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17.03.2008
Les cris de Halidi Allaoui
Il est définitivement établi que dans le monde d'aujourd'hui on ne peut être uniquement poète. Halidi Allaoui est à la fois poète et juriste. Il vient d'accomplir un pas difficile à accomplir : sortir ses poèmes et les confier à un éditeur.
Les lecteurs les plus assidus de feu Masiwa avaient découvert la plume de ce jeune comorien natif de la ville d'Ouani (Anjouan) il y a quelques années, entre coups de gueule et poésie. On attendait que les promesses soient tenues et Halidi Allaoui est enfin devenu poète.
De plus, il a la chance d'avoir pour parrain son ancien professeur de français, l'un des meilleurs écrivains (et poètes) des Comores : Aboubacar Saïd Salim.
Ce fut donc une surprise pour moi que cet ami fidèle se révèle comme un véritable poète et assume cette fonction en publiant Cris d'ici et d'ailleurs (KomEdit, 2008). Je me suis donc empressé d'ouvrir le recueil.
C'est un autre Halidi qui se révèle. Ce garçon qui affiche un sourire permanent et en toute occasion se révèle mélancolique (titre du premier poème) et nostalgique. Il vit en France et il aime la France, mais son coeur et sa tête sont ailleurs. Alors entre Rouen, Bordeaux, la Bretagne et la Corse il ne cesse de penser à sa mère et à sa mère-patrie tous deux confondus dans un même amour.
Le recueil de Halidi est donc en quelque sorte la juxtaposition de moments de vie ici et ailleurs, comme si l'auteur cherchait à reconstituer le puzzle de sa vie.
J'aime la poésie de Halidi Allaoui car elle est simple, il ne croit pas qu'il suffise de faire rimer les vers pour faire de la poésie et il ne pense pas que la poésie c'est forcément des mots obscurs et des phrases-mystères.
Halidi Allaoui, Cris d'ici et d'ailleurs, KomEdit, 2008, 72 p., 7€
18:30 Publié dans Extraas | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Halidi, Allaoui, KomEdit, poèmes
04.03.2008
La fin des palabres
Le Président de la République a indiqué que l’Armée nationale était sur le point de rétablir la normalité républicaine dans l'île d'Anjouan.
Avant cela, et comme il se doit dans toute démocratie, les partis politiques de l’opposition avaient proposé un chemin vers la pacification du pays, le fameux « plan B ». Ce plan était sans doute guidé par l’exaspération, par l’inaction depuis des mois et par l’impression que beaucoup d’entre nous ont eu d’un laisser-faire ou d’une intention de l’exécutif de laisser des pays amis ou même l’Union africaine régler à leur convenance un problème interne. Ce plan, contrairement à ce qui a été écrit ici et là, n’était pas dénué de sens. Il prenait en compte le fait que par sa passivité l’exécutif de l’Union signifiait qu’il n’était pas en mesure, que notre armée nationale n’était pas capable de rétablir la loi à Anjouan. Et certains d'entre nous pensaient que si le Président Sambi estimait que le risque d’un troisième échec de l'Armée nationale se présentait, il ne pouvait mieux faire que d’admettre la troisième humiliation de l’Etat comorien, de prendre sur lui et de mettre en pratique un plan qui, certes, nous renvoyait encore une fois vers les conférences nationales et internationales, vers les gouvernements d'unité ou de réconciliation nationale, et sans doute vers un nouveau référendum constitutionnel réaffirmant les positions des séparatistes de tous bords, de nouvelles élections nationales et régionales, en attendant le nouvel épisode qui nous ramenerait à la case "départ".
Or, il semble que depuis quelques semaines, le président de la République et le gouvernement de l’Union ont pris enfin conscience des tergiversations de l’Union africaine et des actions officieuses et nuisibles à l’unité du pays menées par certaines personnalités étrangères. Le président Sambi vient d’affirmer que l’Etat a l’intention de jouer son rôle à Anjouan, et le chef de l’Etat major, le lieutenant-colonel Salim Mohamed Amir, vient de confirmer que les soldats de l’Armée nationale sont prêts à faire leur métier et s'il le faut à donner leurs vies pour la nation comorienne.
Nous pouvons comprendre nos aînés et frères qui hésitent en se disant qu’en réalité l’armée n’est pas prête et qu’il risque d’y avoir des pertes qui pourraient venir à bout de l’Etat comorien. C’est tout à leur honneur d’oser aller à contre-courant de l’opinion la plus répandue dans l’archipel. Il ne s’agit donc pas ici de jeter la pierre à ceux qui se soucient véritablement du sort de la nation comorienne. Nous voulons juste leur dire que l’attentisme dont fait preuve l’Etat comorien depuis le traumatisme de septembre 1997 est en train de nous tuer à petit feu. Le gouvernement actuel peut faire comme le précédent : accorder tous les avantages aux séparatistes, vendre la souveraineté nationale, continuer à croire que le dialogue de sourds fait avancer les choses et ses membres pourraient eux aussi s’occuper de leurs petites affaires pendant les deux ans qu’il leur reste. Le plus difficile est de vouloir régler ce problème une bonne fois pour toutes à l’avantage de l’Etat et des citoyens comoriens.
Au-delà des réflexions nécessaires et des propositions des simples citoyens, il convient de s’interroger sur les intentions et les postures actuelles des hommes politiques qui ont apporté directement ou indirectement leur soutien au rebelle Mohamed Bacar et qui, maintenant, la main sur le cœur voudraient nous faire croire qu’ils se soucient des pertes de vies humaines.
Certes le gouvernement de Mohamed Abdallah Sambi a deçu plus d’un et sur plusieurs aspects, notamment la justice, qui ne respecte toujours pas les procédures en vigueur et entache, au moins, d'irrégularités les décisions prises.
Mais que faire ? Nous avons en face de nous un homme qui se prévaut de la force pour soumettre une partie du territoire comorien, qui à deux reprises se moque de la volonté politique de nos concitoyens anjouanais, qui refuse le verdict de la Cour constitutionnelle, qui fait d’Anjouan une zone de non-droit, qui n’hésite pas à tirer et à tuer des soldats de l’Armée nationale, qui n’hésite pas à tirer sur une foule réunie à l’aéroport de Wani pour accueillir le Président de la République, qui interdit au Président de la République et à tout membre du gouvernement de mettre leur pied sur une portion du territoire comorien, qui enlève des citoyens dans la nuit et les fait torturer, qui refuse tout dialogue dans lequel il ne pourrait pas imposer ses conditions. L'Etat peut-il se soumettre au verdict de cet homme sans en créer d'autres comme lui dans l'avenir. Quel autre Etat au monde accepterait de discuter avec un tel homme ? D’autant qu’il dit clairement qu’il n’est pas question de discuter de nouvelles élections mais seulement d’une modification de la Constitution pour que les relations entre l’Etat et les Chefs des Exécutifs soient meilleures.
Quel citoyen soucieux du sort de ses compatriotes n'entend pas ces râles qui nous viennent des interstices des containers du port de Mutsamudu et des géôles plus ou moins dissimulés à l'intérieur de l'île d'Anjouan ? Qui peut avoir peur des conséquences d'une prise en main de l'île par l'armée nationale quand il voit les conséquences de notre silence qui nous reviennent avec le lot des chairs lacérés, des membres cassés, des peaux brûlés et des photos des premiers cadavres qu'on enterre rapidement dans la honte ? Si certains feignent de ne pas le savoir, autant qu'on commence à le leur dire pour ne pas qu'ils disent qu'ils ne savaient pas demain : la torture a repris son cours à Anjouan, après quelques années d'interruption. Les bourreaux d'hier, absous par la paix "des frères d'armes" (colonels Azali et Abeid) ont repris leurs macabres oeuvres en attendant d'autres discussions sous l'égide de la communauté internationale et du pays des droits de l'homme qui leur pardonneront.
Le monopole de la violence appartient à l’Etat. Cela signifie que seul le garant des lois et des libertés dans un pays peut en user avec pour objectif unique de défendre et rétablir celles-ci là où c’est nécessaire. La violence séparatiste dure depuis maintenant plus de dix ans et toutes les voies de la négociation ont été épuisées. Les chefs séparatistes ont continué à humilier l’Etat comorien, à emprisonner des citoyens comoriens, à les torturer dans des prisons informelles.
A l'approche de la journée internationale de la femme, chacun doit se rappeler le lourd tribut payer par les femmes anjouanaises depuis le développement du mouvement séparatiste. Une mer de silence. Il y a quelques années une femme, parvenue à Moroni, a osé dire qu’elle a été victime de viol. A tout cela quelle a été la réponse du gouvernement de l'Union (dirigé alors par le colonel Azali et son Premier Ministre Ahamada Madi Boléro) ? Quelle a été la réponse du Conseiller spécial du colonel Azali, Mohamed Abdouloihabi ? Le silence. Cette femme violée (elle a été la seule à le dire clairement) a été obligée de quitter son pays, espérant qu’elle obtiendrait un soutien ailleurs. Ni enquête ni jugement n'ont été entrepris. Il ne fallait pas fâcher "le frère d'arme". Et en plus, en guise de remerciement, les putschistes lui ont fait parvenir des malettes d'argent. A-t-on alors entendu le Premier Ministre ou le Conseiller Spécial du Président Azali ? Est-ce que la morale de ces personnalités veut qu’on se taise tant que ce sont des Anjouanais qui torturent d’autres Anjouanais ? Est-ce qu’Anjouan est encore un territoire comorien ? Est-ce que les Anjouanais sont encore des citoyens comoriens ? Combien de temps, encore, allons-nous laisser cette gangrène séparatiste tuer à petit feu l’Etat comorien ? Quelle est l’autre alternative après plus de dix ans de séparatisme ?
Certains de nos frères qui désaprouvent cette intervention de l'armée à Anjouan nous demandent pourquoi le gouvernement n'est jamais intervenu à Mayotte alors que l'île a fait secession depuis plus de 30 ans ? C'est vraiment manquer de sérieux que de comparer la situation à Anjouan à celle de Mayotte, où l'Etat comorien ne s'est jamais établi depuis l'indépendance malgré les résolutions de l'ONU. Mayotte est sous administration françaises et, par la force des choses, c'est l'Etat français qui est responsable des exactions qui y sont commises. Par contre, l'Etat comorien a effectivement pris possession des trois autres îles depuis 1975, et il est politiquement et moralement responsable de ce qui s'y passe.
On pourrait continuer dans le vacarme des débats sans fin, mais il y a urgence, car des gens subissent des tortures chaque jour. Il faut donc que cesse les palabres pour qu'on entende enfin les râles des agonisants dans les centres de torture de Mohamed Bacar.
03:15 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Comores, Anjouan, Sambi, Bacar, séparatisme, tortures

