14.08.2007
Larifou et la rumeur
L'année dernière (2006), je suis revenu des vacances un peu fauché. Vous savez comme la cigale de notre enfance qui, ayant chanté tout l'été se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue... Comme beaucoup de gens. J'ai vu arriver successivement mes impôts sur le revenu, ma taxe foncière et ma taxe d'habitation. C'était trop !
Ma première réaction était d'ignorer le fisc. J'y pensais sérieusement en sirotant un soda américain que ma mère m'a interdit de nommer ici et en regardant des dizaines de minuscules petits êtres noirs qui partaient de ma terrasse avec des provisions qu'ils mettaient à l'abri pour l'hiver et j'ai pris conscience de l'erreur que j'allais faire. J'ai mesuré les risques d'une ruine économique et sociale, et je me suis dit : mon gars reprend-toi, ça va ça vient. Et puis en bon gaucho, je me suis dit : quand j'étais élève puis étudiant boursier, j'étais bien content que ce système fiscal existe. Alors, je suis allé voir mon percepteur et j'ai négocié avec lui un échelonnement de ma dette envers l'Etat. Comme c'était la première fois depuis près de 15 ans, il n'a pas vu d'inconvénient à cela.
Imaginez maintenant que je sois un homme politique comorien, très en vue, avec beaucoup d'ambitions et il faut le dire un tantinet arrogant. Quel scandale ! J'aurais tout entendu. Voilà que mib FRAUDE le fisc ! Et les bonnes âmes, dont je fais partie quelques fois, se seraient écriés : comment ? Il veut être président et il tente de rouler le fisc, de faire en sorte que celui-ci l'oublie... Comme si le fisc français pouvait oublier un contribuable qui a négocié un paiement échelonné de ses impôts !
Bon trève de plaisanterie ! Notre avocat et non moins leader politique, Saïd Larifou, a enfin donné une conférence de presse pour se défendre des nouvelles rumeurs qui courrent à son sujet, et de ses relations avec le fisc français.
Que lui reproche-t-on au juste ? De quoi se plaignent ceux qui aiment à répandre rumeurs sans fondements et mensonges ? Il a échelonné une dette de 200 000 euros qu'il devait au fisc à la Réunion, et après non règlement d'une échéance le fisc lui est tombé dessus et a menacé de vendre ses effets personnels aux enchères. Une procédure classique en somme, si ce n'était la somme demandée. Est-ce que le fisc avait intérêt à ruiner une poule valant 200 000 euros en quatre ans, soit 50 000 euros par an ? Non. C'est une menace classique destinée à le faire réagir et à le rappeler que l'Etat n'attend pas indéfiniment. J'espère qu'une telle procédure désagréable n'arrivera jamais à ceux qui jettent la pierre aujourd'hui.
J'ai eu, à plusieurs reprises, à condamner publiquement les paroles et les actions politiques de Larifou lorsque par exemple il a déclaré qu'il fallait laisser Mayotte et s'occuper des trois autres îles d'abord ou lorsqu'il s'est affiché avec le séparatiste-rattachiste, ancien militaire français utilisé pour mettre le feu à Anjouan, Chamasse ou le non moins troublant Laguera avec lequel il avait mis en place un gouvernement d'exil et cherchait les moyens d'aller renvoyer dans ses casernes le putschiste Azali.
Mais tout de même la ficelle est trop grosse ! On a accusé Larifou d'avoir voulu frauder le fisc, alors qu'on apprend qu'il a a négocié pour payer autrement ses dettes, comme le font des milliers de Français, riches et pauvres, chaque année. Il n'a pas pu honorer sa dette envers le fisc français mais ce dernier n'a pas la réputation de lâcher prise, contrairement à ce qui se passe dans notre archipel où il lui aurait suffi d'être en contact avec le cousin le plus éloigné du président pour qu'on oublie sa dette.
Pire, on a vu un homme qui, un jour, a écrit sur le forum Habari qu'il a quitté le pays avec une malette contenant la caisse de son administration d'origine (il a promis de rembourser un jour mais cela fait déjà plus de dix ans, je crois) s'élever contre les pratiques de Larifou qui, selon lui, aurait utilisé l'argent des Comoriens pour payer le fisc français, s'il avait étén élu. A croire qu'on ne prête aux autres que ses propres délires. C'est vraiment se moquer du monde et comme il l'écrivait, heureusement que cela ne se passe qu'aux Comores : un homme avoue avoir VOLE son propre pays et il revient se plaindre du fait qu'un autre met plus longtemps à payer une dette qu'il a reconnu envers un autre Etat.
Je veux bien combattre les idées politiques de Larifou, mais pas de cette manière là. Pas en l'accusant, comme cela a été fait par les partisans du pouvoir en place, d'être devenu un chrétien. Il y a quelques années, on avait prétendu aussi que le Président Azali était entré dans la secte Moon. A quoi cela sert-il de mettre sur le compte de ses adversaires politiques autant d'idioties, alors qu'il y a d'autres moyens de les combattre ?
Sincèrement, quand j'ai lu que Larifou devait 200 000 euros au fisc français, je me suis dit : eureka ! Tous ceux à qui j'avais dit qu'il ne fallait pas essayer de combattre l'homme politique Larifou en racontant partout qu'il recevait de l'argent de l'extrême droite française allaient enfin me croire. Je disais que le Parti communiste réunionnais avait dans le passé aidé Larifou et qu'en tant qu'avocat il gagnait beaucoup d'argent, les gens restaient incrédules et se croyaient malins en demandant : Qu'est-ce qu'il gagne ? Il perd tous ses procès ! Parce qu'ils ne connaissent Larifou qu'à travers les trois ou quatre procès médiatisés ! Et puis, est-ce que quand le malade ne guérit pas, le médecin rembourse les honoraires ?
Je mes suis dit qu'enfin les plus incrédules allaient comprendre que si Larifou payait autant au fisc c'est qu'il gagnait beaucoup plus que cela. Non. Quand on tient un opposant politique par le cou, il faut continuer à le tordre pour ne pas qu'il se relève un jour. On a donc occulté la réalité (il gagne beaucoup) pour ne conserver que le mensonge (Larifou est un fraudeur). Dans tout cela, nos journalistes, bloggers et autres forumistes, acquis à la cause du gouvernement actuel ou opposants se taisent sur des choses beaucoup plus graves, ne prennent pas la peine de se demander où le président de l'Ile autonome de Ngazidja, Abdouloihabi, a trouvé autant d'argent (plus que Larifou) pour mener sa campagne, lui qui il y a quelques mois galérait à Marseille, sans véritable emploi. Il suffit donc de passer quelques mois dans le cabinet du Président pour devenir millionnaire. Je comprends donc l'empressement et les compromissions de certains pour approcher les gens du pouvoir.
16:35 Publié dans Extrapols | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Larifou, avocat, fisc, Comores, politique


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