13.04.2008
Marion
Voici un beau texte écrit par Peter Handke, interprété par le personnage de Marion dans Les Ailes du désir de Wim Wenders (1987). C'est une des dernières scènes du film. La ponctuation est totalement intuitive.
[Damiel, l'ange devenu homme l'a retrouvée, il s'approche comme pour l'embrasser, elle pose sa main sur la poitrine de l'homme qu'elle l'aime pour le retenir]
"Il faut que ce soit sérieux un jour. J'étais souvent seule, je n'ai jamais vécu seule pourtant. Quand j'étais avec quelqu'un, j'étais souvent heureuse et en même temps je prenais tout pour des hasards. Ces gens étaient mes parents, mais d'autres auraient pu l'être [...]
J'étais avec un homme, amoureuse de lui, et j'aurais pu, sans hésiter, le laisser là et poursuivre ma route avec cet inconnu que nous venions juste de croiser dans la rue.
Regarde moi, ou non. Donne-moi la main, ou non. Non, ne me donne pas la main et ne me regarde pas [...]
Je n'ai jamais joué la comédie à quelqu'un et malgré tout je n'ai jamais ouvert les yeux et pensé : "Là, c'est sérieux. Ca devient sérieux enfin."
C'est comme ça que les années ont passé. Moi seule était si peu sérieuse. Le temps est-il si peu sérieux ? Je n'ai jamais été solitaire que je sois seule ou bien avec d'autres, mais j'aurais aimé être enfin solitaire, ça veut dire ça la solitude, je suis moi toute entière. Là, j'ai le droit de le dire car cette nuit je suis solitaire, enfin. Il faut en finir avec le hasard maintenant. Nouvelle lune de la décision. Je ne sais pas si ça peut exister le destin, ce qu'on appelle le destin mais je sais que la décision ça existe. Décide-toi. Maintenant, c'est nous le temps. Ce n'est pas que la ville, c'est la terre entière qui va s'associer à notre décision cette nuit. Toi et moi nous sommes plus que deux à partir d'aujourd'hui. Nous représentons quelque chose. Nous voici sur la grande place de l'humanité et sur cette place se presse la foule de ceux qui rêvent à la même chose que nous. Et pour cette foule, nous déterminons le jeu. Je suis prête moi. Alors, maintenant, c'est à toi. C'est toi qui a en mains le jeu. C'est tout ou rien.
Tu as besoin de moi. Tu vas avoir besoin de moi. Il n'y a pas de plus grande histoire que celle que nous vivons, que celle de l'homme et de la femme. Ca va être une histoire de géants, invisible, transmissible. Ce sera une histoire de nouveaux ancêtres. Regarde mes yeux, ils sont l'image de la nécessité, la destinée de tous sur la place.
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05.11.2007
Mutsa ma rebelle
En ce temps d'inquiétudes, j'aime à me rappeler ce poème de l'écrivain Abouboucar Saïd Salim que j'admire pour ses écrits :
Mutsa ma rebelle
Est-ce bien toi Mutsa ?
Ces cris de haine
Ces roquettes qui guettent
Ces drapeaux étranges
Hissés au rebours de l'histoire ?
Est-ce bien toi mon amour
Qui par ton jasmin étouffé
Par ton « chiromani » étranglé
Par tes yeux assassinés
Celui qui t'aimait et que tu aimais ?
Est-ce bien toi Ranastam
qui transformes la musique
De ton nom, en une cacophonie
fatale. Contre celui qui hier encore
Te murmurait à l'oreille ?
Le poète aura-t-il toujours raison
Qui parlait déjà de “ton impossible amour”
Avant même ce « Ntrimba » diabolique
Où tu demandes en guise de « trembo »
Le sang de tes frères ?
Et toi Saturne ! cannibale lugubre
Crois-tu que les cadavres de tes enfants
Feront repousser l'or et l'argent
Sur les champs stériles de la haine ?
Tu m'as déçu Mutsa, mais
un soir on se retrouvera
Au clair de lune comme jadis
Et je te pardonnerai et tu me pardonneras
Les comptes réglés, et la balance équilibrée
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06.09.2006
Réponse d'un clown de banlieue
Stomy Bugsy n'est plus un banlieusard depuis longtemps, mais il n'oublie pas d'où il vient. Sa réponse aux paroles et à l'attitude de celui qu'il considère comme son "petit frère" ne s'est pas fait attendre. A lire dans Libération du 5.9.06.
Extrait :
"Là Bruno (Beausir, le véritable nom de Doc Gynéco, ndlr), il descend très bas. Il aurait pu soutenir qui il voulait mais pas Sarkozy. C’est lui qui en France fait la misère aux immigrés, sépare des familles, pourchasse des écoliers… Bruno, il devrait être avec nous à Cachan au lieu de soutenir Sarkozy. Je sais qu’il a le goût de la provoc’ mais là… je ne comprends pas. Il doit y avoir des trucs financiers là-dessous, c’est pire que tout : il a vendu son âme au diable. »
00:15 Publié dans Extraits | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19.06.2006
Sens dessus dessous
Aujourd'hui on a enterré Raymond Devos, un génie de la langue française qui avait fait la démonstration que le rire était primitif et que "nos ancêtres les primitifs... ils ont tout inventé". C'est surtout un des nombreux humouristes français qui m'ont toujours fait rire. Moi-même, je m'amuse quelque fois à jouer devant un public le sketch intitulé "Le fils d'Abraham ou l'appel du peuple".
Voici un de ceux que j'aime le plus :
Actuellement,
mon immeuble est sens dessus dessous.
Tous les locataires du dessous
voudraient habiter au-dessus !
Tout cela parce que le locataire
qui est au-dessus
est allé raconter par en dessous
que l'air que l'on respirait à l’étage au-dessus
était meilleur que celui que l'on respirait à l’étage en dessous !
Alors, le locataire qui est en dessous
a tendance à envier celui qui est au-dessus
et à mépriser celui qui est en dessous.
Moi, je suis au-dessus de ça !
Si je méprise celui qui est en dessous,
ce n'est pas parce qu'il est en dessous,
c'est parce qu'il convoite l'appartement
qui est au-dessus, le mien !
Remarquez . . . moi, je lui céderais bien
mon appartement à celui du dessous
à condition d'obtenir celui du dessus !
Mais je ne compte pas trop dessus.
D'abord parce que je n'ai pas de sous !
Ensuite, au-dessus de celui qui est au-dessus,
il n'y a plus d'appartement ! Alors, le locataire du dessous
qui monterait au-dessus
obligerait celui du dessus
à redescendre en dessous.
Or, je sais que celui du dessus n'y tient pas !
D'autant que, comme la femme du dessous
est tombée amoureuse de celui du dessus,
celui du dessus n'a aucun intérêt à ce que le mari de la femme du dessous
monte au-dessus !
Alors, là-dessus ...
quelqu'un est-il allé raconter à celui du dessous
qu'il avait vu sa femme bras dessus,
bras dessous avec celui du dessus ?
Toujours est-il que celui du dessous l'a su !
Et un jour que le femme du dessous
était allée rejoindre celui du dessus,
comme elle retirait ses dessous...
et lui, ses dessus...
soi-disant parce qu'il avait trop chaud en dessous...
Je l'ai su .. parce que d'en dessous,
on entend tout ce qui se passe au-dessus ...
Bref! Celui du dessous leur est tombé dessus !
Comme ils étaient tous les deux soûls,
ils se sont tapés dessus !
Finalement, c'est celui du dessous
qui a eu le dessus!
Raymond Devos, Matière à rire. L'intégrale, Olivier Orban, 1991
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23.11.2005
La ballade des gens qui sont nés quelque part

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est d'être habités
Et c'est d'être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq ils s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Georges Brassens
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28.10.2005
Au lecteur
C'est icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voué à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présanterois en une marche estudiée. Je veus qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dict vivre encore sous la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cens quatre vingts.
Montaigne, Les Essais, Livre I, éd. de Pierre Villey, Quadrige, PUF, 1992.
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