais aux Jeux des Iles est une forfaiture contre l’unité du pays, puis une fois élu à aller soi-même regarder un match de basket opposant « Les Comores » et « Mayotte ».
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères à subir la pression d’un simple Ambassadeur, et à retirer la question de l’île comorienne de Mayotte de l’ordre du jour de l’ONU en proclamant que les hommes politiques précédents ont fait un pacte avec la France sur ce sujet, pacte dont on sait qu’il est contraire à la Constitution et qu’il met en cause la souveraineté de l’Etat dont on est censé défendre.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères, à déclarer à des associations de la diaspora que la participation des Comores aux Jeux des Iles ne serait que « symbolique » alors que le porte-parole du gouvernement allait affirmer quelques jours après que la délégation comorienne serait composée de plus de 150 membres, dont le Président de la République lui-même.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ministre des Affaires étrangères à affirmer que les étudiants comoriens à Madagascar sont des « proxènetes » alors qu’ils étaient en train de subir le harcèlement de la police malgache. Oui, ce serait être un rêveur que de demander à notre ami Ministre d'exiger un minimum d'explications à l’Ambassadeur malgache à Moroni, de mettre en place une cellule de crise dans notre ambassade à Tananarive et de trouver avec nos étudiants les voies les plus adéquates, plus conformes à la loi, sans les laisser dans un face à face avec une police étrangère, après les avoir accusés de tous les maux.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait notre Ambassadeur à Madagascar, à proclamer dans les médias malgaches que les Comoriens sont des trafiquants de papier pour justifier la brutalité avec laquelle la police malgache interpelle les étudiants comoriens en vue de les expulser. Oui, le réalisme consiste à justifier les actions présentes et futures de la police malgache quand elle s’en prend à nos étudiants. Demander à notre Ambassadeur de protéger nos ressortissants relève du rêve le plus pur.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l’a fait le gouvernement, à faire de tous les responsables politiques des délinquants notoires dès le début, sans intervention de la justice, pour des calculs populistes et ensuite à reconnaître son incapacité à en juger un seul faute d’enquêtes et de preuves probantes nécessaires dans tout Etat de droit.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le gouvernement l’a fait récemment, à faire juger d’anciens ministres par des tribunaux ordinaires, à les faire condamner tout en sachant que toute la procédure était viciée et que, par conséquent, on allait être obligé de tous les relâcher.
Le réalisme des responsables actuels, consiste comme l’a fait l'actuel ministre de la Justice, à se jouer des mots : lutte contre la corruption, rétroactivité des futures lois pour mettre en prison les anciens corrompus et corrupteurs… tout en sachant que l’Assemblée a été convoquée pour deux semaines et qu’il y avait plus de dix lois à examiner et que les députés ne pourraient même pas en étudier trois.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le fait le Ministre de la Justice, à fermer les yeux sur le fait qu'un opposant, quel qu'il soit, pourrit en prison sans jugement alors qu'à coup de tambour et tambourin on affirmait que toute les preuves étaient réunies. Oui, c'est un opposant en moins, et il ne faut surtout pas penser qu'il pourra, lui aussi, ou ses amis demain, user des mêmes procédures qui entachent la justice depuis des années. C'était des rêveurs ceux qui disaient à l'ancien Ministre Hamada Madi (dit Boléro) que l'injustice qu'il appliquait à un certain journaliste de la place enfermé dans un camp militaire sans jugement, il la subirait un jour. Aujourd'hui il est en fuite, obligé de se cacher en banlieue parisienne.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme l'a fait notre Ministre de la Justice et le gouvernement, à tout faire pour faire annuler (dans les faits) une décision de justice par des conciliabules extra-judiciaires parce que le condamné est une entreprise française qui fait du chantage à l'Etat et aux entreprenneurs locaux en tentant de les étouffer économiquement en leur refusant tout crédit comme auparavant.
Le réalisme des responsables actuels consiste, comme le fait le gouvernement, à se plaindre auprès de l'UA du fait que Mohamed Bacar agit contrairement à la loi en empêchant la libre circulation des citoyens comoriens et notamment le Président de la République, en oubliant que le même procédé a été utilisé contre un des chefs de l'opposition empêché de se rendre à Anjouan pour préparer des élections avec son parti par le Directeur de Cabinet du président, aujourd'hui devenu chef de l'Exécutif de Ngazidja.
Mais alors pourquoi le réalisme des autorités actuelles ne s'exerce que contre leur propre pays et leurs citoyens ? Ils me taxeront d'idéologue, mais je ne peux m'empêcher de leur lancer un cri d'autres rêveurs : "Soyez réalistes, demandez l'impossible".
La realpolitik, le réalisme en politique, lorsqu'il n'est guidé par rien, lorsqu'aucun principe ne vient le contredire, lorsqu'on considère qu'il n'y ni Dieu, ni patrie, ni humain à respecter, ce réalisme là mène directement au camp de concentration ou au goulag. Par excès de cynisme ou par naïveté, ou encore les deux à la fois.
23:55 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sambi, Comores, Mayotte, realpolitik
14.08.2007
Larifou et la rumeur
L'année dernière (2006), je suis revenu des vacances un peu fauché. Vous savez comme la cigale de notre enfance qui, ayant chanté tout l'été se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue... Comme beaucoup de gens. J'ai vu arriver successivement mes impôts sur le revenu, ma taxe foncière et ma taxe d'habitation. C'était trop !
Ma première réaction était d'ignorer le fisc. J'y pensais sérieusement en sirotant un soda américain que ma mère m'a interdit de nommer ici et en regardant des dizaines de minuscules petits êtres noirs qui partaient de ma terrasse avec des provisions qu'ils mettaient à l'abri pour l'hiver et j'ai pris conscience de l'erreur que j'allais faire. J'ai mesuré les risques d'une ruine économique et sociale, et je me suis dit : mon gars reprend-toi, ça va ça vient. Et puis en bon gaucho, je me suis dit : quand j'étais élève puis étudiant boursier, j'étais bien content que ce système fiscal existe. Alors, je suis allé voir mon percepteur et j'ai négocié avec lui un échelonnement de ma dette envers l'Etat. Comme c'était la première fois depuis près de 15 ans, il n'a pas vu d'inconvénient à cela.
Imaginez maintenant que je sois un homme politique comorien, très en vue, avec beaucoup d'ambitions et il faut le dire un tantinet arrogant. Quel scandale ! J'aurais tout entendu. Voilà que mib FRAUDE le fisc ! Et les bonnes âmes, dont je fais partie quelques fois, se seraient écriés : comment ? Il veut être président et il tente de rouler le fisc, de faire en sorte que celui-ci l'oublie... Comme si le fisc français pouvait oublier un contribuable qui a négocié un paiement échelonné de ses impôts !
Bon trève de plaisanterie ! Notre avocat et non moins leader politique, Saïd Larifou, a enfin donné une conférence de presse pour se défendre des nouvelles rumeurs qui courrent à son sujet, et de ses relations avec le fisc français.
Que lui reproche-t-on au juste ? De quoi se plaignent ceux qui aiment à répandre rumeurs sans fondements et mensonges ? Il a échelonné une dette de 200 000 euros qu'il devait au fisc à la Réunion, et après non règlement d'une échéance le fisc lui est tombé dessus et a menacé de vendre ses effets personnels aux enchères. Une procédure classique en somme, si ce n'était la somme demandée. Est-ce que le fisc avait intérêt à ruiner une poule valant 200 000 euros en quatre ans, soit 50 000 euros par an ? Non. C'est une menace classique destinée à le faire réagir et à le rappeler que l'Etat n'attend pas indéfiniment. J'espère qu'une telle procédure désagréable n'arrivera jamais à ceux qui jettent la pierre aujourd'hui.
J'ai eu, à plusieurs reprises, à condamner publiquement les paroles et les actions politiques de Larifou lorsque par exemple il a déclaré qu'il fallait laisser Mayotte et s'occuper des trois autres îles d'abord ou lorsqu'il s'est affiché avec le séparatiste-rattachiste, ancien militaire français utilisé pour mettre le feu à Anjouan, Chamasse ou le non moins troublant Laguera avec lequel il avait mis en place un gouvernement d'exil et cherchait les moyens d'aller renvoyer dans ses casernes le putschiste Azali.
Mais tout de même la ficelle est trop grosse ! On a accusé Larifou d'avoir voulu frauder le fisc, alors qu'on apprend qu'il a a négocié pour payer autrement ses dettes, comme le font des milliers de Français, riches et pauvres, chaque année. Il n'a pas pu honorer sa dette envers le fisc français mais ce dernier n'a pas la réputation de lâcher prise, contrairement à ce qui se passe dans notre archipel où il lui aurait suffi d'être en contact avec le cousin le plus éloigné du président pour qu'on oublie sa dette.
Pire, on a vu un homme qui, un jour, a écrit sur le forum Habari qu'il a quitté le pays avec une malette contenant la caisse de son administration d'origine (il a promis de rembourser un jour mais cela fait déjà plus de dix ans, je crois) s'élever contre les pratiques de Larifou qui, selon lui, aurait utilisé l'argent des Comoriens pour payer le fisc français, s'il avait étén élu. A croire qu'on ne prête aux autres que ses propres délires. C'est vraiment se moquer du monde et comme il l'écrivait, heureusement que cela ne se passe qu'aux Comores : un homme avoue avoir VOLE son propre pays et il revient se plaindre du fait qu'un autre met plus longtemps à payer une dette qu'il a reconnu envers un autre Etat.
Je veux bien combattre les idées politiques de Larifou, mais pas de cette manière là. Pas en l'accusant, comme cela a été fait par les partisans du pouvoir en place, d'être devenu un chrétien. Il y a quelques années, on avait prétendu aussi que le Président Azali était entré dans la secte Moon. A quoi cela sert-il de mettre sur le compte de ses adversaires politiques autant d'idioties, alors qu'il y a d'autres moyens de les combattre ?
Sincèrement, quand j'ai lu que Larifou devait 200 000 euros au fisc français, je me suis dit : eureka ! Tous ceux à qui j'avais dit qu'il ne fallait pas essayer de combattre l'homme politique Larifou en racontant partout qu'il recevait de l'argent de l'extrême droite française allaient enfin me croire. Je disais que le Parti communiste réunionnais avait dans le passé aidé Larifou et qu'en tant qu'avocat il gagnait beaucoup d'argent, les gens restaient incrédules et se croyaient malins en demandant : Qu'est-ce qu'il gagne ? Il perd tous ses procès ! Parce qu'ils ne connaissent Larifou qu'à travers les trois ou quatre procès médiatisés ! Et puis, est-ce que quand le malade ne guérit pas, le médecin rembourse les honoraires ?
Je mes suis dit qu'enfin les plus incrédules allaient comprendre que si Larifou payait autant au fisc c'est qu'il gagnait beaucoup plus que cela. Non. Quand on tient un opposant politique par le cou, il faut continuer à le tordre pour ne pas qu'il se relève un jour. On a donc occulté la réalité (il gagne beaucoup) pour ne conserver que le mensonge (Larifou est un fraudeur). Dans tout cela, nos journalistes, bloggers et autres forumistes, acquis à la cause du gouvernement actuel ou opposants se taisent sur des choses beaucoup plus graves, ne prennent pas la peine de se demander où le président de l'Ile autonome de Ngazidja, Abdouloihabi, a trouvé autant d'argent (plus que Larifou) pour mener sa campagne, lui qui il y a quelques mois galérait à Marseille, sans véritable emploi. Il suffit donc de passer quelques mois dans le cabinet du Président pour devenir millionnaire. Je comprends donc l'empressement et les compromissions de certains pour approcher les gens du pouvoir.
16:35 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Larifou, avocat, fisc, Comores, politique

