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20.11.2007
Traduction de sourates du Coran
La couverture de ce livre ressemble un peu au Kurassa de notre enfance, à ce petit recueil de sourates du Coran sur lequel nous apprenions à lire l'arabe et les premières prières. Du par coeur, rien que du par coeur. De gré ou de force et le bâton venait à bout de notre fainéantise.
Mon ami Mohamed Saïd Assoumani est un homme modeste et discret. Un de ces hommes qu'on écouterait à longueur de journée dès qu'il se mette à parler de leur passion.
Il a publié aux éditions Mansafara, un peu avant l'été dernier un petit livre qu'il a intitulé Alhamdu, Yasini, Idha Wakaâ avec comme sous titre en comorien Dauzo la maelezo, autrement dit : Les sourates l'Ouverture, Ya Sin, L'Evenement (Essai de traduction).
Il s'agit de la traduction de trois sourates fondamentaux pour le croyant comorien puisqu'il les récite à de nombreuses occasions. Mais, ce n'est pas seulement, comme on l'a fait jusqu'à maintenant, une traduction de l'arabe vers le français. Mohamed y a ajouté également une traduction en comorien.
Son livre, en plus d'être utile au pratiquant musulman comorien est aussi une manière de mettre en avant la langue de l'archipel des Comores et de montrer sa richesse dans ce pays où l'on confond trop souvent la religion et la langue arabe et où nombreux sont ceux qui croient, comme à la magie, que sans la prononciation des prières en arabe, Dieu ne la prend pas en compte. C'est pour dire qu'il n'y a pas de débat, aux Comores, sur la récitation des prières en arabe ou en comorien, comme il a eu lieu autrefois en France, entre le latin que plus personne ne comprenait et le français, langue de tous les jours, et surtout du peuple.
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai relu ces prières que je connais depuis mon enfance, cette fois en comorien. Comme dans les chansons populaires comoriennes, particulièrement le twarab, on y découvre une poésie entrainante. Et moi qui est loin d'être un grand spécialiste du shikomori, j'ai tout compris.
Ainsi, le "Ya Sin" qu'on lit à toute occasion sans y comprendre grand-chose (car on est toujours aux temps de la récitation que ce soit dans la religion ou dans l'enseignement) s'est révélé à moi, non pas tant comme une prière dans laquelle les hommes demandent à Dieu de préserver d'autres hommes ou de les accueillir dans son paradis, mais surtout comme un avertissement : Ili utahadharishe wandru ikao ("Pour que tu avertisses un peuple").
En lisant cette traduction de Mohamed Saïd Assoumani, je me suis dit : c'est dommage de lire le "Ya Sin" devant le corps d'un mort ou sa tombe, car comme il est déjà mort, l'avertissement ne lui sert à rien.
Quant à la sourate "Al-Waqia", à propos des "élus" qui pourront entrer au paradis, il y est dit que parmi les "réjouissances" dont ils pourront bénéficier, il y aura : wana-washe wa matso mahu ya wandza ("des belles aux grands yeux").
Je ne discuterai pas du canon de la beauté féminine éléborée par nos ancêtres arabes du Moyen-âge, mais je me demande si, après s'être bien comporté pendant toute sa vie ici bas, là-haut, on peut avoir des femmes aux petits yeux (des asiatiques par exemple), et si quand on est une femme et qu'on arrive au paradis après tant de misères vécus (plus que les hommes), on peut ne pas avoir des belles aux grands yeux et avoir un véritable choix que celui qui sied aux hommes ?
Je ne devrais pas plaisanter autant avec des choses aussi sérieuses. Mais tout de même... on peut se poser des questions.
En refermant le livre, j'ai compris un peu pourquoi dans notre enfance et même après, on nous demande seulement d'apprendre par coeur les sourates sans les comprendre. Imaginez toutes les questions qu'on aurait à poser à nos maîtres si tout cela était en langue vernaculaire. Mais partout, il y aurait débat sur toute la conception que la société comorienne (pas seulement elle, il est vrai) a de la religion et sa façon de vivre l'Islam. Je ne parle même pas des rires des enfants.
J'espère que Mohamed Saïd Assoumani aboutira dans la thèse qu'il a entreprise à l'Université Paris 3 sur la traduction du Coran en langue comorienne car cela pourrait être utile à la façon que nous avons d'appréhender la religion musulmane mais aussi de concevoir une société du dialogue. Mais comme c'est un homme sérieux et travailleur, il n'y a pas de raison qu'il n'aboutisse pas.
00:55 Publié dans Extraas | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Assoumani, Coran, livre, Comores, Islam
05.11.2007
Mutsa ma rebelle
En ce temps d'inquiétudes, j'aime à me rappeler ce poème de l'écrivain Abouboucar Saïd Salim que j'admire pour ses écrits :
Mutsa ma rebelle
Est-ce bien toi Mutsa ?
Ces cris de haine
Ces roquettes qui guettent
Ces drapeaux étranges
Hissés au rebours de l'histoire ?
Est-ce bien toi mon amour
Qui par ton jasmin étouffé
Par ton « chiromani » étranglé
Par tes yeux assassinés
Celui qui t'aimait et que tu aimais ?
Est-ce bien toi Ranastam
qui transformes la musique
De ton nom, en une cacophonie
fatale. Contre celui qui hier encore
Te murmurait à l'oreille ?
Le poète aura-t-il toujours raison
Qui parlait déjà de “ton impossible amour”
Avant même ce « Ntrimba » diabolique
Où tu demandes en guise de « trembo »
Le sang de tes frères ?
Et toi Saturne ! cannibale lugubre
Crois-tu que les cadavres de tes enfants
Feront repousser l'or et l'argent
Sur les champs stériles de la haine ?
Tu m'as déçu Mutsa, mais
un soir on se retrouvera
Au clair de lune comme jadis
Et je te pardonnerai et tu me pardonneras
Les comptes réglés, et la balance équilibrée
17:28 Publié dans Extraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mutsamudu, Comores, poeme, Aboubacar Said Salim, litterature
04.11.2007
Le chef de l'Exécutif de Ngazidja dans le filet des séparatistes anjouanais
Un sage homme, L'abbé Lhomond a écrit un livre aujourd'hui inconnu, que je n'ai jamais ouvert, bien que j'ai des raisons de m'intéresser aux biographies et bien que dans ma jeunesse, pour faire l'intéressant, j'ai souvent cité, en latin et en français, la phrase la plus célèbre qui en est issue. Le livre s'appelle De viris illustribus urbis Romae a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste). La phrase aurait été prononcée par César, le conquérant de la Gaule, qui, tombant sous les coups d'épées de ses adversaires politiques, en plein sénat en 44 avant JC, et aperçevant parmi ses assassins celui à qui il avait construit un avenir politique et qu'il avait toujours considéré comme son fils, Brutus, se serait écrié : "Tu quoque mi fili" ("Toi aussi mon fils").
C'est à ce genre de drame que la classe politique comorienne semble vivre, lorsque, revenant à la Grande-Comore, le Président de la République Mohamed Sambi a déclaré : "C'est un coup de poignard dans le dos", à propos du voyage effectué par le chef de l'exécutif de Ngazidja, qu'il a d'abord nommé comme chef de cabinet, chargé de l'armée, avant de lui faire remporter les élections dans l'île, en lui apportant la logistique et les finances qu'il n'avait pas.
Il est étonnant que dans la conférence donnée par le chef de l'Exécutif de Ngazidja pour s'expliquer, un journaliste (?) ou un partisan (puisqu'il avait pris le soin d'inviter un millier de partisans pour venir l'applaudir) ait interprété cette phrase comme une accusation contre tous les habitants de la Grande-Comore, qui auraient ainsi été traités de lâches. En réalité, je pense que le Président de la République faisait appel à des sentiments personnels et laissait entendre que, vues les relations qu'il entretenait avec Abdouloihabi, il ne s'attendait pas à ce que ce dernier aille discuter avec son adversaire (et accessoirement l'adversaire de l'Etat comorien) et ainsi le reconnaître comme "président" d'Anjouan, sans même lui en parler auparavant. Il dénonçait ainsi une trahison, une lâcheté non de tous les Grand-Comoriens, mais de son ami.
Cela montrait aussi qu'il commence à découvrir Abdouloihabi, qu'il connaissait un peu autrefois, mais qui s'est imposé pendant la campagne de Sambi, essentiellement dans la diaspora, puis à partir du deuxième tour dans la mouvance présidentielle, et dernièrement dans le parti présidentiel en construction.
Pour paraphraser une femme politique, elle-même trahie, je poserais la question : qui connaît Mohamed Abdouloihabi ? Bien qu'il ait eu des fonctions au sein de l'Etat comorien, en dehors de quelques amis, peu de gens le connaissent réellement. Mais, le peu que j'ai pu observer du comportement de l'homme ces derniers temps, je dirais qu'il s'agit d'un ambitieux prêt à toutes les contorsions.
Ces derniers temps, la fusion des visions entre les deux hommes était telle que que lorsqu'on m'a dit qu'au lendemain de l'annonce des sanctions envisagées par l'Union africaine contre les rebelles d'Anjouan, Mohamed Abdouloihabi s'était rendu dans l'île pour rencontrer (et ainsi reconnaître) Mohamed Bacar, j'ai tout de suite dit : cela n'a été possible que si Sambi l'a voulu. Je restais perplexe quant à la stratégie suivie. Je me suis complètement trompé. Abdouloihabi venait de sortir son couteau, et contrairement à ce que dit le Président Sambi, ce n'est pas sur son dos qu'il l'a planté, mais sur celui de l'Etat comorien, encore une fois. Mais cela, ce n'est qu'un détail.
Abdouloihabi était Ministre des Affaires Etrangères au moment ou Bob Denard accomplissait son dernier coup d'Etat. Quelqu'un l'a-t-il entendu se plaindre du fait que son Président a été amené, contre son gré dans un pays étranger et qu'il a été maintenu plusieurs mois ? S'est-il plaint auprès des autorités françaises qui accomplissait cet illégal ? Vous me direz qu'il n'a pas été seul, et c'est là le drame. En 1999, lors du coup d'Etat du colonel Azali, il saute le pas, et se met au service des putschistes, lui, un juriste. Il n'était pas le seul, et c'est là le drame. Avec un autre juriste, Nouroudine Abodo, ils rédigent la Charte constitutionnelle qui allait mettre bas la Constitution comorienne à la faveur des putschistes.
Quelques années après, il part en France, dans les associations marseillaises, il se fait une virginité politique, condamne discrètement le régime d'Azali, joue la victime, celui qui aurait été trahi - mais quand on trahit son pays, peut-on s'attendre à moins que cela ?
Vient alors le début de la campagne présidentielle de 2006. On le voit assister à des réunions du Comité de Caambi Elyachroutu, puis finalement adopter le candidat Sambi. La suite, son implication au sommet du pouvoir actuel, la manière dont il a remporté les élections de l'île de Ngazidja, tout le monde la connaît.
Reste maintenant à découvrir qui est vraiment Abdouloihabi. Un ambitieux prêt à tout ou un patriote.
15:40 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Abdouloihabi, Ngazidja, politique, Sambi, Anjouan
01.11.2007
La grosse tête
Hier le gouvernement français s'est rendu en Corse pour y tenir le Conseil des Ministres décentralisé, à grand renfort de policiers et militaires chargés de la protection du président Sarkozy et des ministres.
Je parlais dans mon dernier post de l'effet inverse que peut produire une intention de communiquer. C'est un cas d'école. Le président français a voulu montrer que la Corse c'est une portion de territoire français comme une autre et les moyens mobilisés dépassant l'entedement, il a donné la preuve que la Corse n'est peut-être pas une région française (comme une autre).
1500 fonctionnaires pour la sécurité des ministres, soit près de 60 pour chacun. Une ville Ajaccio, dont le centre est investi par les forces de l'ordre, où les gens ne peuvent pas circuler normalement, des nationalistes qui affrontent les CRS... Une petite minorité de Corses mais aussi l'inflation des moyens ont construit une image, une image d'Epinal certes, mais une image qui s'installe tranquillement dans les têtes en ce long week-end de la Toussaint pendant lequel les esprits sont en repos et prêts à recevoir les informations les plus diverses : sommes-nous vraiment en France quand le même président qu'on a vu une semaine auparavant dans une usine, au milieu d'ouvriers syndicalistes hostiles en région parisienne, s'entoure d'autant de militaires pour pouvoir faire une réunion dans un immeuble fermé et gardé ?
Le plus étonnant c'est qu'à une question d'un journaliste sur les moyens colossaux utilisés pour acheminer les Ministres et les protéger, le porte-parole du govuernement, je crois que c'était Laurent Wauquiez, n'a pas hésité une seconde et reprenant la rhétorique du Président de la République qui commence à devenir usée, s'est exclamé (citation approximative, d'où l'absence de guillemets) : nous ne nous cachons pas derrière notre petit doigt (en réalité "nos petits doigts", entendu : ceux des membres du gouvernement), il a fallu des moyens. Mais j'aurai pu aussi rester dans mon bureau et on aurait vu comment la République peut marcher.
Il parait que sa tête s'est mise à enfler à ce moment-là.
Il se trouve que dans moins de quinze jours une autre catégorie de la population va essayer de montrer à Monsieur Wauquiez dans quelle direction il doit marcher pour que la République ne se prenne pas le pied dans le tapis rouge d'un bureau du gouvernement.
17:45 Publié dans Extraterrestres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Wauquiez, conseil des ministres, gouvernement français, Ajaccio, Corse

