04.11.2007

Le chef de l'Exécutif de Ngazidja dans le filet des séparatistes anjouanais

Un sage homme, L'abbé Lhomond a écrit un livre aujourd'hui inconnu, que je n'ai jamais ouvert, bien que j'ai des raisons de m'intéresser aux biographies et bien que dans ma jeunesse, pour faire l'intéressant, j'ai souvent cité, en latin et en français, la phrase la plus célèbre qui en est issue. Le livre s'appelle De viris illustribus urbis Romae a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste). La phrase aurait été prononcée par César, le conquérant de la Gaule, qui, tombant sous les coups d'épées de ses adversaires politiques, en plein sénat en 44 avant JC, et aperçevant parmi ses assassins celui à qui il avait construit un avenir politique et qu'il avait toujours considéré comme son fils, Brutus, se serait écrié : "Tu quoque mi fili" ("Toi aussi mon fils").

C'est à ce genre de drame que la classe politique comorienne semble vivre, lorsque, revenant à la Grande-Comore, le Président de la République Mohamed Sambi a déclaré : "C'est un coup de poignard dans le dos", à propos du voyage effectué par le chef de l'exécutif de Ngazidja, qu'il a d'abord nommé comme chef de cabinet, chargé de l'armée, avant de lui faire remporter les élections dans l'île, en lui apportant la logistique et les finances qu'il n'avait pas.

Il est étonnant que dans la conférence donnée par le chef de l'Exécutif de Ngazidja pour s'expliquer, un journaliste (?) ou un partisan (puisqu'il avait pris le soin d'inviter un millier de partisans pour venir l'applaudir) ait interprété cette phrase comme une accusation contre tous les habitants de la Grande-Comore, qui auraient ainsi été traités de lâches. En réalité, je pense que le Président de la République faisait appel à des sentiments personnels et laissait entendre que, vues les relations qu'il entretenait avec Abdouloihabi, il ne s'attendait pas à ce que ce dernier aille discuter avec son adversaire (et accessoirement l'adversaire de l'Etat comorien) et ainsi le reconnaître comme "président" d'Anjouan, sans même lui en parler auparavant. Il dénonçait ainsi une trahison, une lâcheté non de tous les Grand-Comoriens, mais de son ami.

Cela montrait aussi qu'il commence à découvrir Abdouloihabi, qu'il connaissait un peu autrefois, mais qui s'est imposé pendant la campagne de Sambi, essentiellement dans la diaspora, puis à partir du deuxième tour dans la mouvance présidentielle, et dernièrement dans le parti présidentiel en construction.

Pour paraphraser une femme politique, elle-même trahie, je poserais la question : qui connaît Mohamed Abdouloihabi ? Bien qu'il ait eu des fonctions au sein de l'Etat comorien, en dehors de quelques amis, peu de gens le connaissent réellement. Mais, le peu que j'ai pu observer du comportement de l'homme ces derniers temps, je dirais qu'il s'agit d'un ambitieux prêt à toutes les contorsions.

Ces derniers temps, la fusion des visions entre les deux hommes était telle que que lorsqu'on m'a dit qu'au lendemain de l'annonce des sanctions envisagées par l'Union africaine contre les rebelles d'Anjouan, Mohamed Abdouloihabi s'était rendu dans l'île pour rencontrer (et ainsi reconnaître) Mohamed Bacar, j'ai tout de suite dit : cela n'a été possible que si Sambi l'a voulu. Je restais perplexe quant à la stratégie suivie. Je me suis complètement trompé. Abdouloihabi venait de sortir son couteau, et contrairement à ce que dit le Président Sambi, ce n'est pas sur son dos qu'il l'a planté, mais sur celui de l'Etat comorien, encore une fois. Mais cela, ce n'est qu'un détail.

Abdouloihabi était Ministre des Affaires Etrangères au moment ou Bob Denard accomplissait son dernier coup d'Etat. Quelqu'un l'a-t-il entendu se plaindre du fait que son Président a été amené, contre son gré dans un pays étranger et qu'il a été maintenu plusieurs mois ? S'est-il plaint auprès des autorités françaises qui accomplissait cet illégal ? Vous me direz qu'il n'a pas été seul, et c'est là le drame. En 1999, lors du coup d'Etat du colonel Azali, il saute le pas, et se met au service des putschistes, lui, un juriste. Il n'était pas le seul, et c'est là le drame. Avec un autre juriste, Nouroudine Abodo, ils rédigent la Charte constitutionnelle qui allait mettre bas la Constitution comorienne à la faveur des putschistes.

Quelques années après, il part en France, dans les associations marseillaises, il se fait une virginité politique, condamne discrètement le régime d'Azali, joue la victime, celui qui aurait été trahi - mais quand on trahit son pays, peut-on s'attendre à moins que cela ?

Vient alors le début de la campagne présidentielle de 2006. On le voit assister à des réunions du Comité de Caambi Elyachroutu, puis finalement adopter le candidat Sambi. La suite, son implication au sommet du pouvoir actuel, la manière dont il a remporté les élections de l'île de Ngazidja, tout le monde la connaît.

Reste maintenant à découvrir qui est vraiment Abdouloihabi. Un ambitieux prêt à tout ou un patriote.

Commentaires

Je me souviens d'une époque où on louait l'intégrité de cet homme, à peu près le seul magistrat de ce temps qu'on ne pouvait pas soupçonner de corruption. On disait même qu'il avait refusé un portefeuille ministériel. Jusqu'à ce que... lors des luttes intestines qui déchiraient le palais de justice à l'époque, il se range aux côtés de la branche la plus corrompue du palais.

Certains attribuent ses changements à la présence de son épouse, je n'irais pas jusque là, ne la connaissant pas. On dit aussi que lors de son passage au FNJ, il était quasiment le seul francophone intellectuellement et culturellement mature.
De là, à s'imaginer un destin national!
Cependant, l'hypothèse selon laquelle il aurait pu enfin prendre la mesure de Sambi et constater ses insuffisances demeure, ce qui l'aurait conduit à utiliser ce dernier pour voler de ses propres ailes.
La seule conclusion que l'on puisse en tirer, c'est sans doute que pour lui, la fin justifie les moyens! Mais qu'elle est la fin?

Ecrit par : ZAID | 05.11.2007

Je me demande aussi quel est vraiment son objectif, au-delà de ce qu'il a bien voulu dire aux journalistes et à ses supporters à Ngazidja. Parce que ce n'était que de la com', bien maladroite d'ailleurs.
Je ne crois pas qu'il faut continuer à négocier l'unité du pays avec des gens de l'acabit de Bacar, Salim Jaffar, Ibrahim Halidi, Abdou Madi et même Caambi. Mais si Abdouloihabi pense qu'il faut le faire, et à la place où il est, il peut faire beaucoup plus qu'un déplacement suivi d'une conférence de presse. Il faut qu'il dise clairement aux Comoriens quel a été son objectif en se rendant à Anjouan, qu'est-ce qu'il entend faire maintenant qu'il a discuté avec Bacar, quelles sont les possibilités de sauver l'unité du pays en lui évitant des affrontements entre Comoriens, etc. Il ne peut pas retourner dans le silence en attendant que les gens oublient ce qu'on est en droit, vue sa réaction, de qualifier de bourde. Pourtant, j'ai bien peur qu'il attende maintenant l'intervention de l'AND à Anjouan. Son comportement ces dernières années plaide pour ce scénario. Si l'intervention de l'AND réussit et que Mohamed Bacar est envoyé en prison, il pourra dire qu'il a tenté la réconciliation et si elle échoue, il pourra dire qu'il était opposé à ce débarquement et a tenté de l'éviter. S'il ne s'engage pas plus, dans tous les cas, il se fera passer pour un héros, sans risque...

Ecrit par : mib | 05.11.2007

Je ne partage pas vos avis sur ce voyage, car ils sont empreints plus de parti pris que d’analyse basée sur le rôle de Sambi et d’Abdulwahab face à Mohamed Bacar et le séparatisme: On va sûrement tirer par les cheveux, mais quand même, de quoi est-il question que du déplacement d’un élu comorien sur une partie du territoire comorien ; il me semble que Larifou l’a déjà fait personne n’en a parlé dans des termes aussi accusatoires. Larifou a été interpellé à sa descente d’avion, personne n’en a parlé dans les termes de la « nasse séparatiste ».En d’autres circonstances MIB a défendu comme moi Larifou sur sa prétendue « chrétienneté » et sur ces démêlées avec le fisc français.
Personnellement, je n’ai aucune affinité avec Larifou. J’ai rétabli une certaine vérité qui doit être sans cesse mise en avant, dès lors que cela peut servir la politique !

Pour quelle raison alors, moi (anti séparatiste et anti Bacar), je n’irai pas à Anjouan, parce qu’un président dont on connaît ou ignore les dispositions patriotiques (maore) et démocratiques (les faits sont là), discourt sur ce voyage à posteriori (« le poignard dans le dos »).
Une condamnation se serait justifiée si concertation des entités autonomes avait lieu avant, pour des mesures nationales de retorsion concertées avec le gouvernement; or, que se passe-t-il ?
Le président seul et son cabinet claquent les doigts et tout le monde doit suivre?
Que le gouvernement de Ngazidja pèche en matière de communication, cela ne fait aucun doute.Mais,entre communiquer toujours, pour faire n'importe quoi, et agir pour communiquer après, le plus important reste la teneur des objectifs recherchés et leur orientation dans la dissolution de la crise.

Je pense que le voyage d'Abdulwahab, donne une visibilité sur les intentions des uns et des autres et surtout doit pouvoir détendre le goulot d'étranglement économique que les séparatistes exercent sur Ngazidja beaucoup et Mwali un peu ! Car, pour moi, je ne vois rien de politique politicienne, pour ceux qui s'arrêtent à la formule du « poignard », encore moins d'une démarche de sabotage de la part d' Abdulwahab et de tous ceux qui ont fait le voyage, chez eux à Anjouan....

Maintenant, demandons-nous aussi, qu'elle sincérité accorder aux lamentations du gouvernement de l'Union, qui a nommé le « Roi fort », président du comité d'organisation de la rencontre de foot entre les Comores et Madagascar, alors qu'il figure en bonne place sur la liste des « coupables » désignés par Sambi et validée par l'UA?

Abdulwahab ne doit surtout pas commettre les fautes sans remission de Elbak, dans la précédente législature, car ni l'Union ni les îles ne peuvent ajouter une telle inconséquence sur la gouvernance chaotique actuelle. Il a une stature qui lui confère un niveau de décision et d'affranchissement, par rapport à on ne sait quelle institution, au même titre que ceux dont la constitution accorde des compétences bien précises.

L'exagération qui consiste à amalgamer séparatisme, anti patriotisme dans cette crise ne rend pas service à ceux qui aimeraient une lecture plus objective. Dire qu'il est allé négocier est une aberration, le faire entendre sans le dire est un dévoiement intellectuel inacceptable.
Y être allé, le rend-t-il moins patriote et profondément séparatiste? Et ceux qui se plaignent de ne pouvoir y aller...Emboîteraient-ils le pas à Abdulwahab dès lors qu'un feu vert leur serait donné ? Je crois que oui!
S'il y a des coupables avérés, ne cherchez pas ailleurs !
Personnellement , en tant que citoyen, je me ferais du souci, si on m'interdisait de me rendre à Anjouan, -de quelque part que serait prise cette injonction- parce que 2 comoriens mesurent leur ego, en dehors de toute considération nationale.Et c'est bien le cas!
sam

Ecrit par : sam | 14.11.2007

Salut Sam,
Heureux d'avoir de tes nouvelles.
Malheureusement je ne pourrai pas répondre à tous tes arguments. Tu connais mes insuffisances.
Je voudrais juste te rappeler, au cas où tu l'aurais oublié, qu'Abdouloihabi a été directeur de cabinet du Président Sambi, chargé de la défense et qu'à ce titre il a supervisé la composition des listes des gens du régime précédent qui ne devaient pas quitter le territoire. Est-ce que tu te rappelles que c'est en se basant sur cette liste et contrairement à l'avis des magistrats qu'il a interdit (ou ses services) à Houmed Msaïdié de se rendre à Anjouan préparer avec son parti (CRC) les élections à Anjouan ? Et cela en se moquant complètement de la constitution ?
Aujourd'hui personne ne lui reproche de s'être déplacé sur un territoire comorien. Mon argumentation se base sur deux choses :
1/ Le droit
Une Commission nationale a invalidée l'élection de Mohamed Bacar. La Cour constitutionnelle a invalidée l'élection de Mohamed Bacar. Le pouvoir de l'Union (on peut dire tout ce qu'on veut sur ce pouvoir, mais pour le moment il est légitime et représente l'Etat) a invalidé cette élection. Enfin, la communauté internationale a invalidée cette élection.
Or contrairement à ce qu'a d'abord affirmer Abdouloihabi, il n'est pas parti passer un week-end au milieu des milices de Mohamed Bacar à Anjouan. Il est parti, comme il l'a laissé entendre, négocier certaines choses avec Mohamed Bacar. Mais il ne s'est pas aperçu qu'en s'adressant à ce dernier et en acceptant cet accueil de Bacar et de ses ministres, la protection des milices qui ont tiré sur l'armée nationale, il a reconnu Mohamed Bacar comme chef de l'exécutif d'Anjouan. C'est se moquer de la démocratie et des Comoriens, en particuliers les Anjouanais. C'est grave quand on est un homme de loi et un élu du peuple.
2/ La morale
Toi et moi savons que sans le Président Sambi, Abdouloihabi ne serait rien aujourd'hui. Il s'est accroché à lui au dernier moment. Il a eu sa récompense, puis le clan du Président lui a donné les moyen de gagner à Ngazidja, dans les conditions que tu décrirais mieux que moi.
La moindre des choses dans ce cas précis est d'essayer de suivre la stratégie de la mouvance ou le parti politique avec lequel vous vous battez ou alors de prendre clairement à témoin la ppulation et de dire qu'on ne fait plus partie de cette mouvance, qu'il ne croit plus aux idées auxquelles il a cru en se rangeant aux côtés du Président Sambi. C'est en cela que je dis, comme d'autres, qu'il y a eu trahison. Je suis sûr que la fidélité à ses idées, la fidélité envers ses compagnons de lutte ou du moins la clarification sont des choses que tu connais et applique quotidiennement dans ton engagement, du coup j'ai du mal à comprendre ce que tu veux dire.
Quant à Larifou, qui est aussi un homme de droit, je ne lui appliquerais que le premier point de ce développement.*
Et surtout ne va pas faire comme d'habitude en te laissant convaincre par Sadani que je soutiens tel ou tel. Sans aller jusqu'à mettre sur le même pied le Président Sambi et le SEPARATISTE BACAR, je ne suis l'homme d'aucun d'eux. Mon travail de militant le montre tous les jours. Seulement, je laisse seulement mon esprit divaguer de temps en temps.

Ecrit par : mib | 16.11.2007

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