17.12.2007
La Grande-Comore en 1898
Quelle bonne idée que celle qu'a eue l'anthropologue Sophie Blanchy de publier ces belles photos du fonds Pobéquin. Elle nous offres des images saisissantes de la Grande-Comore à la fin du XIXe siècle. Au total, c'est un livre de soixante-deux photos (le fonds en comporte cent-soixante-et-onze), dont quarante deux concernent la ville de Moroni. C'est autant de cartes postales de la capitale avant qu'elle ne soit la capitale. Une modeste ville. En regardant ces photos, on se plait à reconstituer les paysages d'auourd'hui. Et la première surprise c'est l'absence de ce symbole du Moroni d'aujourd'hui la mosquée blanche. Elle est là,mais on ne la voit pas car elle était autre, beaucoup moins imposante.
Certains, même les plus jeunes, retrouveront ce puits où les femmes vont chercher l'eau place Badjanani, puits longuement évoqué par les grands-mères du centre de la ville, et même au-delà.
Lorsque Kalaweni n'était pas encore Kalaweni, c'était une sorte de plage, à quelques mètres des maisons de Badjanani et Mtsangani. Quand je pense qu'enfant, j'y plongeais des heures et des heures. Aujourd'hui rares sont les enfants qui s'y baignent, et en 1898, il devait être dangereux d'y faire des plongeons à cause des nombreux rochers. Pourtant, entre les rochers, les boutres sont là, prêts à partir affronter la mer.
Mais les photos montrent les transformations de l'île et des hommes. Les murailles sensées protéger nos ancêtres des pirates tombent peu à peu et la mer s'ouvre aux Comoriens qui partent vers les autres îles de l'archipel, et plus loin Zanzibar, Madagascar... Les autres peuvent aussi y venir, en paix, pour commercer ou conquérir.
Il y a très peu de photos des autres villes de Ngazidja, mais quelques-unes ont été prises à Mitsamihuli, Itsandra-Mdjini et Foumbouni.
Encore dans la capitale, Pobéquin a photographié les gens, aristocrates, hommes-libres et servants. Les amateurs d'histoire, passionnés par l'histoire politique de l'archipel pourront enfin mettre un visage sur le nom de Sharif Abdallah, ancêtre de quasiment tous les hommes politiques de Moroni.
Nous ne remercierons jamais assez Sophie Blanchy pour cette heureuse initiative, d'autant qu'elle a permis la numérisation de tout le fonds et que tous les Comoriens peuvent y avoir accès.
Un livre a commander chez l'éditeur KomEdit.
La Grande-Comore en 1898, Photos d'henri Pobéquin, textes de Sophie Blanchy, KomEdit, 2007, 101p.
21:20 Publié dans Extraas | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sophie Blanchy, Pobéquin, Grande-Comore, Ngazidja, KomEdit
16.12.2007
Salim Abderemane n'est plus
Salim Abderemane est décédé jeudi 13 décembre 2007. Il était connu des milieux de la société civile car il était dans tous les combats pour l'unité et l'intégrité des Comores. Je l'ai connu à partir de la fin des années 1990 dans les actions que menaient l'association Fraternité anjouanaise (qui devait devenir Fraternité comorienne) contre les soutiens français et comoriens des séparatistes anjouanais. Nous avons tous les deux été membres fondateurs du Collectif-Comores MasiwaMane.
Auparavant, il avait milité au sein de l'Association des stagiaires et Etudiants Comoriens (ASEC) et du Front Démocratique. C'est dire que dans les réunions il ne lâchait rien quand il s'agissait de défendre ses positions. Mais à la fin de chaque réunion, son sourire était une porte ouverte annonçant les prochaines "nécessaires" discussions et actions.
La dernière image que j'ai de lui, c'est celui d'un grand homme sur un vélo qui s'éloigne dans les rues de Paris.
Il faisait partie de ces aînés qui prennent au sérieux les plus jeunes, qui transmettent leur expérience pour que chacun puisse s'intégrer dans le combat pour l'unité du pays. Et les associations de la société civile viennent de perdre un homme de grande valeur, comme le prouvent les réactions enregistrées dans les différents lieux de discussion.
Veuillez trouver ci-dessous le communiqué publié par le Collectif Comores-MasiwaMane.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nous venons d’apprendre avec une grande émotion le décès, survenu jeudi 13 décembre, de notre compatriote et frère, Salim Abdérémane. Que peuvent les mots pour dire notre peine ? Salim était un militant inlassable du combat pour l’unité et l’intégrité territoriale de notre pays, les Comores. Il a passé une grande partie de sa vie au service de cette cause. Que ce soit au sein de l’Association des étudiants et stagiaires Comoriens (ASEC), du Front Démocratique (FD), du Groupe de Réflexion sur l'Intégrité du Territoire de l'Archipel des Comores (GRITAC), du Collectif Comores MasiwaMane (CCMM) ou du Collectif des Associations et Amis des Comores (CAAC), son objectif était unique : défendre l’unité et l’intégrité des Comores. C'est pourquoi, il avait résolument rejoint le camp des antiséparatistes dès 1997 pour dénoncer ceux qui avaient pris en otage son île natale et semé la zizanie dans la famille comorienne. Sa mémoire et les moments passés avec lui continueront à animer notre combat. C'est le meilleur moyen de lui rendre hommage. Les membres du Collectif Comores-MasiwaMane se joignent aux nombreux militants de la cause nationale pour exprimer à sa femme et à ses enfants leurs condoléances. Bureau du Collectif Comores-MasiwaMane Paris le 14 décembre 2007
10:30 Publié dans Extratemporels | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Salim Abderemane, MasiwaMane
12.12.2007
Quand Boléro insulte le Président de la République
M. Hamada Madi Boléro, ancien ministre du gouvernement putschiste du colonel Azali, président par intérim qui organisé les premières élections présidentielles de l’Union des Comores ayant abouti à un résultat de 100 % des votants pour le colonel Azali (après la découverte de nombeuses fraudes au premier tour) a adressé trois lettres au Président Sambi, élu d’une manière démocratique selon tous les observateurs nationaux et internationaux. Il écrivait dans ce blog il y a quelques jours : « à Mohéli, on n'insulte pas les gens comme ça ». Certes, mais il peut y avoir UNE exception. Voici un florilège des insultes de Boléro envers le Président de la République comorienne dans les deux dernières lettres.
Dans la deuxième lettre (datée du 23 octobre 2007) on peut lire :
- [s'adressant au Président Sambi] « j’avoue que je vous ai répondu « oui » mais je n’avais rien compris sauf qu’effectivement vous divaguiez. »
Selon le Robert, "divaguer" : déraisonner, délirer, et même débloquer.
Boléro voulait-il dire que le Président est un fou ?
- « En politique il n’est jamais trop tard même si vous avez trahi tout le monde, à commencer par ceux qui furent vos amis, ceux qui vous ont soutenus et crus et les promesses utopiques, il est vrai, que vous avez faites. »
Selon le Robert, trahir : vendre un ami (comme Judas a vendu Jesus), abandonner son camp en passant à l’ennemi, tromper…
Boléro veut-il dire que le Président est un « traître » ? On voudrait un peu plus d’arguments, d’autant que lui-même a été affublé du même terme en son temps.
- « Commencer déjà par libérer le seul prisonnier politique que vous avez dans vos prisons. Vous n’avez pas le droit de lui infliger toute votre haine ainsi que celle de certains de vos très proches collaborateurs. »
Selon le Robert, haine : « sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive »
Qu’est-ce qui amène Boléro à dire que le Président est un pervers qui se « réjouit » de faire le mal ? Des faits !
- « Parce que vous donnez trop l’impression de maîtriser tout ; vous vous plaisez en situation victimaire. Bref, vous semblez prendre plaisir pendant que le pays s’écroule »
Mêmes remarques que précédemment.
- « J’ose espérer Excellence Monsieur le Président, que pour cette fois-ci, vous mettrez de côté l’émotion, le mensonge, l’amateurisme, et la haine qui ont toujours caractérisé vos actions jusqu’aujourd’hui et vous agirez pour le bien commun. »
No comment. Mais pour Boléro c’est sans doute une argumentation très développée.
Dans la troisième lettre datée du 15 novembre 2007, Boléro est encore plus virulent contre le Président de la République des Comores :
- « les auteurs du texte publié dans ledit journal N° 1017 du 9 au 15 novembre 2007 et qui n’ont même pas eu le courage de le signer en usant d’une formule beaucoup plus générale « cellule de communication de la présidence », ne sont que les Goebbels de votre despotisme chiite. J’ai compris que la direction du journal en est pour quelque chose. »
Goebbels : Ministre de l’information et de la propagande de Hitler dès 1933. Il mit en place la nazification de l’Allemagne dans les médias, la culture et l’enseignement. C’est le plus fidèle des proches de Hitler, et après le suicide de ce dernier, il se suicide également avec sa femme, après avoir tué ses 6 enfants. Non seulement, il est ignoble que Boléro puisse comparer des Conseillers du Président, à un tel monstre, mais en plus cela revient à dire que leur chef (le Président de la République) est un nouveau Hitler. Est-ce acceptable de la part d’un homme qui a exercé les plus hautes fonctions de l’Etat (même si cela n’a été qu’après un putsch) ?
Selon le Robert, « despotisme » : pouvoir absolu, arbitraire, et oppressif du despote. Dictature, tyrannie. Là c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Voilà un homme qui arrive au pouvoir suite à un coup d’Etat militaire, qui envoie à la poubelle de l’Histoire la Constitution de l’Etat et met en place une charte constitutionnelle qui n’a jamais été approuvée par les Comoriens, qui règne pendant 7 ans sans jamais rendre de compte et qui traite un président élu démocratiquement d’être un tyran !
- « Alors, Monsieur le Président, sachez que si Anjouan est aujourd’hui dans l’état que vous qualifiez de « rébellion », c’est en grande partie à cause des hommes et des femmes comme vous qui avez lâchement déserté la capitale fédérale, qui avez fui l’Etat après avoir joui de ses largesses, qui avez trahi leurs responsabilité s, bien que vous étiez un « élu » du peuple pour profiter d’une situation d’illégalité totale en laissant les populations des autres îles dans la misère, dans l’incompréhension voire dans le désarroi. »
Que comprendre d’une telle phrase ? Presque rien : un coup classique d’un opposant contre le Président. Mais, on lit bien que Boléro traite le Président d’être un « lâche ».
- « Je vous rappelle en passant que mon île natale Mohéli fut la première avant même Mayotte à déclencher un mouvement séparatiste, et pourtant, l’éducation qui nous a été inculquée par nos parents, a permis à certains d’entre nous de prendre leurs responsabilités pour combattre le séparatisme pour que Mohéli réintègre son Ensemble naturel. »
En disant que l’éducation donnée aux Mohéliens leur a permis d’être des Unionistes, l’ancien Premier Ministre, Boléro, dit clairement au Président que parce qu’il est Anjouanais, il n’a pas pu recevoir la même éducation. Il ne se rend même pas compte qu’ainsi, il insulte tous les Anjouanais. Pire, il veut être élu président de la République en 2010, mais se permet de dire aux autres que les Mohéliens sont les seuls à avoir une éducation.
- « Si vous en doutez, demandez-le à certains dans votre horde de courtisans et d’opportunistes qui sont devenus subitement aujourd’hui « unionistes » pour l’occasion comme vous, alors qu’hier, ils ont trahi leur patrie. »
Selon le Robert, « courtisan » : Personne qui cherche à plaire aux puissants, aux gens influents par des manières obséquieuses, flatteuses. Selon le Robert, « opportunistes » : personne qui ne tient compte d’aucun principe.
Les conseillers et fonctionnaires du Président de la République appréciéront. Quelle ingratitude de la part d’un ancien Premier ministre ! Je me suis laissé dire que certains d'entre eux, comme M. Saïd Ahmed, chargé de la communication à la présidence, ont servi le même Boléro et Azali au même poste ! Voilà qu'ils se voient maintenant comparés à un nazi et traités de "courtisans" !
- « Je vous le dis car contrairement à vous, Mohéli ne fera pas la chasse aux sorcières. Elle n’humiliera personne, même si vous avez fait beaucoup de mal et continuez à le faire avec votre haine viscérale et gratuite et vos complexes injustifiés. »
Comment comprendre cette juxtaposition « … vous, Mohéli », si ce n’est encore une fois une opposition Anjouan-Mohéli, juste pour dire que Mohéli fera mieux qu’Anjouan ! Quelle honte ! C’est une insulte envers tous les Anjouanais. Cette opposition entre Mohéli et les autres îles, on ne la retrouve chez aucun des grands leaders mohéliens (Mohamed Hassanaly, Mohamed Fazul, Dhoifir Bounou, Abdou Djabir, Saïd Mohamed Fazul…). Uniquement chez celui qui s’est auto-octroyé la médaille d’or de l’unioniste alors qu’il a toujours traité avec bienveillance tous les ennemis du pays, et particulièrement les séparatistes d’Anjouan et de Ngazidja.
- « Je vous le dis parce que je ne suis pas sûr que vous imaginiez un seul instant le traumatisme que vos actions contre la population anjouanaise comme vous, va engendrer. Vous l’auriez fait à Mohéli, je vous assure que vous l’auriez regretté longtemps. Puisque c’est chez vous, faites-le et bonne appétit. »
C’est la même rengaine d’opposition entre Mohéliens et Anjouanais. La nouvelle version c’est qu’Anjouan peut laisser le Président Sambi faire n’importe quoi dans l’île, mais s’il fait la même chose à Mohéli, les Mohéliens le lui feront regretter ! Rien que cela !
- « Ce n’est pas tout Monsieur le Président puisque vos Goebbels ont cru bon de raconter du n’importe quoi. »
A croire que cet homme est fasciné par les méthodes hitlériennes, à tel point qu’il voit des Goebbels partout.
- « Pourquoi tenez-vous tellement à faire la guerre jusqu’à mentir aux comoriens au lieu de leur dire la vérité sur vos intentions de faire la guerre pour imposer votre vision ? Peut-être pour imposer une monarchie théocratique avec des Madjlisses à l’iranienne ? »
Boléro finit ainsi par accuser le Président de la République de vouloir installer une « monarchie théocratique ». A partir de quels faits ? Il n’a pas besoin d’apporter des faits ni des arguments. C’est cela qui s’appelle de la diffamation.
Je ne suis pas un partisan de Sambi. J’ai souvent critiqué les décisions de ses proches ces dernier temps, notamment en ce qui concerne la question de Mayotte. Mais, j’ai voulu démonter ici l’imposture d’un homme qui a régné pendant sept ans dans une sorte de dictature qui ne disait pas son nom et qui maintenant voudrait faire la leçon à un homme qui a l’avantage d’avoir été élu pour exercer son mandat. Et comble de tout cela, lorsqu'on veut faire un petit bilan, certes partisan, de son action, il oublie tout ce qu'il a écrit contre ses adversaires politiques et joue la vierge effarouchée en déclarant : "Au secours, on m'insulte !" Non, c'est uniquement de la politique.
20:00 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Boléro, Hamada Madi, Comores, Sambi, Azali
03.12.2007
Le Boléro nouveau est arrivé !
Comme souvent, après un an de pouvoir, les lettres ouvertes au Président de la République ont succédé aux lettres de félicitations accompagnées de CV ou cartes de visites. Beit-Salam reçoit actuellement de nombreuses lettres, plus ou moins "ouvertes" ou "confidentielles". Il ne s'agit plus de laisser entendre qu'on serait prêt éventuellement à occuper toute place vacante "pour l'intérêt de la nation", bien sûr, mais de laisser des traces pour pouvoir un jour dire : "je l'avais dit dans une lettre ouverte que j'ai adressée au Président Sambi... il ne m'a pas écouté" pour expliquer la défaite de ce dernier. Chacun des expéditeurs est persuadé d'être le plus original, le plus porteur de vérité et pour cela, le président ne peut manquer de porter une attention particulière à sa lettre.
La lettre ouverte aux puissants, qui se réduisent souvent au Président de la République et à ses proches, est un exercice très prisé dans nos contrées. Il n'a souvent qu'un seul objectif : non pas convaincre mais témoigner pour l'avenir, si ce n'est se décharger d'une trop pleine émotivité.
Hamadi Madi, plus connu sous le nom de Boléro, ancien Premier Ministre des Comores, a envoyé récemment sa troisième lettre au Président de la République. Elle est en fait une réponse à la réponse de la deuxième lettre par une obscure "cellule de communication" de la Présidence. Il faut dire que cette fameuse "cellule" a de curieuses manières de répondre à la lettre d'un opposant politique. Répondait-elle au nom de la Présidence ou au nom du parti présidentiel ? Difficile de faire la part des choses, mais cette réponse traduit bien le flou et l'improvision des gens qui se trouvent autour du Président. Des enfants qui n'ont toujours pas pris la mesure de leurs responsabilités à l'égard du Président de la République et de la nation comorienne. Des enfants, puissants, orgueilleux, pleins de morve, qui viennent de recevoir un jouet et qui se moquent de tout ce qui se passe autour d'eux. Ils ne prennent donc pas au sérieux la lettre de Boléro et se contentent de lancer quelques piques comme on le ferait dans un blog très partisan. Leurs erreurs permettent à des gens de la trempe de Boléro et Mohamed Bacar d'avoir le beau rôle et ils finiront par les aider à enterrer définitivement notre pays.
Boléro, lui-même, s'amuse sur internet, à coups de révélations (quelques fois de secrets d'Etat), il met mal à l'aise les partisans de Sambi et donne plus ou moins discrètement la voie à suivre aux partisans du séparatiste Mohamed Bacar, tout cela accompagné de sermons très moralisateurs. Vous aurez compris : l'homme ne chôme pas en banlieue parisienne ! Il occupe son temps et il en a beaucoup. Il pose des jalons pour l'avenir en essayant de sauver son image (d'autrefois ?).
En lisant sa deuxième lettre au Président Sambi, on pourrait se tromper car il répète à plusieurs reprises que le Président Azali lui a appris qu'il "ne faut jamais insulter l'avenir". Foutaise ! Ou simplement nouvelle tentative de séduction du colonel Azali (et donc de la CRC), deux ans avant les élections présidentielles qui devraient débuter à Mohéli. En vérité, cette expression fait partie de la marque de fabrique du même Boléro depuis longtemps, avant même sa rencontre avec le putschiste. Ainsi, par exemple, dans Alwatwan n°406 (11 avril 1996), il répondait à une interview :
"Il ne faut jamais insulter l'avenir. Notre pays est plein de ressources, de dynamisme endormi, d'un optimisme blessé, d'une volonté étouffée. L'avenir est prometteur parce qu'il appartient à ces 63% de jeunes de moins de 25 ans. Mais il est vrai que le présent est inquiétant parce que l'Etat n'a plus d'autorité. Il n'organise pas la société et ne protège pas le citoyen. Il est l'instrument exclusif au service d'intérêts particuliers..."
Que c'est beau tout cela ! Depuis, notre ami Boléro a frôlé les plus hauts sommets de l'Etat (il a même été chef de gouvernement et nommé Président par intérim par son ami Président par coup d'Etat) avant de dégringoler, incapable de se faire élire simple député à Mwali, malgré les moyens mis par le pouvoir en place. Pourtant, ces quelques mots sont encore plus vrais aujourd'hui après neuf ans de pouvoir Azali-Boléro. Il n'a pas fait avancer d'un pouce l'autorité de l'Etat. Il a illusionné les "unionistes" sur le règlement de la crise séparatiste et a fortifié la personnalisation de l'Etat. C'est cet homme qui aujourd'hui voudrait venir nous faire la morale ? A d'autres.
La deuxième lettre de Hamada Madi dit Boléro au Président Sambi est datée du 23 octobre dernier. Cette fois, ce n'était peut-être pas une lettre ouverte puisqu'aucun des "privilégiés" qui l'ont reçue dans leurs boites emails ne l'a publiée et aucun n'en a fait allusion. Tant mieux ! Je serais le dernier à la publier.
Bien qu'il prévienne dès la deuxième ligne qu'il s'adresse au Président "très respectueusement", cette lettre paraît encore plus prétentieuse que la première. En effet, il n'hésite pas à dire au Chef de l'Etat qu'il divague, qu'il ment, qu'il est haineux, orgueilleux... autant de qualificatifs qu'on pourrait, sans mal, retourner au Boléro qui a pris le pouvoir avec Azali et Aboudou Soef par un putsch en avril 1999 sous le prétexte fallacieux d'"interposition" alors qu'ils avaient organisé eux-mêmes de fausses manifestations contre les Anjouanais de Moroni. Ce Boléro qui voulait tout savoir, tout contrôler à tel point que si j'en crois un responsable militaire de la capitale, il passait ses nuits sur internet à repérér qui était qui dans la diaspora et à attendre les dépêches des polices internationales pour savoir quel Comorien a fait quoi à l'extérieur. Un travail qui paie aujourd'hui qu'il a investi l'internet et qu'il se prépare à publier ses mémoires. Il connaît déjà tous ceux qui refont le monde (ou plus humblement les Comores) depuis des années sur internet.
Comme les hommes politiques ont la mémoire courte ! surtout quand ils ne sont plus au pouvoir !
Il apprend ainsi au Président Sambi qu'il ne souhaite pas se "soustraire à des probables erreurs commises" dans ses "fonctions honorables". "Probables" ? C'est beau. A-t-il oublié qu'il a quitté son pays, qu'il s'est soustrait à la justice de son pays (en naviguant d'île en île en kwasa-kwasa jusqu'à Mayotte si on en croit Radio Cocotier) pour une malheureuse "table basse" ? Que peut-on penser d'un responsable politique qui a exercé le pouvoir dans les plus hautes sphères de l'Etat et qui fuit son pays et s'exile parce qu'il a peur d'avoir à s'expliquer sur un litige aussi mince ?
Dans ce même domaine de la justice, il réclame au¨Président la "libération du seul prisonnier politique" qu'est pour lui Aboudou Soef, ancien Ministre des Affaires étrangères et Directeur des Hydrocarbures. Bravo Monsieur Boléro, mais c'est un peu tard pour un ami de dix ans. Nous sommes de plus en plus nombreux, simples citoyens, qui n'avons jamais eu aucun rapport avec Aboudou Soef, qui n'avons jamais fait de coup d'Etat avec lui, à réclamer le jugement de cet homme ou sa libération pure et simple. Mais venant de Boléro une telle demande est plutôt surprenante car j'aimerais lui rappeler aussi que nous étions nombreux à lui demander la libération du journaliste Cheikh Ali, qu'il accusait de tentative d'atteinte à la surêté de l'Etat, qu'il a fait enfermer pendant plusieurs mois dans le camp militaire de Mdé sans jamais apporter la moindre preuve de sa culpabilité et sans jamais le faire juger. Comme cela peut paraître loin aujourd'hui que Boléro n'a plus le pouvoir ! Qu'il se rassure, nous serons encore nombreux à exiger sa libération s'il devait aller en prison juste parce qu'il aurait égaré uniquement une "table basse" appartenant à l'Etat !
Doit-on oublier, si facilement que c'est à ce monsieur que nous devons ce concept qui a perverti nos esprits, ce concept de "citoyenneté de l'île". Il y a de quoi s'esclaffer quand on voit qu'aujourd'hui il se fait passer pour un combattant de l'unité des Comores.
Doit-on encore oublier que c'est à ce Monsieur que l'on doit la remise à la justice française des mercenaires, qui n'étaient pas tous français, qui ont fait une "vraie" tentative de coup d'Etat aux Comores, mercenaires tous aujourd'hui en liberté ? Pour quels intérêts obscurs ? C'est ce Monsieur qui aujourd'hui fait la leçon au gouvernement de Mohamed Sambi. On aura tout vu dans ce pays. Un putschiste faisant la morale a un élu.
N'est-ce pas sous le régime qu'il a "servi honorablement" que des maisons de citoyens ont été détruites dans des conditions qui restent encore mystérieuses pour le simple Comorien, et dans tous les cas après des décisions extra-judiciaires ?
La liste des méfaits de cet homme et du régime qu'il a servi est trop longue (où est passé l'argent du "269", accord secret sur la question de Mayotte...). On peut comprendre qu'à l'approche du "tour de Mohéli", il désire se refaire une virginité politique, mais tout de même... un peu de pudeur.
J'approuve le fait que Boléro demande au Président de la République de s'adresser à la nation pour faire son mea-culpa. J'en profite également pour lui dire que nous sommes nombreux à attendre le sien et celui du colonel Azali car si nous sommes dans la situation actuelle c'est surtout parce qu'ils ont cru qu'on pouvait mettre un pansement sur la gangrène séparatiste. Il n'est jamais trop tard dit-il dans sa lettre.
Si j'avais un conseil à donner aux hommes du régime actuel, quelle que soit la "cellule" dans laquelle ils se trouvent, c'est justement de prendre à contre-pied les préconisations de Boléro. Mais malheureusement, ils sont en train de mener la même politique à propos de Mayotte et il faut craindre qu'ils n'arrivent bientôt à promouvoir l'idée d'une conférence intercomorienne sensée résoudre la crise séparatiste et qui n'aboutirait qu'à renforcer les séparatistes.
22:10 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Bolero, Hamada Madi, Comores, Azali, Sambi, lettres ouvertes

